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Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) DE LA Sincérité: Les Confessions, 1re partie, Livre I

Publié le 25/12/2019

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rousseau

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

DE LA SINCÉRITÉ

Conformément au vœu de Rousseau, les Confessions parurent après sa mort, en 1782. C’est donc une œuvre posthume. Son élaboration fut pourtant imposée par l’urgence d’une actualité pénible. C’est en effet pour se justifier que Jean-Jacques Rousseau entreprit ce livre, en 1765. Depuis quelque temps, l’écrivain était en butte aux attaques de ses concitoyens de Genève ainsi que des philosophes, ses anciens amis. Un écrit anonyme (sans aucun doute de la main de Voltaire) vint alors l’insulter dans sa vie privée. A ce qu’il considérait comme mensonges et calomnies, Rousseau répliqua en rédigeant son autobiographie. Ce récit avait pour but de rétablir la vérité, et l’auteur prétendait s’y peindre en toute sincérité.

Une telle entreprise de réhabilitation pose au lecteur critique un certain nombre de questions : l’auteur raconte-t-il tout? Ne cherche-t-il pas à donner de lui-même une image flatteuse? L’autobiographie ne devient-elle pas plaidoyer? Rousseau lui-même a toujours protesté de sa bonne foi, en particulier dans les Rêveries du promeneur solitaire où il se défend des accusations de mensonge ou d’omission : «Je n’ai jamais mieux senti mon aversion naturelle pour le mensonge qu’en écrivant mes Confessions...» Il précise : «Je me sentais plutôt porté à mentir dans le sens contraire en m’accusant avec trop de sévérité qu’en m’excusant avec trop d’indulgence» et ajoute :

COMMENTAIRE DU TEXTE:

 

Intus, et in cute Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'execution n'aura  point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme ce sera moi.

Moi seul. Je sens mon cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu.

Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement :

«Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la meme franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire; j'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai été : j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables : qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son

cœur aux pieds de ton trône avec la même sincérité; et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : « Je fus meilleur que cet homme-là. »

(Jean-Jacques Rousseau, les Confessions, ire partie, Livre I, 1782.)

Rousseau précise la singularité de son entreprise autobiographique. Il attribue à ses Confessions une valeur rédemptrice.

Structure du texte

- Originalité du projet (1. i à 5).

- Originalité de l’auteur (1. 6 à 12).

- Le Jugement dernier (1. 13 à 33) :

appel au Jugement de Dieu (1. 13 à 26);

appel au jugement des hommes (1. 26 à 33).

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