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La situation internationale en 1937 (Commentaire de document)

Publié le 17/01/2022

Extrait du document


 
 (« Le recul «, article de Léon Blum dans « Le Populaire « du 16 août 1937)
 
 « ... Il est impossible de lire sans révolte et sans horreur les nouvelles que transmettent aux agences leurs correspondants de Changhaï. C'est bien la guerre cette fois, la guerre sous sa forme la plus savante, la plus cruelle, la plus atroce, la guerre comme à Malaga ou comme à Guernica. Qu'ont fait ou que feront les « grandes puissances « pour arrêter le fléau ? « L'évidence oblige à constater une régression vraiment tragique de la politique internationale, de l'organisation internationale. Pendant les quinze années qui ont suivi la guerre, on avait vu se constituer un système, une morale, dont l'expression « sécurité collective « exprime les principes essentiels. L'application était trop souvent, hélas ! incertaine ou imparfaite, mais les principes n'étaient plus discutés ; ils étaient admis comme des axiomes. Non seulement un Etat devait s'interdire à lui-même d'envisager l'agression ou la conquête, mais, en cas d'infraction à cette moralité courante, l'ensemble des États devait agir de concert pour prévenir ou pour arrêter le conflit armé, pour réprimer l'agression, pour empêcher la conquête.
 
 « Comment les choses se passent-elles aujourd'hui ? Comment se passent-elles depuis un an en Espagne ? Comment se passent-elles de toute évidence en Extrême-Orient ? Les puissances, en particulier les « grandes puissances «, ne considèrent plus comme leur tâche primordiale d'empêcher ou d'arrêter la guerre, mais de la limiter, de la cantonner, d'empêcher sa généralisation... « Comment ce recul s'explique-t-il ? Par deux raisons essentielles. Premièrement le danger de guerre générale qui n'existait pas dans la période consécutive au traité de Versailles existe aujourd'hui... Secondement, l'organisation internationale, c'est-à-dire la S.D.N., n'offre plus un point d'appui suffisant pour une action préventive ou répressive-Incapables de provoquer le concert qui préviendrait ou arrêterait les conflits locaux, les puissances pacifiques n'ont plus désormais qu'un souci : empêcher que les conflits locaux ne déclenchent la guerre générale.
 
 « On assiste à une véritable transformation de la politique européenne... Au cours de ces dernières années les événements qui ont joué un rôle déterminant sont sans nul doute :
 
 « La Révolution hitlérienne en Allemagne et le réarmement intensif du Reich ;
 
 « La défaite subie par la S.D.N. en Ethiopie, défaite dont M. Laval porte la principale responsabilité. « Le véritable problème qui se pose aux nations démocratiques et pacifiques est de savoir si elles acceptent cette régression comme un fait accompli ou si au contraire elles se détermineront à reconquérir le terrain perdu... Elles ne peuvent y parvenir que par un effort continu et concerté... «
 
 Le candidat rédigera un commentaire du document ci-dessus soit en le composant librement, soit en s'aidant des questions suivantes destinées à guider sa réflexion :
 
 1. Quelles menaces précises pèsent en août 1937 sur la paix mondiale ?
 
 2. Quel a été le rôle joué par la Société des Nations pour assurer la « sécurité collective « « pendant les quinze années qui ont suivi la guerre ? «
 
 3. Expliquez les échecs subis par la Société des Nations « au cours de ces dernières années «.

« • Pour les nations pacifiques, la paix, durement acquise, devait s'appuyer sur trois piliers.

Les traités, définis commejustes et dont le strict respect devait suffire à éviter tout conflit.

Le désarmement, immédiat pour l'Allemagne, maisdont la généralisation est recherchée.

La sécurité collective enfin.

Or les traités sont souvent contestés.

Ledésarmement, malgré les accords de Washington qui limitent les marines de guerre, s'enlise dans de longues etvaines conférences comme celle de Genève en 1932-1933. • Reste la sécurité collective.

Blum en rappelle le principe.

Mais, il ne peut que constater que la multiplication desconflits locaux démontre l'échec du système.

Le leader socialiste s'interroge alors sur les raisons de ce « recul ». I.

La sécurité collective 1.

«Un système, une morale » • Une morale.

Digne disciple de Jaurès, Blum, humaniste et progressiste, considère que la guerre n'est qu'un reste debarbarie, indigne des peuples civilisés.

Cette attitude morale est, dans les années vingt, largement partagée par laplupart des dirigeants, encore traumatisés par les souffrances et destructions qui ont accompagné la Grande guerre.Le signe le plus spectaculaire de cette nouvelle morale internationale est sans doute le pacte Briand-Kellogg, signéen 1928 par la France et les États-Unis mais contre-signé par la plupart des États.

Chacun renonce solennellementà tout recours à la guerre pour régler les différends.

La guerre est mise « hors la loi » de la civilisation. • Un système.

Mais la solidarité de tous est indispensable pour que la bonne volonté et le pacifisme des uns n'enfassent pas les victimes de l'agressivité des autres.

Ainsi la sécurité collective devient un système.

La concertation,la fermeté des nations réunies dans le cadre de la S.D.N.

doivent dissuader l'agresseur éventuel et donc, comme ledit Blum, « prévenir, arrêter les conflits, réprimer l'agression, empêcher les conquêtes ». 2.

« Une application imparfaite » • Une application tardive.

Entre 1919 et 1924, la S.D.N.

est le plus souvent mise à l'écart des grandes affairesinternationales.

La France agit seule et directement pour faire pression sur l'Allemagne, notamment en occupant laRuhr en 1923.

La S.D.N.

ne peut éviter le conflit sanglant qui oppose la Grèce et la Turquie en 1920-1922. • Le concert des Nations.

La S.D.N.

et la sécurité collective s'affirment toutefois entre 1924 et 1930.

L'assembléede Genève peut régler un conflit entre l'Italie et la Grèce au sujet de Corfou en 1923.

Sous son égide, les accordsde Locarno sont signés en 1925 et l'Allemagne entre à la S.D.N.

Les grands ténors de la politique internationale seproduisent à Genève.

La sécurité collective semble assurée et la S.D.N.

est à même de régler d'autant plusfacilement les conflits que la prospérité générale réduit par elle-même les tensions. • L'échec de Mandchourie.

La crise mandchoue de 1931 montre cependant les faiblesses de la S.D.N.

LaMandchourie, province chinoise proclame son indépendance sous le nom de Mandchoukouo.

La S.D.N.

pourrait fairemine de ne voir là qu'une affaire intérieure chinoise, échappant donc à sa compétence, si l'intervention du Japon,pourtant membre, comme la Chine, de la S.D.N., n'était flagrante.

Après enquête, la S.D.N.

se contente decondamner « moralement » le Japon, condamnation qui reste sans effet pratique. La sécurité collective fait donc déjà preuve de ses singulières limites.

Mais, comme le dit Blum, quelles que soient lesdéfaillances de l'application, le principe de la sécurité collective n'était pas abandonné.

La S.D.N.

était impuissante,elle n'était pas encore résignée. II.

« C'est bien la guerre, cette fois » A partir de 1935, la situation internationale s'est considérablement dégradée. 1.

La guerre d'Extrême-Orient • L'agression japonaise.

Le 7 juillet 1937, le Japon, qui jusque-là s'était contenté de « grignoter » la Chine(Mandchourie, Jehol, Mongolie), l'attaque avec toutes ses forces.

Pékin tombe rapidement.

Changhaï est assiégée(elle sera prise le 3 novembre 1937). • La passivité des puissances.

Si le Japon a quitté la S.D.N.

en 1933, la Chine en est restée membre et devrait doncbénéficier de la sécurité collective.

En outre, le traité de Washington, signé en 1922 par les États-Unis, la France,l'Angleterre et le Japon, avait proclamé la volonté des signataires de maintenir l'intégrité du territoire chinois.

Ceséléments juridiques faisaient obligation aux puissances de s'opposer aux actions japonaises.

De plus, grâce à lasupériorité militaire de leurs forces conjuguées, à leur considérable implantation en Asie, elles auraient pu exercer devives pressions sur les Japonais.

Mais personne ne bougea pour défendre une Chine bien lointaine. 2.

La guerre d'Espagne En Espagne aussi, un conflit, encore limité à une guerre civile, est déclenché depuis juillet 1936.. »

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