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Animaux de la Cour: Dans une lettre qui précède l'Éloge de la Folie, Érasme fait remarquer que « l'écrivain eut toujours la liberté de railler [...] les communes conditions de la vie »1. Pensez-vous, comme cet auteur de la Renaissance, que se moquer soit le moyen le plus efficace pour amener le lecteur à réfléchir sur le comportement de l'homme en société ?

Extrait du document

folie

Texte 2 Rabelais, Le Quart Livre, chapitre viii, 1552, orthographe modernisée

 

Voyageant sur un navire, Panurge, ami du géant Pantagruel, a acheté par jeu un « grand et beau mouton » au marchand Dindenault - mouton dont il se débarrasse unefois le jeu fini, en le jetantà la mer. Le narrateur décrit alors la réaction du troupeau. Cet extrait peut être lu comme un récit à portée morale.

 

Subitement, je ne sais comment l’incident fut soudain, je n’eus loisir de l’analyser --, Panurge, sans en dire davantage, jette en pleine mer son moutoncriant et bêlant. Tous les autres moutons, criant et bêlant sur le même ton, se mirent à se jeter et à sauter en mer après lui, à la 5 file. On se pressait : c’était à qui serait le premier à y sauter après son compagnon. Il n’était pas possible de les en empêcher, comme vous connaissez le naturel du mouton, qui est de toujours suivre le premier, de quelque côté qu’il aille. Aussi, comme le dit Aristote (Histoire des animaux, livre 9), c’est l’animal le plus sot et le plus stupide du monde.

 

 Le marchand, tout affolé de voir sous ses yeux ses moutons se noyer et disparaître, s’efforçait de les en empêcher et de les retenir de toutes ses forces. Mais c’était en vain. Tous, à la file, sautaient dans la mer et disparaissaient. Finalement, sur le tillac1 du navire, il en saisit par la toison un grand et fort, croyant ainsi le retenir et, à sa suite, sauver  le reste. Le mouton fut si fort qu’il entraîna avec lui le marchand dans la mer, et il se noya ; ainsi les moutons de Polyphème, le Cyclope borgne, entraînèrent hors de la caverne Ulysse et ses compagnons. Les autres bergers et moutonniers en firent autant, les prenant les uns par les cornes, les autres par les pattes, les derniers par la toison. Tous pareillement  furent entraînés en mer et noyés misérablement.

1. Pont supérieur d'un navire.

1. ÉRASME, Éloge de la Folie, chapitre lvi, 1509, traduction.

 

2. RABELAIS, Le Quart Livre, chapitre vin, 1552, orthographe modernisée.

 

3. J. DU BELLAY, Les Regrets, sonnet cl, I558, orthographe modernisée.

 

4. MONTAIGNE, Essais, Livre I, chapitre xxiii, « De la coutume et de ne changer aisément une loi reçue », 1595, orthographe modernisée.

• Question

Quel comportement de l'homme en société ces textes dénoncent-ils ?

Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants

• Commentaire

Vous ferez le commentaire du texte de Rabelais (texte 2).

• Dissertation

Dans une lettre qui précède l'Éloge de la Folie, Érasme fait remarquer que « l'écrivain eut toujours la liberté de railler [...] les communes conditions de la vie ». Pensez-vous, comme cet auteur de la Renaissance, que se moquer soit le moyen le plus efficace pour amener le lecteur à réfléchir sur le comportement de l'homme en société ?

Vous développerez votre propos en vous fondant sur les textes du corpus ainsi que sur votre culture personnelle.

• Écrit d'invention

En vous inspirant des textes du corpus, imaginez le monologue intérieur en prose d'un personnage incarnant le pouvoir au xvie siècle. Il y décrit les courtisans autour de lui et leurs comportements, tout en exposant ses réactions et en développant les sentiments qu'il éprouve.

 

Partie 1: Il faut commencer par le plus évident à savoir le récit de l'aventure (narration).

 

Partie II : pour analyser ensuite son sens (argumentation).

 

Situer l'extrait dans son contexte

 

• Contexte littéraire : François Rabelais est un prêtre, médecin et romancier humaniste, célèbre pour ses romans Pantagruel et Gargantua. Ces derniers content les aventures de géants, de manière à développer les idées humanistes de l'auteur : sur l'éducation ou le manque de discernement des hommes.

 

• Situation du passage : l'extrait du Quart Livre proposé est un passage très célèbre qui peut se lire comme un apologue. Panurge jette un « grand et beau mouton » à l'eau et, à la surprise de tous les bergers présents sur le navire, tous les autres moutons sautent à la mer rejoindre le premier.

« quand ils portent une traîne plus longue. Les grands jouent des coudes à l'e nvi pour se faire voir plus rappro chés de Jupit er, n'aspirant qu'à balancer à leur cou une chaîne plus lourde, étalant ainsi à la fois la force physique et l'opulence'. 1. Peuple mythique connu pour son faste et ses richesses. 2. Les hommes qui, dans L'Odyssée d'Homère, convoitent la femme d'Ulysse absent et profitent des richesses du palais. 3. Richesse. Te xte 2 Rabelais, Le Quart Livre, chapitre vm, 1552, orthographe modernisée Vo yageant sur un nav ire, Panur ge, ami du géant Pantagruel, a acheté par jeu un « grand et beau mouton »au marchand Dindenault-mouton dont il se déb arrasse une fois le jeu fini, en le jetant à la mer. Le narrateur décrit alors la réa ction du troupeau. Cet extrait peut être lu comme un récit à portée morale. Subitement, je ne sais comment l'incident fut soudain, je n'e us loisir de l'analyser --, Panurge, sans en dire davantage, jette en pleine mer son mouton criant et bêlant. Tous les autres moutons, criant et bêlant sur le même ton, se mirent à se jeter et à sauter en mer après lui, à la 5 f le. On se pressait : c' était à qui serait le premier à y sauter après son compagnon. Il n'était pas possible de les en empêcher, comme vous connaissez le naturel du mouton, qui est de toujours suivre le premier, de quelque côté qu'il aille. Aussi, comme le dit Aristote (Histoire des animaux, livre 9), c'est l'animal le plus sot et le plus stupide du monde. 10 Le marchand, tout affolé de voir sous ses yeux ses moutons se noyer et dispa raître, s'eff orçait de les en empêcher et de les retenir de toutes ses forces. Mais c'était en vain. Tous, à la file, sautaient dans la mer et disp araissaient. Finalement, sur le tillac1 du navire, il en saisit par la toison un grand et fort, croyant ainsi le retenir et, à sa suite, sauver I5 le reste. Le mouton fut si fort qu 'il entraîna avec lui le marchand dans la mer, et il se noya ; ainsi les moutons de Polyphème, le Cyclope borgne, entraînèrent hors de la caverne Ulysse et ses compagnons. Les autres bergers et moutonniers en f rent autant, les prenant les uns par les cornes, les autres par les patt es, les derniers par la toison. Tous pareillement zo furent entraîn és en mer et noyés misérablement. 1. Pont supérieur d'un navire. »

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