Devoir de Philosophie

ITALIE. Influence de la littérature italienne sur la littérature française

Publié le 31/12/2018

Extrait du document

italie

ITALIE. Influence de la littérature italienne sur la littérature française. C’est à l’aube des Temps modernes que se noue entre la France et l’Italie un incessant dialogue dans lequel chacune contractera la dette indispensable à l’éveil ou à la résurrection de son génie propre, quand l’heure l’exigera.

 

Dans une Europe des Lumières fascinée par la culture française, c’est à l’ombre des engouements encyclopédistes et voltairiens qu’un Vico élaborera, pour l’admiration future de Michelet, sa Scienza nuova, ou qu’un Alfieri, reniant ses premières idoles dans son Misogallo, rêvera d’une littérature nationale revivifiée.

 

Lorsque l’imaginaire anglo-saxon déferlera sur l’Europe romantique, écrivains français et italiens échangeront leurs égales incertitudes et d’identiques préoccupations d’originalité.

 

Mais au xvie siècle, à l’époque où l’humanisme triomphant voit dans l’Italie la dépositaire de l’héritage gréco-latin et la mère de la civilisation occidentale, nul ne songe à contester à Dante, à Pétrarque ou à l’Arioste un rôle d’initiateurs privilégiés. Leur patrie n’offre-t-elle pas le modèle d’un monde pétri par les idées, où les lettres et les arts tendent à ériger leurs lois et à bâtir leurs rêves? d’un Etat dont l’idée existe sans pour autant que sa forme soit? L’Italie, adulte dans sa culture, est encore à faire dans ses institutions. Mais elle vit déjà en tant que patrie du poète, de l’artiste ou du savant.

 

Amour des êtres, amour des formes

 

Dès le XIe siècle, la lyrique provençale, dont les troubadours vont répandre les idéaux, contribue de façon décisive, en jetant les bases de la fin'amor, à construire en Italie comme en France l’univers courtois, monde tout entier voué à la fiction profane où l’amour tient lieu de foi; où la femme, objet d’un véritable culte, devient le plus sûr guide de toute quête [voir Courtoisie].

 

Sous l’impulsion de Guido Guinicelli, de Guido Cavalcanti ou de Cino da Pistoia, au xmc siècle, puis de Dante et de Pétrarque, au xive, la poésie toscane va y puiser le fonds d’une spiritualité nouvelle et d'une expression plus ambitieuse d’absolu, le Dolce Stil Nuovo. Amour et platonisme y définissent une morale dont le raffinement et l’élévation enthousiaste auront tôt fait de forger une rhétorique. Images précieuses, métaphores distillées, musiques fluides et syntaxe moderne, ciselée, y tracent les contours béatifiques propres à idéaliser et pérenniser la chose touchée par la magie poétique. Laure, dont la figure n’existe, dans le Canzoniere de Pétrarque, que par la modulation, « en des rimes éparses », des « soupirs » qu’elle a inspirés, va vite susciter des imitations serviles et alambiquées.

 

Pietro Bembo ne retiendra du pétrarquisme que l’aristocratique postulation à une littérature éprise de perfection et de virtuosité formelles. Et c’est peut-être sous cet aspect restrictif que la littérature française le découvre, lorsque Marot paraît y emprunter les éléments d’un renouvellement poétique encore bien hésitant, aiguisant en son exil de Ferrare son goût pour le sonnet et ouvrant la voie à l’école lyonnaise de Maurice Scève et de Louise Labé, sourciers d’une poésie prise du vertige d’elle-même pour laquelle l’amour devient langue sublime dont il faut décliner chaque délicatesse, arithmétique spirituelle dont le chiffre est le vers. Le « feu » et la « glace » qui mettent à a torture l’amant de Délie font du dizain l’architecture exacte et minutieuse d’un tourment délectable, tout entier compris dans son énonciation :

 

Mais moi, je n'ai d'écrire autre souci

 

Fors que de toi, et si ne sais que dire.

 

Sinon crier merci, merci, merci.

 

Une telle écriture ne poursuit-elle pas le rêve de désincarnation en l’idée même de l’amour, déjà exprimé par Pétrarque? L’amoureux pétrarquiste, ivre de sa propre passion, conduit tout naturellement le poète, qui s’identifie à lui, à l’ivresse de sa simple parole. Pourrait-il être satisfait par ce qu’il désire de façon confuse et ne possède qu’imparfaitement, si la forme parfaite que le sonnet, le dizain ou les stances confèrent à l'inintelligible chaos de son âme ne venait lui offrir une figure d’accomplissement? Aux genres poétiques médiévaux, souvent fondés sur la notion d’un discours réitératif (ballades, rondeaux, refrains...), semblent se substituer des genres plus affranchis de toute tradition orale, trouvant leur seule substance en l’écrit — et donc plus clos et résolutifs.

italie

« Dante et de Pétrarque, au xtv•.

la poésie toscane va y puiser le fonds d'une spiritualité nouvelle et d'une expression plus ambitieuse d'absolu, le Dolce Stil Nuovo.

Amour et platonisme y définissent une morale dont le raffinement et l'élévation enthousiaste auront tôt fait de forger une rhétorique.

Images précieuses, méta­ phores distillées, musiques fluides et syntaxe moderne, ciselée, y tracent les contours béatifiques propres à idéa­ liser et pérenniser la chose touchée par la magie poéti­ que.

Laure, dont la figure n'existe, dans le Canzoniere de Pétrarque, que par la modulation, «en des rimes épar­ ses >>, des. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles