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Marquis de Pombal

Publié le 27/02/2008

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1699-1782 De son nom complet Sebastiao José de Carvalho e Melo, l'homme d'État le plus célèbre du Portugal ne reçut qu'en 1769 le titre de par lequel il est universellement connu. Dix ans auparavant, le roi Dom José l'avait fait comte d'Oeiras, marquant déjà ainsi l'ascension sociale du modeste fidalgo peu fortuné et plein d'ambition qu'il avait été jusqu'à la soixantaine. Le marquis de Pombal a soulevé, de son vivant et après sa mort, des passions qui ne sont pas encore éteintes de nos jours, si bien que les jugements portés sur la personne et l'oeuvre du plus parfait despote éclairé du XVIIIe siècle doivent être soumis à un examen critique. Il est d'ailleurs difficile, malgré le recul dont les historiens disposent pour analyser son action politique, d'atteindre à une totale objectivité. Et l'absence de sérénité que l'on constate dans les innombrables études qui ont été consacrées à ce personnage exceptionnel provient sans doute du fait que, peut-être involontairement, l'oeuvre du marquis de Pombal a été révolutionnaire : c'est lui, en effet, le véritable créateur du Portugal moderne, celui qui a amorcé la fin de l'Ancien Régime, et il n'est guère de domaine où le Portugal contemporain ne lui soit redevable d'une transformation essentielle.

« dans la réorganisation de l'armée par le comte de Lippe. Mais ce sont également les idées rationalistes du Siècle des Lumières qui transparaissent dans l'œuvre législative dumarquis de Pombal.

En 1769, il affirma la suprématie du droit national sur le droit romain.

En outre, il fit denombreuses réformes, moins d'ailleurs pour des raisons humanitaires que pour renforcer l'efficacité de l'appareilcentralisateur : il supprima, ou parfois limita, les privilèges de la noblesse et du clergé, réduisit les particularismeslocaux, uniformisa les statuts personnels des sujets d'un monarque désormais absolu.

C'est ainsi qu'il décréta, en1761, l'affranchissement des esclaves débarquant sur le sol métropolitain, qu'il assimila les gitans, dont le statutétait particulier jusqu'alors, et surtout qu'il mit fin, en 1773, à près de trois siècles d'Inquisition raciale, ensupprimant toute distinction entre Vieux et Nouveaux chrétiens.

De même profita-t-il du procès et de l'exécutionatroce des Tavoras, accusés d'avoir comploté l'assassinat du roi, pour brider étroitement la noblesse et le clergé.Avec l'Église, ses démêlés furent nombreux, et, sous bien des aspects, la lutte qui opposa, entre 1755 et 1773, lemarquis de Pombal et les jésuites fut l'affaire essentielle du règne de Dom José. La question de la suppression de la Compagnie de Jésus va ainsi, pendant près de vingt ans, être au centre despréoccupations du ministre, qui en fit souvent une question personnelle, mais sut aussi se concilier l'appui des coursétrangères.

L'enjeu de la lutte fut cependant tel que toute la politique intérieure et extérieure lui fut entièrementsubordonnée.

La rupture entre le marquis de Pombal et les Pères aggrava souvent, et considérablement, lesdifficultés du ministre, affronté à des problèmes qui auraient mérité d'être étudiés sans précipitation.

En matièrescolaire et universitaire notamment, la politique suivie par le marquis de Pombal prit souvent l'aspect d'uneperpétuelle improvisation lice aux rebondissements de la crise religieuse. En fait, les causes mêmes du conflit opposant le futur marquis et les jésuites ne nous sont pas encore totalementconnues.

Mais, lorsqu'en 1755 Sebastiao José retira aux Pères le droit de tutelle qu'ils exerçaient au Brésil sur lesIndiens, les protégeant en fait contre l'avidité des bandeirantes paulistes, le conflit prit vite une tournure fâcheuse.Le tremblement de terre et les prédications à moitié démentes du Père Malagrida accrurent la tension.

Pombal prit prétexte du complot des Tavoras pour accuser la Société de Jésus ducrime de lèse-majesté et confisquer ses biens.

L'affaire, intérieure jusqu'en 1764, prit dès lors une tournureinternationale et le terrible marquis ne ménagea ni sa plume, ni son argent pour obtenir de Clément XIV, en 1773, lacondamnation de ses ennemis.

Il fut incontestablement le principal agent de la suppression de la Compagnie deJésus, et il est très certain que le rôle qu'il a joué lui a valu des haines durables et a dû ternir sa mémoire. Il nous est cependant difficile de comprendre pareil acharnement réciproque.

Mais il faut se rappeler la placequ'occupait, au Portugal, le clergé, non pas tant par ses biens et ses privilèges, qui étaient plutôt inférieurs à ceuxdes autres nations catholiques, mais au point de vue culturel et intellectuel.

Depuis la Renaissance, plus encorequ'au Moyen Âge où de nombreux laïcs s'étaient illustrés dans les lettres et les sciences, les Pères jésuitesdétenaient en fait le monopole de l'enseignement, par leurs collèges de Lisbonne et de Coimbra et leur universitéd'Évora.

Au milieu du XVIIIe siècle, les Pères de l'Oratoire, soutenus par Dom Joao V, avaient à peine commencé àleur disputer la suprématie.

Il s'agit donc d'une lutte capitale pour libérer le Portugal du joug clérical, et c'est souscet aspect qu'il faut considérer le gouvernement du marquis de Pombal, le premier à poser les bases d'un État laïqueau Portugal. L'œuvre du marquis de Pombal est donc difficile à analyser dans son ensemble.

Il nous apparaît, certes, comme undespote, et ses méthodes autoritaires et brutales envers les faibles et les puissants le prouvent.

Mais il fut aussi lepremier grand transformateur du Portugal.

C'est pourquoi les jugements de la postérité sont si variés et si opposés.Rarement en effet les opinions portées par les historiens appartenant à divers courants idéologiques se sontpartagées aussi nettement sur la personne et l'œuvre d'un homme d'État, dont l'envergure universelle estincontestable.

Pour les démocrates et les libéraux, le marquis de Pombal est à la fois celui qui a fait entrer lePortugal dans le Siècle des Lumières, annonçant la fin de l'Ancien Régime politique et social, et celui auquel onreproche des méthodes sanglantes et un mépris total de la liberté individuelle.

En fait, ce n'est pas dans le camprépublicain qu'on trouve les ennemis les plus résolus de ce "monarque absolu", incarnation du dernier éclat de lagrandeur portugaise.

Les républicains célébrèrent même avec pompe, en 1882, le centenaire de la mort de celui qui,par sa politique de centralisation, avait doté l'État de la force nécessaire pour soumettre les privilégiés.

Par contre,on constate avec un certain étonnement que le courant autoritaire et antidémocratique, représenté par desmonarchistes absolutistes ou intégralistes, n'a guère été tendre pour le despote auquel il est reproché à tort d'avoirfacilité l'introduction des idéologies étrangères, et surtout d'être responsable de la disparition du pouvoir réel détenupar des collectivités locales très décentralisées.

Mais, là encore, apparaît une certaine contradiction dans lesjugements.

Malgré ses rapports étroits avec ce courant politique, Salazar vit dans le despotisme éclairé du puissantmarquis un exemple dont il s'est inspiré.. »

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