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Le Rêve de Jaguar de LECONTE DE LISLE (commentaire)

Publié le 12/02/2012

Extrait du document

de lisle

Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,

Dans l'air lourd, immobile et saturé de mouches,

Pendent et, s'enroulant en bas parmi les souches,

Bercent 'le perroquet splendide et querelleur,

5 L'araignée au dos jaune et les singes farouches.

C'est là que le tueur de boeufs et de chevaux

.../...

On a l'laisanté la « ménagerie exotique « de Leconte de Lisle « pasteur d'éléphants«. C'est à tort, croyons-nous. Une étude impartiale de poèmes comme le Rêve du Jaguar, les Eléphants, l' Aboma - « roi des pythons « - le Sommeil du Condor amène à ratifier sans restriction le jugement de Paul Bourget : « M. Leconte de Lisle est un peintre d'animaux admirable, et d'une intuition saisissante. Il les comprend comme un naturaliste, il les évoque comme un poète, et il s'incarne en eux comme une sorte de Protée moderne, par cette double vertu de la science et de la poésie. « C'est à la lumière de cette appréciation si compréhensive que nous allons tenter d'expliquer ces 22 vers, dont la plénitude nous effraie quelque peu.

de lisle

« 11 fallait que le jaguar nous apparilt dans ce cadre, sous peine de n'etre comme ceux qu'a observes -patiemment son peintre - qu'un, felin du Museum, du Jardin des Plantes ou d'Acclimatation.

Et déjà noun admirons ici a l'intuition saisissante > de notre poete animalier.

Bourbon, sa chere ile, 'a depose duns sa memoire des images luxuriantes, et it lui est plus facile qu'a d'autres d'evoquer sans les avoir precisement vus ces paysages exo- tiques hantes par le terrible chasseur.

Reconnaissons qu'il y reussit superieu- rement, puisque les riverains du Parana, du Paraguay et de l'Uruguay, patrie du jaguar, ont pu temoigner de la fidelite de ses peintures.

Examinons par le menu chacun des details qui peignent la foret.

Les acajous sont noirs.

Sur ce forkd sombre se dkacheront mieux et les fleurs des lianes, et le plumage splendide du perroquet, et le dos jaune de l'arai- gnee - une enorme mygale, inconnue en France.

Les lianes souples, mobiles, perchoirs et balancoires naturels, sont bien faites pour les eras querelleurs et pour les singes farouches; et ces deux epithetes suffisent a nous representer les evolutions, les acrobaties des uns et des autres.

On suit ega- lement du regard ces lianes qui pendent du sommet de l'arbre au bois pre- cieux jusqu'aux couches autour desquelles elles s'enroulent, comme des serpents.

Aucune palette enfin n'a de couleurs pour figurer cet autre detail important, que le poke a si bien rendu, et qui ajoute au pittoresque : l'air lourd, immobile et suture de mouches.

C'est la que devait arriver la bete feroce.

Contraste violent, non artificiel, entre la beaute du decor et l'effroi que seine partout le seigneur de ces lieux.

La terreur semble naitre sous ses pas : les perroquets se taisent, les singes s'eclipsent, les grands lezards, chauds des feux de midi, fuient dans l'herbe rousse.

Apparition sinistre, en verite! Et voici le portrait du fauve, liesigne d'abord par une periphrase expressive : le tueur de bawls et de chevaux.

Il revient, le long des vieux troncs morts a l'ecorce moussue. (Dans la fork vierge, les arbres, non exploites, tombent et pourrissent sur place, et la mousse envahit leur ecorce.) Sa demarche, son allure sont definies en des termes particulierement heureux : sinistre s'applique au malfaiteur, au bandit; fatigue au chasseur qui vient de passer une nuit blanche et qui, sans doute, a da deployer dans la lutte des efforts conside- bles; a pas egaux indique la tranquillite du criminel que ne tourmente point le remords, et la certitude de n'etre point inquiete dans le refuge qu'il s'est choisi.

