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RACINE: Andromaque (Fiche de lecture)

Publié le 21/11/2010

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Le public m'a été trop favorable pour m'embarrasser du chagrin particulier de deux ou trois personnes qui voudraient qu'on réformât tous les héros de l'Antiquité pour en faire des héros parfaits [...] Aristote, bien éloigné de nous demander des héros parfaits, veut au contraire que les personnages tragiques, c'est-à-dire ceux dont le malheur fait la catastrophe de la tragédie, ne soient ni tout à fait bons, ni tout à fait méchants [...] Il faut donc qu'ils aient une bonté médiocre, c'est-à-dire une vertu capable de faiblesse, et qu'ils tombent dans le malheur par quelque faute qui les fasse plaindre sans les faire détester.

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« >> Les passions sont dévastatrices et mortifères ; Racine ne les dépeint «que pour montrer tout le désordre dontelles sont cause» (Préface de Phèdre).

Elles mènent à la mort, car, dévorés par un feu qui les brûle, désespérés de n'être pas aimés, victimes d'une jalousie féroce et assoiffés de vengeance, les héros raciniens sont prêts à toutpour ne pas perdre l'être aimé : Pyrrhus menace Andromaque de sacrifier son fils si elle ne l'épouse pas, Oreste estprêt à commettre un crime pour conquérir Hermione.

Cette violence qu'ils ne peuvent maîtriser se retourne contreeux-mêmes ; la seule issue à leur douleur, c'est dans la mort qu'ils la trouveront : en annihilant l'objet de leur amouret en se détruisant eux-mêmes (Hermione fait assassiner Pyrrhus, puis se suicide). >.

C'est que la passion est, selon Racine, la marque de la faiblesse ou, pour user d'un terme pascalien, de la misèrehumaine.

Les êtres qu'il dépeint avec une rare vérité psychologique sont toujours des êtres complexes, chez qui lebon le dispute au mauvais.

Êtres faibles, les héros raciniens sont possédés par les passions les plus violentes ;habités par un orgueil démesuré, ils sont cependant prêts à toutes les bassesses ; aveuglés par la passion, ils sontd'une lucidité terrible sur leur échec.

Ainsi, tout le ressort dramatique d' Andromaque est construit sur cette tension insoutenable qui conduit les héros vers leur perte, malgré eux.

Quand il est trop tard, Hermione ne peut separdonner son geste : «Ah ! fallait-il en croire une amante insensée? Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée ? Et ne voyais-tu pas dans mes emportements, Que mon coeur démentait ma bouche à tous moments ? Quand je l'aurais voulu, fallait-il y souscrire?» (Ibid., V , 3) Conscient mais privé de volonté, incapable du moindre empire sur lui-même, le héros racinien tente contre toutesagesse de compenser cette faiblesse par un abus de pouvoir sur les autres.

Cet égarement est à la mesure del'ennemi le plus puissant qu'il ait à combattre : la fatalité. 3.

LE POIDS DE LA FATALITÉ Il faut encore mettre en parallèle les héros cornéliens, galvanisés par l'obstacle qui leur permet de se dépasser eux-mêmes et qui trouvent le chemin de la grandeur à travers la résolution de leur dilemme, et les héros raciniens,prisonniers d'insolubles contradictions.

Ces derniers, en effet, n'ont pas la maîtrise de leur destin.Dans une vision profondément pessimiste de la nature humaine, le conflit intérieur qui les perd est la marque de la fatalité qui pèse sur l'homme.

Et cette fatalité est inexorable. Au plan de la dramaturgie, elle est d'abord un motif emprunté à la tragédie grecque.

Héros tragique par excellence, le héros racinien est un être maudit, marqué par le destin, victime de lahaine des dieux : ORESTE Grâce aux dieux ! Mon malheur passe mon espérance.

Oui, je te loue, ô ciel, de tapersévérance. Appliqué sans relâche au soin de me punir, Au comble des douleurs tu m'as fait parvenir.

Ta haine a pris plaisir à former ma misère. (Andromaque, V, 5) Plus précisément, il peut être marqué par une fatalité héréditaire et familiale : c'est le cas d'Oreste comme celuid'Hermione.

L'un comme l'autre sont des Atrides.

Oreste, fils d'Agamemnon est l'ultime instrument d'une malédictionfamiliale: il a tué sa mère Clytemnestre ; Hermione, quant à elle, est une descendante des Atrides par sa mèreHélène, femme de Ménélas et cause de la guerre de Troie. Racine, cependant, ne se borne pas à appliquer à la lettre le vieux schéma de la fatalité antique.

Il fait de la fatalitéun élément de l'intériorité de ses personnages.

En d'autres termes, il fait d'eux non plus de simples jouets du destin,mais des êtres qui se veulent libres et se jugent responsables de leurs actes.

En réalité, si le héros racinien estvictime de son destin, c'est qu'il le porte en lui-même sous la forme des passions qui l'habitent.

Le comble de latragédie est ici atteint.

Tel Oreste qui sombre dans la folie à la fin d' Andromaque, l'homme racinien non seulement est écrasé par la fatalité, mais de surcroît porte en lui-même le poids de sa faute, avec lucidité mais impuissance : «Je me livre en aveugle au destin qui m'entraîne.». »

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