La problématique de l'absurde dans le théâtre
Publié le 12/07/2026
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«
Culture générale/Classes de Première… La
problématique de l'absurde dans le théâtre
brunorigolt
23–30 minutes
Ce support de cours est destiné prioritairement aux sections de
Première préparant l’Épreuve Anticipée de Français.
Il vise à
analyser le bouleversement littéraire mais aussi idéologique que le
théâtre de l’absurde a introduit en France à partir des années
Cinquante.
Antithéâtre
et absurde
« La pensée, vidée de l’être, se dessèche, se rabougrit, n’est plus
une pensée.
En effet, la pensée est l’expression de l’être, elle coïncide avec
l’être.
On peut parler sans penser.
Il y a pour cela à notre disposition
les clichés,
c’est-à-dire
les
automatismes.
Il
n’y
a
de
vraie
pensée
que
vivante.
»
Eugène Ionesco, Journal en miettes, 1967
Eugène Ionesco dans Notes et Contre-notes (Paris, Gallimard 1962)
écrivait :
«
L’homme
d’avant-garde
est
l’opposant
vis-à-vis
d’un
système
actuel.
Il est un critique de ce qui est.
Le théâtre d’avant-garde
[…] est comme un théâtre en marge du théâtre officiel : semblant
avoir,
par
son
expression,
sa
recherche,
sa
difficulté,
une
exigence supérieure ».
Ces paroles sont riches d’enseignement : c’est en effet par le
lexique de la transgression (« opposant », « critique », « en
marge ») que l’auteur de la Cantatrice chauve entend briser avec
une tradition théâtrale vieille de plus de deux siècles.
Mais pour
bien comprendre ce bouleversement, il faut le replacer dans un
ensemble plus vaste, qui dépasse bien évidemment le cadre théâtral.
Un théâtre caractéristique de l’Après-guerre
De fait, après la Seconde guerre mondiale, dans une société devenue
plus permissive en matière de mœurs grâce aux jeunes générations,
va s’épanouir une période de changements dans les comportements
collectifs qui vont bouleverser les normes sociales et les valeurs
traditionnelles.
Après les camps de concentration, Hiroshima, et les privations de
la guerre, le développement d’une société de « consommation de
masse » va répondre à une recherche hédoniste du plaisir qui
s’inscrit
dans
un
contexte
largement
libertaire,
transgressif,
voire provocateur (émergence du consumérisme, Beat Generation,
sexualité libre, etc.).
Cette profonde recomposition du champ politique et culturel va
porter atteinte à l’hégémonie de la bourgeoisie, en tant que classe
sociale
dominante,
à
«
l’intégrité
»
de
la
littérature
traditionnelle et aux valeurs humanistes classiques.
Dans le champ
des pratiques symboliques par exemple, la vie intellectuelle dans
l’après-guerre témoigne à la fois d’une recherche tous azimuts de
« l’avant-garde » au niveau des arts et des spectacles, et de
l’émergence
d’un
vaste
mouvement
d’idées et d’opinions
qui
débouchera
sur
une
crise
identitaire
majeure
dont
la
décolonisation, le mouvement des « non-alignés » et bien sûr les
courants
de
contre-culture
(«
mai
68«
,
génération
Hippie,
Pop’Art) constituent les manifestations les plus spectaculaires.
Au cœur du Quartier latin,
le Panthéon vu du Jardin du Luxembourg (© B.
R.)
« Anti-théâtre » et « nouveau roman »…
C’est à Paris dans le « Quartier latin » que va se concentrer la
vie éditoriale et littéraire après la guerre.
Sous l’influence de
Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir surtout, fleurissent un
certain nombre de revues intellectuelles (souvent déficitaires :
c’est presque leur « image de marque »!) qui n’ont d’autre but que
de stigmatiser le « prêt-à-penser ».
De toutes parts, la critique
« officielle » et le « grand public » semblent pris de cours face à
une contestation radicale qui exprime avec une force singulière
les aspirations de toute une génération, celle du Jazz, de Boris
Vian et de Saint-Germain-des-Prés, avide de « refaire le monde ».
C’est dans ce contexte que, face aux drames de l’Histoire et à la
menace d’un conflit atomique, face aux stéréotypes d’une petitebourgeoisie
«
bien-pensante
»
et
conservatrice,
adepte
du
« Boulevard« , se développent vers 1950, dans les petits théâtres
de la Rive Gauche, des pièces d’un style radicalement nouveau,
chargé de dérision, de satire, de provocation, et qui apportent au
théâtre les ressources d’un langage volontairement subversif, apte
à faire naître chez le spectateur la conscience de l’absurde.
Mais
ce
renouvellement
scénique.
Comme
le
dépasse
dit
avec
de
loin
justesse
le
cadre
Pierre
strictement
de
Boisdeffre,
« l' »Antithéâtre » est à la scène bourgeoise ce que l' »Antiroman » est au récit traditionnel : une approche nouvelle des êtres
qui ne doit rien aux procédés psychologiques classiques, et met le
spectateur,
directement
et
sans
explication,
en
face
de
la
situation dramatique » (1).
À l’image de l’anti-théâtre, le « nouveau roman » va s’employer à
remettre en cause les techniques et les conventions du genre
romanesque : suppression de la cohérence de l’intrigue, remise en
cause
de
la
fonction
réaliste
et
référentielle
du
roman
traditionnel, contestation du personnage romanesque, etc.
