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Commentaire composé : Voltaire : L'Ingénu : Chapitre 9 : Arrivée de l'ingénu à Versailles. Sa réception à la cour

Publié le 08/02/2012

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Texte étudié :

Arrivée de l’Ingénu à Versailles. Sa réception à la cour.

L’Ingénu débarque en pot-de-chambre[1] dans la cour des cuisines. Il demande aux porteurs de chaise à quelle heure on peut voir le roi. Les porteurs lui rient au nez, tout comme avait fait l’amiral anglais. Il les traita de même, il les battit ; ils voulurent le lui rendre, et la scène allait être sanglante, s’il n’eût passé un garde du corps, gentilhomme breton, qui écarta la canaille. Monsieur, lui dit le voyageur, vous me paraissez un brave homme ; je suis le neveu de monsieur le prieur de Notre-Dame de la Montagne ; j’ai tué des Anglais, je viens parler au roi ; je vous prie de me mener dans sa chambre. Le garde, ravi de trouver un brave de sa province, qui ne paraissait pas au fait des usages de la cour, lui apprit qu’on ne parlait pas ainsi au roi, et qu’il fallait être présenté par monseigneur de Louvois.-Eh bien ! menez-moi donc chez ce monseigneur de Louvois, qui sans doute me conduira chez sa majesté. Il est encore plus difficile, répliqua le garde, de parler à monseigneur de Louvois qu’à sa majesté ; mais je vais vous conduire chez M. Alexandre, le premier commis de la guerre ; c’est comme si vous parliez au ministre. Ils vont donc chez ce M. Alexandre, premier commis, et ils ne purent être introduits ; il était en affaire avec une dame de la cour, et il y avait ordre de ne laisser entrer personne. Eh bien ! dit le garde, il n’y a rien de perdu ; allons chez le premier commis de M. Alexandre ; c’est comme si vous parliez à M. Alexandre lui-même.

Le Huron tout étonné le suit ; ils restent ensemble une demi-heure dans une petite antichambre. Qu’est-ce donc que tout ceci ? dit l’Ingénu ; est-ce que tout le monde est invisible dans ce pays-ci ? il est bien plus aisé de se battre en Basse-Bretagne contre des Anglais, que de rencontrer à Versailles les gens à qui on a affaire. Il se désennuya en racontant ses amours à son compatriote. Mais l’heure en sonnant rappela le garde du corps à son poste. Ils se promirent de se revoir, le lendemain, et l’Ingénu resta encore une autre demi-heure dans l’antichambre, en rêvant à mademoiselle de Saint-Yves, et à la difficulté de parler aux rois et aux premiers commis.

Enfin le patron parut. Monsieur, lui dit l’Ingénu, si j’avais attendu pour repousser les Anglais aussi longtemps que vous m’avez fait attendre mon audience, ils ravageraient actuellement la Basse-Bretagne tout à leur aise. Ces paroles frappèrent le commis. Il dit enfin au Breton : Que demandez-vous ?-Récompense, dit l’autre ; voici mes titres : il lui étala tous ses certificats. Le commis lut, et lui dit que probablement on lui accorderait la permission d’acheter une lieutenance.-Moi ! que je donne de l’argent pour avoir repoussé les Anglais ? que je paie le droit de me faire tuer pour vous, pendant que vous donnez ici vos audiences tranquillement ? je crois que vous voulez rire. Je veux une compagnie de cavalerie pour rien ; je veux que le roi fasse sortir mademoiselle de Saint-Yves du couvent, et qu’il me la donne par mariage ; je veux parler au roi en faveur de cinquante mille familles que je prétends lui rendre : en un mot je veux être utile ; qu’on m’emploie et qu’on m’avance.

Comment vous nommez-vous, monsieur, qui parlez si haut ? Oh ! oh ! reprit l’Ingénu, vous n’avez donc pas lu mes certificats ? c’est donc ainsi qu’on en use ? Je m’appelle Hercule de Kerkabon ; je suis baptisé, je loge au Cadran bleu, et je me plaindrai de vous au roi. Le commis conclut, comme les gens de Saumur, qu’il n’avait pas la tête bien saine, et n’y fit pas grande attention.

Ce même jour, le révérend P. La Chaise, confesseur de Louis XIV, avait reçu la lettre de son espion, qui accusait le breton Kerkabon de favoriser dans son coeur les huguenots, et de condamner la conduite des jésuites. M. de Louvois, de son côté, avait reçu une lettre de l’interrogant bailli, qui dépeignait l’Ingénu comme un garnement qui voulait brûler les couvents et enlever les filles.

L’Ingénu, après s’être promené dans les jardins de Versailles, où il s’ennuya, après avoir soupé en Huron et en Bas-Breton, s’était couché dans la douce espérance de voir le roi le lendemain, d’obtenir mademoiselle de Saint-Yves en mariage ; d’avoir au moins une compagnie de cavalerie, et de faire cesser la persécution contre les huguenots. Il se berçait de ces flatteuses idées, quand la maréchaussée entra dans sa chambre. Elle se saisit d’abord de son fusil à deux coups et de son grand sabre. On fit un inventaire de son argent comptant, et on le mena dans le château que fit construire le roi Charles V, fils de Jean II, auprès de la rue Saint-Antoine, à la porte des Tournelles[2].

Quel était en chemin l’étonnement de l’Ingénu ! je vous le laisse à penser. Il crut d’abord que c’était un rêve. Il resta dans l’engourdissement, puis tout-à-coup transporté d’une fureur qui redoublait ses forces, il prend à la gorge deux de ses conducteurs, qui étaient avec lui dans le carrosse, les jette par la portière, se jette après eux, et entraîne le troisième, qui voulait le retenir. Il tombe de l’effort, on le lie, on le remonte dans la voiture. Voilà donc, disait-il, ce que l’on gagne à chasser les Anglais de la Basse-Bretagne ! Que dirais-tu, belle Saint-Yves, si tu me voyais dans cet état ?

