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Le Rivage des Syrtes Julien Gracq Commentaire de Stylistique Extrait pages 7-8

Publié le 12/01/2012

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Le Rivage des Syrtes est un roman publié en 1951 par Julien Gracq. D’inspiration surréaliste, le récit évoque les aventures d’Aldo, jeune héritier de la Seigneurie d’Orsenna, un Empire jadis rayonnant. Envoyé en mission dans le désert voisin afin de déclarer la guerre au pays imaginaire du Farghestan, le narrateur se retrouve malgré lui forcer à espérer le moment clé pour pouvoir déclencher l’assaut contre cette ancienne contrée rivale. Le texte joue donc sur l’attente d’un non-évènement en délaissant peu à peu le récit narratif pour explorer une prose plus poétique. Il nous dévoile des paysages aux noms énigmatiques, évoquant de lointaines réminiscences historiques et littéraires pour le lecteur, afin de former une œuvre nouvelle, symbolique, qui repousse les frontières du récit.

L’extrait étudié correspond à l’incipit du roman. Il sert donc de cadre d’exposition au récit, tout en dévoilant la personnalité mélancolique d’Aldo. Par le biais d’une prose hiératique, d’un style puissant et élégant, le texte mêle donc souvenirs d’enfance tout autant que description de la cité vieillissante d’Orsenna, à travers le regard bienveillant du narrateur, son héritier. Nous nous interrogerons donc sur les différentes manières dont le texte opère des passages du passé au présent, et la façon dont le discours du narrateur met en scène son statut d’héritier. 

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« 2 A) L’ÉNONCIATEUR AU CŒUR D ’UNE TRADITION FAMILIALE Le texte qui fait l’objet de notre étude obéit à certaines caractéristiques formelles propres au genre narratif.

En effet, il vise à raconter une histoire, à travers des évènements exposés par une instance identifiable : le narrateur qui s’exprime à la pre mière personne du singulier, en focalisation interne.

D’emblée, on remarque l’importance du pronom « Je » qui domine majoritairement le récit.

En effet, il intervient à sept reprises dans le texte (l.

1, l.1, l.4, l.6, l.7, l.20, l.23) notamment en début e t en fin de passage.

De même, on peut souligner également la triple présence du pronom possessif de la première personne du singulier : « mon enfance » (l.1) , « mon père » (l.4) , « ma mère », (l.7) évoquant le sentiment d’appartenance familiale du narrateur.

Or, le second genre dominant dans le texte reste le genre descriptif, que l’on peut référencer dans le passage de la ligne 10 à la ligne 20, lors de la mise en pause du récit narratif.

Dès lors, le changement s’opère à travers le pronom « elle » ( l.10) , en référence à la Seigneurie d’Orsenna.

De même, o n note l’apparition du pronom possessif de la troisième personne « son », déclin é dans les deux genres, au singulier et au pluriel : « ses armes » (l.9) , « son commerce » (l.10) , « son crédit » (l.11) , « sa fortune » (l.11) , « son prestige » (l.12) , « son activité » (l.12) .

Tous ces éléments se réfère nt à la S eigneurie d’Orsenna , à l’intérieur d’une seule et unique phrase .

La répétition du pronom apporte ainsi une rythmique anaphorique évoquant une accumulation de biens, qui accroît le sentiment de « propriété » de la Seigneurie.

> Le récit se compose donc de deux genres différents .

Cette distinction est rendue possible à travers le changement de pronom possessif.

En effet, à travers le « mon » de la première personne , l’énonciateur « je » s’identifie tout d’abord à une généalogie familiale, et à sa place au sein même d’une longue lignée .

Puis, à travers le pronom « son » de la troisième personne , le narrateur met la S eigneurie au premier plan de sa description , en soulignant le fait qu’il en est lui- même l’héritier principal .

Le texte montre ainsi la stature importante du narrateur dans le récit, puisqu’il est le pilier qui unit les deux éléments moteur du passage : le groupe social de la famille et celui de l a cité d’Orsenna.

B) LE PRÉSENT COMME DÉMONSTRATION D’UNE CONTINUITÉ A travers cette notion d’h éritage et d’ascendance , on peut souligner le fait que la temporalité du récit joue également sur l’idée d’une continuité.

En effet, le temps majoritaire de l’extrait est celui du présent, puisqu’il apparait neuf fois durant le passage ( l.1, l.1, l.8, l.10, l.12, l.13, l.17, l.18, l.22).

Il a tout d’abord une fonction introspective , décrivant l’état intérieur du narrateur au moment de l’énonciation, lorsqu’il se remémore le souvenir de ses années passées : « Je garde de mon enfance le souvenirs d’années tranquilles » (l.1) .

Il a également une valeur de caractérisation : « elle est semblable à une personne très vieille et très noble » (l.10) , décrivant la cité aujourd’hui, dans son état actuel.

Cette narration intercalée, à travers l ’utilisation du temps unique du présent , démontre bien le lien très fort qui unit le narrateur entre son passé et aujourd’hui .

On peut également relever l’importance de l’utilisation de l’imparfait , qui apparait à six reprises dans le texte (l.3 , l.4, l.19, l.20, l.20, l.23).

Ce temps du passé exprime donc une habitude : « où nous ramenait chaque été » (l.3), se rapportant au temp s révolu de l’enfance du narrateur dont le souvenir reste puissant.

En fin de texte, l’imparfait possède une valeur temporelle : « quelque chose de romanesque et d’inemployé flottait sur la vie libre » (l.19) , donnant une impre ssion de. »

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