Dans l’Ère du soupçon (Paris, Gallimard 1956) par exemple, la
romancière
Nathalie
Sarraute
enlève
au
personnage
son
statut
« traditionnel » pour n’en faire qu’un anonyme « dont le résultat
est la dissolution du héros romanesque » (2).
Cette
dernière
expression du romancier Alain Robbe-Grillet révèle les changements
majeurs introduits par le « nouveau roman ».
Les défenseurs du « Nouveau roman ».
De gauche à droite : Alain
Robbe-Grillet, Claude Simon, Claude Mauriac, Jérôme Lindon, Robert
Pinget, Samuel Beckett, Nathalie Sarraute, Claude Ollier
(crédit photographique : Mario Dondero, © éd.
de Minuit, 1959)
Amener le lecteur à une distance critique
Le
personnage,
«
soupçonné
»
d’être
«
trop
honnête
»,
trop
« ordinaire » est littéralement « assassiné » par cette entreprise
de démystifiaction du romanesque : de là les tentatives de nombreux
écrivains (Alain Robbe-Grillet, chef de file du mouvement, Michel
Butor, Nathalie Sarraute) d’abandonner les accessoires classiques
du roman, au point d’appauvrir considérablement l’intrigue (d’un
point de vue narratif, il ne se passe pas grand chose dans ces
romans) pour mieux prendre de recul avec le réel.
Le but en effet n’est pas de divertir, mais plutôt d’amener le
lecteur
à
une
distance
critique
vis-à-vis
du
romanesque
traditionnel : l’aventure, le pittoresque, le suspense, l’intrigue
n’ont
plus
lieu
d’être
dans
le
nouveau
roman
du
fait
même
qu’il « prétend échapper à l’impasse dans laquelle les romanciers
avaient fini par s’enfermer en interprétant à l’aide de schémas
stéréotypés un monde transparent aux passions immuables » (P.
de
Boisdeffre, op.
cit.).
Le nouveau roman participe ainsi à l’élaboration d’une littérature
plus
abstraite,
plus
conceptuelle
en
libérant
l’écriture
des
contraintes traditionnelles, à commencer par le schéma narratif,
volontairement vidé de sa substance.
L’absurde au théâtre
On retrouve dans le théâtre de l’absurde les mêmes principes qui
ont fait la force (et la faiblesse) du Nouveau roman : de fait,
l’absence d’intrigue et la volonté de dessaisir le personnage d’une
identité
et
d’une
consistance
qui
est
celle
des
héros
traditionnels, a entraîné l’écriture du côté de l’exploration du
langage et de l’interrogation identitaire.
Cette mise en cause des formes qui traversent notre héritage
culturel s’est tout d’abord révélée assez déstabilisante pour le
grand
«
public,
habitué
caractérisés
accessible
sur
à
une
«
histoire
».
Même
la
Cantatrice
le
plan
du
vocabulaire,
»,
à
des
chauve,
personnages
pourtant
revendique
un
très
statut
d' »anti-pièce » qui a littéralement mystifié le public parisien et
la critique conservatrice à sa sortie.
Peut-être à cause de la
simplicité même du lexique, la pièce est déroutante et porte en
elle les germes d’une vérité plus profonde : c’est en effet la
esslin.1242926544.jpg« tragédie du langage » qui se révèle le
véritable sujet de la pièce.
On comprend mieux dès lors cette affirmation de Ionesco dans Notes
et contre-notes : « J’ai intitulé mes comédies antipièces, drames
comiques, et mes drames pseudo-drames ou farces tragiques, car, me
semble-t-il, le comique est tragique, et la tragédie de l’homme est
dérisoire ».
Le théâtre de l’absurde est donc par définition un théâtre de la
crise des identités et des rapports de classe.
Si sa dramaturgie
remet
en
cause
le
drame
classique,
matériellement
et
symboliquement, c’est qu’il s’agit avant tout pour des auteurs
comme
Beckett
ou
Ionesco
de
refuser
«
toute
représentation
mimétique de la réalité, qui pourrait favoriser l’illusion d’une
homophonie entre le réel et le représenté » (3).
Ce désintérêt pour
l’imitation, la mimésis trouve sa justification dans un a priori
esthétique et philosophique qui entend rompre avec le « théâtre
d’illusion », par définition réaliste et référentiel.
Dans un célèbre essai paru en 1962, le critique anglais Martin
Esslin, à qui l’on doit l’expression de « théâtre de l’absurde »,
propose
une
Wikipedia
interprétation
:
«
En
très
analysant
le
pertinente
résumée
répertoire
de
ainsi
dans
l’avant-garde
dramatique de son époque, Martin Esslin montre que ces pièces de
théâtre sont moins farfelues qu’elles ne paraissent et qu’elles
possèdent une logique propre, s’attachant à créer des mythes,
autrement dit une réalité plus psychologique que physique.
Elles
montrent l’homme plongé dans un monde qui ne peut ni répondre à ses
questions,
ni
satisfaire
ses
désirs.
Un
monde
qui,
au
sens
existentialiste du mot, est « absurde » ».
La Cantatrice chauve de Ionesco (4)
Qu’on ne se méprenne pas cependant : entre la dramaturgie d’Albert
Camus ou de Sartre et la théâtralité de Ionesco, c’est le jour et
la nuit....
»
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