L'ame et le corps de la bete nous apparaissent a travers ces details. Tous ses gestes sont nunutieusement observes et parfaitement rendus.

Le voici, frottant ses reins musculeux au tronc des arbres, et faisant saillir sous la peau ses muscles d'acier, qu'il bossue.

Il a soif, cela s'apercoit a son mufle Hunt, et cette gueule entr'ouverte est, de ce fait, alourdie : sensation habilement traduite.

Meme exactitude pour peindre le souffle si caracteris- tique des grands Mins : it est rauque et bref, comme aussi cette secousse de tout le corps qui l'accompagne : elle est brusque. Le carnassier est parvenu au lieu du repos.

II n'a pas de gite fixe, nous disent les naturalistes.

II se couche dans les hautes herbes ou dans l'epaisseur de la fork; it prefere celle-ci a tout autre sejour.

II a trouve l'ombre propice au sommeil.

Coquetterie de felin, avant de s'endormir it se lustre la patte, ou it a decouvert, sans doute, quelques traces de sang.

Le geste est saisi sur le vif : d'un large coup de langue.

II ne s'endort pas aussitot; it clique ses yeux d'or - ces yeux qui, d'apres Brehm, 1 percent les tenebres ».

-- Mouvement et couleur sont adroitement associes dans cette expression pitto- resque entre toutes.

Il en est a ce moment fugitif qui n'est plus Petat de veille et qui n'est pas encore le plein sommeil : ses yeux sont hebetes comme ceux de l'enfant quand a passé e le marchand de sable 3..

Il dort, maintenant.

L'inertie de son corps extenue est exprimee par ces mots, eux aussi pittoresques : forces inertes...

Mais son ame, dans laquelle lit le poete, son ame de meurtrier, de bete de proie, survit et se peuple d'irnages en cette mort apparente du corps.

Le Jaguar reve.

II voit rouge a travers sa paupiere a present close; it croit tuer encore, et, dans son illlu- sion feroce, tout son etre se rejouit d'une joie bestiale : sa queue remue, ses flancs frissonnent...

II se represente les plantations vertes de canne a sucre, propices a l'embuscade crepusculaire...

puis le e bond zo unique, soudain, prodigieux; la surprise « effarante 3.; le sang qui a ruisselle >>, sous l'etreinte plongeante de ses ongles de fer; les a beuglements » furieux et plaintifs des taureaux affoles qui, vainement, cherchent a fuir. Ouvrons ici une parenthese, et procedons a une wise au point qui n'est Il fallait que le jaguar nou.s appl;lrÎlt dans ce cad.re, sous pei,ne dt; !l'être .

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comme ceux qu'a observes ·patiemment son pemtre - qu un.

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du Muséum, du Jardin des Plantes ou d'Acclimatation.

Et déjà nous admirons ici «l'intuition saisissante» de notre poète animalier.

Bourbon, sa chère île, -a déposé d'ans· sa mémoire des images luxuriantes, et il lui est plus facile qu'à d'autres d'évoquer sans les avoir précisément vus ces paysages exo­ tiques hantés par le terrible chasseur.

Reconnaissons qu'il y réussit supérieu­ rement, puisque les riverains du Parana, du Paraguay et de l'Uruguay, patrie du jaguar, ont pu témoigner de la fidélité de ses peintures.

Examinons par le menu chacun des détails qui peignent la forêt.

Les acajous sont noirs.

Sur cc fol\..d sombre se détacheront mieux et les fleurs des lianes, et le plumage splendide du perroquet, et le dos jaune de l'arai­ gnée - une énorme mygale, inconnue en France.

·- Les Ifimes souples, mobHes, perchoirs et balançoires naturels, sont bien faites pour les aras querelleurs et pour les singes farouches; et ces deux épithètes suffisent à nous représenter les évolutions, les acrobaties des uns 'et des autres.

