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G. FLAUBERT, Madame Bovary, 1re partie, chap. IX (commentaire)

Publié le 26/02/2011

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M. et Mme Bovary ont été reçus dans le grand monde, chez le marquis de La Vaubyessard: soirée de rêve pour Emma ; mais elle ne peut supporter le retour à son existence terne auprès de son mari, humble médecin de campagne... Comme elle était triste le dimanche, quand on sonnait les vêpres (1) ! Elle écoutait, dans un hébétement attentif, tinter un à un les coups fêlés

de la cloche. Quelque chat sur les toits, marchant lentement, bombait son dos aux rayons pâles du soleil. Le vent, sur la grande route, soufflait des traînées de poussière. Au loin, parfois, un chien hurlait : et la cloche, à temps égaux, continuait sa sonnerie monotone qui se perdait dans la campagne. Cependant on sortait de l'église. Les femmes en sabots cirés, les paysans en blouse neuve, les petits enfants qui sautillaient nu-tête devant eux, tout rentrait chez soi. Et, jusqu'à la nuit, cinq ou six hommes, toujours les mêmes, restaient à jouer au bouchon(2), devant la grande porte de l'auberge. L'hiver fut froid. Les carreaux, chaque matin, étaient chargés de givre, et la lumière, blanchâtre à travers eux, comme par des verres dépolis, quelquefois ne variait pas de la journée. Dès quatre heures du soir, il fallait allumer la lampe. Les jours qu'il faisait beau, elle descendait dans le jardin. La rosée avait laissé sur les choux des guipures d'argent avec de longs fils clairs qui s'étendaient de l'un à l'autre. On n'entendait pas d'oiseaux, tout semblait dormir, l'espalier couvert de paille et la vigne comme un grand serpent malade sous le chaperon du mur, où l'on voyait, en s'approchant, se traîner des cloportes à pattes nombreuses. [...] Puis elle remontait, fermait la porte, étalait les charbons, et, défaillant à la chaleur du foyer, sentait l'ennui plus lourd qui retombait sur elle. Elle serait bien descendue causer avec la bonne, mais une pudeur la retenait. G. FLAUBERT, Madame Bovary, 1re partie, chap. IX (1) «Les vêpres«: vers 17 heures. (2) « Au bouchon « : jeu dans lequel on doit renverser des pièces de monnaie posées sur un bouchon. Vous ferez de ce texte un commentaire composé. Vous pourrez étudier, par exemple, comment Flaubert, par le biais de ces évocations de la vie d'un village et au village nous fait pénétrer dans la solitude morale d'Emma Bovary.

• Flaubert, un «bonhomme« selon son expression «qui creuse et fouille le vrai tant qu'il peut«. • —> véritable maître de l'École réaliste, de l'art objectif, doctrine et esthétique qui s'imposeront après 1850. • Mme Bovary = son roman le plus célèbre. • Ici fin de la première partie: Emma jeune femme romanesque aux aspirations incontrôlées est mal mariée à un brave garçon Charles, officier de santé épais et timide.

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« habitants de ce village perdu dans la campagne. • De plus, ces besogneux paysans ne quittent leurs occupations et ne se voient en groupe qu'un jour par semaine,«le dimanche». • Le rythme de la fin de la journée est précis : — «on sonnait les vêpres», — « à temps égaux », — la cérémonie est passée sous silence, car la vraie vie doit être à la sortie de l'église, — présentation, alors, d'une foule endimanchée (cf.

Maupassant, Contes normands), — quelques traits rapides y suffisent : les « sabots cirés » des «femmes», «la blouse neuve» «des hommes», lesdeux adjectifs insistant sur l'effort des paysans en l'honneur du jour du Seigneur, — le mouvement et ce qui peut en ressortir de gaieté ne sont donnés qu'en touches brèves : «les petits enfants [...] sautillaient nu-tête devant eux», cinq ou six hommes [...] restaient à jouer au bouchon». • La saison est précisée, qui donne à la vie campagnarde une teinte particulière: c'est «l'hiver». • Nulle part mieux qu'à la campagne les conditions climatiques n'ont autant d'importance. • Elles n'incitent pas à rester dehors : le « vent » dont rien ne protège «sur la grand'route» «soufflait des traînéesde poussière» et «les rayons...

du soleil» sont «pâles». • On comprend que, dès les obligations religieuses remplies, «tout rentrait chez soi». • Les seules nuances que le beau ou le mauvais temps apportent à travers la saison sont présentées par Flaubertavec une froideur d'entomologiste —> vocabulaire net, phrases précises, froideur générale et volontaire du style. • Ce sont ces changements atmosphériques qui marquent les heures : — le «matin» où «les carreaux» sont chargés de givre, — le «soir» où «dès quatre heures», il faut «allumer la lampe ». • Quant aux occupations les plus fréquentes à la campagne, le travail de la terre ou plutôt, pour cette petitebourgeoise, les promenades au jardin, elles sont en veilleuse. • Le paysage est bien réduit d'ailleurs : il ne fait voir que le tour de l'église et de l'auberge, le jardin ; de l'intérieurde la maison d'Emma uniquement le foyer où elle «étalait les charbons». • Bref, dans un village de campagne où, même à la belle saison, l'existence est peu variée, la vie, pendant l'hiver esttout à fait ralentie. • Flaubert fait donc sentir à travers une présentation détachée dans son exactitude et sa précision : — des lieux réduits, — peu ou pas d'action, — une similitude dans l'écoulement des heures, — vie et espace restreints, — contacts nuls avec autrui, — aucun rayonnement de chaleur humaine, — le tout vu à travers une vitre gelée. • Tout semble anonyme, peu ou pas de couleurs comme peu ou pas de sons, peu de mouvements.

Tout cela semblele symbole de la vie villageoise.. »

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