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Notice sur les Lettres de mon moulin

Publié le 06/05/2011

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1 Genèse et composition

• La Provence sous le Second Empire. Cette très ancienne province, héritière d'un passé culturel prestigieux, connaît à partir de 1840 le contrecoup de la révolution industrielle, qui produit pour elle un bouleversement économique et social. Le département du Gard se développe, avec la multiplication des magnaneries, la découverte et l'exploitation des mines d'Alès. C'est en 1840 que sera achevée la construction du chemin de fer Alès-Nîmes-Beaucaire, et sous le Second Empire sera poursuivie la construction du chemin de fer Paris-Méditerranée. En même temps que la vie économique locale subit une très vive impulsion, tous les particularismes qui faisaient le charme de cette province sont battus en brèche par un progrès qui uniformise tout et un pouvoir central qui voit dans cette évolution le gage d'un renforcement de son autorité.

« pittoresque et sa part de merveilleux, qui occupera la première place : La Mule du Pape, Les Trois Messes basses,et, à un moindre titre, Le Curé de Cucugnan et L'Élixir du Révérend Père Gaucher.

Trois textes (Le Phare desSanguinaires, L'Agonie de la Sémillante et Les Douaniers) rappellent le séjour en Corse, tandis que trois autres (LesOranges, A Milianah, Les Sauterelles) sont consacrés à l'Algérie: la chronique provençale s'élargit au mondeméditerranéen.

Enfin, en dehors de l'apologue de La Mort du Dauphin, deux derniers textes, d'inspiration balzacienne,opposent la santé et la grandeur de la vie provinciale aux désordres et à la futilité de l'univers parisien : LePortefeuillede Bixiou et La Légende de l'homme à la cervelle d'or. 2 La Provence de DaudetCette Provence, l'auteur la décrit avec la précision d'un peintre sensible à la grandeur et au pittoresque despaysages, l'émotion d'un homme de coeur touché par les souffrances et la gaieté d'un peuple auquel tant de liens lerattachent, la nostalgie d'un exilé qui, en revenant au pays de son enfance, le voit menacé par la marche duprogrès. • Un paysage rude.Le décor, c'est d'abord celui d'un paysage rude, écrasé par un soleil impitoyable, constamment balayé par le soufflepuissant du mistral; paysage cependant varié : la montagne qu'évoquent La Chèvre de M.

Seguin et la rêverie duberger des Étoiles; la plaine avec ses mas isolés près de quelques maigres bouquets d'arbres, ses gros bourgssilencieux sous la chaleur de midi, ses routes parcourues de temps en temps par la diligence, une carriole depaysans endimanchés, ou le pas lent d'un travailleur avec son âne; le fleuve puissant, que tente encore de franchirle pont d'Avignon, et que descendent les chasseurs en route vers le marais de Camargue, avec ses « roubines »(canaux) et ses « clairs » (étangs).

Parmi eux, l'étang de Vaccarès, séjour de milliers d'oiseaux; et, plus loin, laprésence à demi devinée de la mer.

Là pousse une végétation clairsemée mais odorante, lavande et romarin,marjolaine et absinthe sauvage.

Par-dessus tout, le vent éternel, et le cri strident des cigales, qui semble lavibration même de la lumière. • De petites gens.Plus qu'aux notables, citadins et commerçants, ménagers, c'est-à-dire paysans aisés, l'auteur s'intéresse auxpetites gens, berger, joueur de fifre, rémouleur, ouvrier agricole, gardien de phare, douanier, matelot.

Il nousmontre, avec la petite-fille de Maître Cornille, qui se loue pour des travaux saisonniers, « les misères des jeunessesen condition », avec le berger des Étoiles, la distance sociale quasi infranchissable qui sépare le pauvre berger,l'ouvrier agricole, du maître de la ferme.

En Camargue révèle l'effarante solitude du gardien, retournant parfois à unevie presque sauvage, ou dévoré par les fièvres qu'exhale le marais desséché en été.

Ces êtres, Daudet nous lesdépeint avec quelques détails significatifs : « manteaux de cadis roux » des bergers « qui leur tombent sur les talonscomme des chapes », énorme casquette en peau de lapin du rémouleur, coiffe élancée de l'Arlésienne, vareuse dumatelot.

Nous les voyons dans leur rude travail, affrontés au sol caillouteux des olivaies ou aux menaces de la mer;nous assistons à leurs repas, où se partagent le lait, le fromageon, les olives et les oignons, où se boivent le rosé oule vin cuit; à leurs conversations, sentencieuses ou gaies, émaillées de savoureuses expressions et de motspittoresques; nous les voyons enfin dans leurs fêtes, abandonnés au mouvement de la farandole ou à la frénésie desjeux, débordants de gaieté. • Le goût méditerranéen de la vie.Mais la Provence, c'est aussi pour Daudet une certaine réalité morale, dont il dégage l'originalité.

Cette réalité c'est,par-delà la pauvreté et la rudesse de ces existences, un goût méditerranéen de la vie.

C'est aussi, par contrasteavec la futilité des sentiments parisiens, un relief dû à la puissance des passions qui animent ce peuple : passion deMaître Cornille acharné à nier le temps présent et à maintenir malgré tout son moulin en activité; passion naïve ettêtue de Blanquette, la petite chèvre, pour la liberté et le grand mystère de la montagne.

Cette grandeur humaine,certaines lettres nous la font mieux sentir encore, en nous introduisant dans une atmosphère de fatalité, et enaboutissant à un dénouement tragique.

C'est toute cette Provence, immémoriale et fragile, menacée par uneévolution inéluctable, que Daudet s'est donné pour but d'éterniser dans son oeuvre. 3 L'art du conteur • Récit et confidence personnelle.Parfois, l'auteur se maintient dans l'anonymat du conteur, qui s'efface derrière son récit, ou n'intervient que dans unbref prologue, comme dans La Mule du Pape; parfois, comme dans Le Curé de Cucugnan, il campe un décor et unpersonnage de narrateur, avant de céder la parole à ce dernier.

Mais souvent aussi, il se met personnellement enscène et nous révèle sa propre personnalité, avec sa sensibilité, son goût des êtres et des choses.

Nous constatonsalors son amour attentif de la nature, comme lorsqu'il se montre préférant à l'affût la contemplation d'un coucher desoleil (A l'espère), ou, au pied du phare des Sanguinaires, passant de longues heures à rêver au bord de l'eau,comme le Rousseau de la Cinquième Promenade.

Nous le voyons aussi envelopper de sa sympathie les êtressouffrants qu'il côtoie, comme le jeune Palombo, mourant de fièvre sur une côte inhospitalière, dans le récit des. »

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