On suit éga­ lement du regard ces lianes qui pendent du sommet de l'arbre au bois pré­ cieux jusqu'aux souches autour desquelles elles s'enroulent, comme des serpents.

Aucune palette enfin n'a de couleurs pour figurer cet autre détail important, que le poète a si bien rendu, et qui ajoute au pittoresque : l'air lourd, immobile 'et saturé de mouches.

C'est là que devait arriver la bête féroce.

Contraste violent, non artificiel, entre la beauté du décor et l'effroi que sème partout le seigneur de ces lieux.

La terreur semble naître sous ses pas : les perroquets se taisent, les singes s'éclipsent.

les grands lézards, chauds des feux de midi, fuient dans l'herbe rousse.

Apparition sinistre, en vérité! Et voici le portrait du fauve, aésigné d'abord par une périphrase expressive : le tueur de bœufs et de chevaux.

Il revient, le long des vieux troncs morts à l'écorce moussue.

(Dans la forêt vierge, les arbres, non exploités, tombent et pourrissent sur place, et la mousse envahit leur écorce.) Sa démarche, son allure sont définies en des termes particulièrement heureux : sinistre s'applique au malfaiteur, au bandit; fatigué au chasseur qui vient de passer une nuit blanche et qui, sans doute, a dù déployer dans la lutte· des efforts considé­ bles; à pas egaux indique la tranquillite du criminel que ne tourmente point le remords, et la certitude de n'être point inquiété dans le refuge qu'il s'est choisi.

L'âme et le corps de la bête nous apparaissent à travers ces détails.

Tous ses gestes sont minutieusement observés et parfaitement rendus.

Le voici, frottant ses reins musculeux au tronc des arbres, et faisant saillir sous la peau ses muscles d'acier, qu'il bossue.

Il a soif, cela s'aperçoit à son mufle béant, et cette gueule entr'ouverte est, de ce fait, alourdie : sensation habilement traduite.

Même exactitude pour peindre le souffle si caractéris- tique des grands félins : il est rauque et bref, comme aussi cette secousse de tout le corps qui l'accompagne : elle est· brusque.

Le carnassier est parvenu au lieu du repos.

Il n'a pas de gîte fixe, nous disent les naturalistes.

Il se couche dans les hautes herbes ou dans l'épaisseur de la forêt; il préfère celle-ci à tout autre séjour.

Il a trouvé l'ombre propice au sommeil.

Coquetterie de félin, avant de s'endormir il se lustre la patte, où il a découvert, sans doute, quelques traces de sang.

Le geste est saisi sur le vif : d'un large coup de langue.

Il ne s'endort pas aussitôt; il cligne ses yeux d'or- ces yeux qui, d'après Brehm, «percent les ténèbres».

:__ Mouvement et couleur sont adroitement associés dans cette expression pitto­ resque entre tontes.

Il en est à ce moment fugitif qui n'est plus l'état de veille et qui n'est pas encore le plein sommeil : ses yeux sont hébétés comme ceux de l'enfant quand ~ passé «le marchand de sable ».

Il dort, maintenant.

L'inertie de son corps exténué est exprimée par ces mots, eux aussi pittoresques : forces inertes ...

Mais son âme, dans laquelle lit le poète, son âme de meurtrier, de bête de proie, survit et se peuple d'imàges en cette mort apparente du corps.

Le Jaguar rêve.

Il voit rouge à travers sa paupière à présent close; il croit tuer encore, et, dans son illlu- · sion féroce, tout son être se réjouit d'une joie bestiale : sa queue remue, ses flancs frissonnent ...

Il se représente les plantations vertes de canne à sucre, propices à l'embuscade crepusculaire ...

puis le «bond» unique, soudain, prodigieux; la surprise «effarante»; le sang qui «ruisselle», sous l'étreinte plongeante de ses ongles de fer; les «beuglements» furieux et plaintifs des taureaux affolés qui, vainement, cherchent à fuir.

Ouvrons ici une parenthèse, et procédons à une mise au point qui n'est. »

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