On arrive enfin au gîte qui lui était destiné. On le porte en silence dans la chambre où il devait être enfermé, comme un mort qu’on porte dans un cimetière. Cette chambre était déjà occupée par un vieux solitaire de Port-Royal, nommé Gordon, qui y languissait depuis deux ans. Tenez, lui dit le chef des sbires, voilà de la compagnie que je vous amène ; et sur-le-champ on referma les énormes verrous de la porte épaisse, revêtue de larges barres. Les deux captifs restèrent séparés de l’univers entier.

[1] C’est une voiture de Paris à Versailles, laquelle ressemble à un petit tombereau couvert. [2] La Bastille, qui fut prise par le peuple de Paris, le 14 juillet 1789, puis démolie.

I L’arrivée de l’Ingénu à Paris

A/ Un nouvel espace parcours des lieux : une multitude de nouveaux espaces s’offrent à l’Ingénu. Le premier verbe de ce chapitre est « débarque «, généralement employé pour un navire, après un long voyage. C’est une nouvelle découverte de l’Europe pour le protagoniste que cette arrivée à Paris. Incompréhension et certaine appréhension face à cette organisation et à cette hiérarchisation qui va très vite se faire sentir. On étudiera l’organisation du chapitre en fonction des différents lieux évoqués. Une frénésie spatiale : l’Ingénu se déplace beaucoup et parcourt une grande partie de l’espace parisien et versaillais. A partir d’une connaissance sommaire de la géographie parisienne, on étudiera le parcours précisément de l’Ingénu, en relevant que celui-ci effectue comme un tour complet des différents hauts lieux du pouvoir à visiter à cette époque. On change très vite de lieu ; l’Ingénu semble passer « en coup de vent «.

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« Comment vous nommez-vous, monsieur, qui parlez si haut ? Oh ! oh ! reprit l’Ingénu, vous n’avez donc pas lu mes certificats ? c’est donc ainsi qu’on en use ? Je m’appelle Hercule de Kerkabon ; je suis baptisé, je loge au Cadran bleu, et je me plaindrai de vous au roi.

Le commis conclut, comme les gens de Saumur, qu’il n’avait pas la tête bien saine, et n’y fit pas grande attention. Ce même jour, le révérend P.

La Chaise, confesseur de Louis XIV, avait reçu la lettre de son espion, qui accusait le breton Kerkabon de favoriser dans son coeur les huguenots, et de condamner la conduite des jésuites.

M.

de Louvois, de son côté, avait reçu une lettre de l’interrogant bailli, qui dépeignait l’Ingénu comme un garnement qui voulait brûler les couvents et enlever les filles. L’Ingénu, après s’être promené dans les jardins de Versailles, où il s’ennuya, après avoir soupé en Huron et en Bas-Breton, s’était couché dans la douce espérance de voir le roi le lendemain, d’obtenir mademoiselle de Saint-Yves en mariage ; d’avoir au moins une compagnie de cavalerie, et de faire cesser la persécution contre les huguenots.

Il se berçait de ces flatteuses idées, quand la maréchaussée entra dans sa chambre.

Elle se saisit d’abord de son fusil à deux coups et de son grand sabre.

On fit un inventaire de son argent comptant, et on le mena dans le château que fit construire le roi Charles V, fils de Jean II, auprès de la rue Saint-Antoine, à la porte des Tournelles[2]. Quel était en chemin l’étonnement de l’Ingénu ! je vous le laisse à penser.

Il crut d’abord que c’était un rêve.

Il resta dans l’engourdissement, puis tout-à-coup transporté d’une fureur qui redoublait ses forces, il prend à la gorge deux de ses conducteurs, qui étaient avec lui dans le carrosse, les jette par la portière, se jette après eux, et entraîne le troisième, qui voulait le retenir.

Il tombe de l’effort, on le lie, on le remonte dans la voiture.

Voilà donc, disait-il, ce que l’on gagne à chasser les Anglais de la Basse-Bretagne ! Que dirais-tu, belle Saint-Yves, si tu me voyais dans cet état ? On arrive enfin au gîte qui lui était destiné.

On le porte en silence dans la chambre où il devait être enfermé, comme un mort qu’on porte dans un cimetière.

Cette chambre était déjà occupée par un vieux solitaire de Port-Royal, nommé Gordon, qui y languissait depuis deux ans. Tenez, lui dit le chef des sbires, voilà de la compagnie que je vous amène ; et sur-le-champ on referma les énormes verrous de la porte épaisse, revêtue de larges barres.

Les deux captifs restèrent séparés de l’univers entier. [1] C’est une voiture de Paris à Versailles, laquelle ressemble à un petit tombereau couvert. [2] La Bastille, qui fut prise par le peuple de Paris, le 14 juillet 1789, puis démolie. Commentaire : CHAPITRE NEUVIÈME. ARRIVÉE DE L'INGÉNU À VERSAILLES.

SA RÉCEPTION A LA COUR. Roman de François Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778), L’Ingénu fut publié «à Utrecht» en 1767.

La première mention de l’Ingénu date du 21 juillet 1767: «On parle d’un roman intitulé l’Ingénu que j’ai grande envie de lire», écrit ironiquement Voltaire à d’Alembert. «Cette histoire véritable tirée des manuscrits du père Quesnel» est donc pour Voltaire un roman dont il dira à son libraire Cramer qu’il «vaut mieux que Candide en ce qu’il est infiniment plus vraisemblable».

Voltaire multiplie ensuite les désaveux: ce nouveau récit. »

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