Devoir de Philosophie

Les romans « autobiographiques » de Jarry

Publié le 31/12/2018

Extrait du document

jarry

Les romans « autobiographiques »

 

Ce n’est pas sans une certaine timidité que nous avançons ce terme — même protégé de rassurants (?) guillemets. C’est un fait que, dans aucun des quatre romans — l'Amour en visites, l'Amour absolu, les Jours et les Nuits, la Dragonne — que nous groupons sous ce titre, le « pacte autobiographique » n’est respecté ni même, à vrai dire, établi. Mais, à la différence de Messaline et du Surmâle, le donné biographique est, dans ces quatre textes, continûment identifiable. Nous persisterons donc à parler d’autobiographie, mais d’une autobiographie singulièrement subvertie : rêvée ou construite (construite comme un rêve), travaillée par le désir.

 

L'Amour en visites (1898) est le plus transparent des quatre romans. On y décèle, d’une façon exceptionnelle chez Jarry, un soupçon de complaisance pour une lecture référentielle — nécessairement scandaleuse — de certains chapitres : ainsi le voit-on reproduire tels quels (à l’orthographe et à la ponctuation près, « rétablies » par lui!) les textes et les lettres qui lui ont été effectivement adressés par « la vieille dame » (Berthe de Courrière)! Mais d’autres chapitres évoquent de façon à la fois émouvante et ironique l’initiation sentimentale et sexuelle d’un très jeune homme. Mise sur le même plan que ces « visites » presque accessibles au public vulgaire qu’elles tentaient de séduire, la somptueuse et baroque mise en scène du « Vieux de la montagne ». Enfin, le texte se clôt, scandaleusement, sur les amours furtives et latrinaires de Madame Ubu avec Barbapoux : type de manipulation intertextuelle familière à Jarry. La fonction évidente en est de marquer l’équivalence fondamentale entre les productions littéraires (et littérales) les plus élaborées et les borborygmes infantiles de la geste potachique.

Liens utiles