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Nuit Rhénane

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Nuit Rhénane  constitue le poème d’ouverture de la section Rhénanes du recueil. Cette section est composée de neuf poèmes ayant pour principale source d’inspiration poétique le fleuve du Rhin et les paysages qui l’entourent, auprès desquels le poète a vécu au cours d’une brève période lors de son premier séjour germanique (d’août 1901 à août 1902). Ce paysage a notamment servi de cadre idyllique à son histoire d’amour désenchantée avec la gouvernante anglaise Annie Pleyden et dont on retrouve l’influence dans le poème. C’est donc dans une atmosphère inquiétante, onirique et teintée de mysticisme que prend place le poème Nuit Rhénane. En faisant écho au titre de son recueil, à son parti-pris thématique (celui d’un univers alcoolisé) ainsi qu’à l’intitulé de sa section, le poète met en scène une véritable rêverie dominée par l’ivresse où le surnaturel et l’irrationalité des légendes et mythes antiques et germaniques contaminent progressivement la réalité tangible dans laquelle se situe initialement le poète. L’originalité du poème se retrouve donc dans la transfiguration du vécu lyrique du poète en une expérience mythique marquée par l’enivrement et le chant : celui d’un batelier et celui du poète lui-même. C’est dans cette atmosphère musicale que de grandes figures féminines issues de la mythologie gréco-germanique colorent l’atmosphère atmosphère pesante et angoissante d’un vécu biographique encore marqué par la déception amoureuse. Le poème dont la structure se révèle similaire à celle d’un sonnet, est ainsi marqué par une chute brutale : nous avons un dernier vers détaché au niveau de la forme et de la composition. Ce détachement typographique témoigne ainsi d’une fracture. Il s’agit donc de s’interroger sur la manière d’interpréter la progression dramatique du poème : cohérente lors des trois premiers quatrains, elle se retrouve lors du dernier vers, marquée par un dénouement brutal marquant une rupture dans la tension poétique.   Dans la perspective d’une étude linéaire nous procéderons d’abord à l’analyse du poème quatrain par quatrain qui constituera un premier mouvement, celui de la progression dramatique au sein du poème puis à celle du dernier vers. Si les premiers quatrains traduisent d’une progression de la tension narrative où le chant poursuit le même processus d’amplification que celui de l’ivresse qui envahit le réel, le dernier vers ,lui, témoigne d’une rupture discordante voire dissonante, laissant ainsi au lecteur, le soin d’une libre interprétation et nous invitant ainsi à une relecture attentive où les interprétations sont multiples.       Le début de Nuit Rhénane présente presque une fonction d’incipit. En effet, ce quatrain pose les bases de ce qui constituera le motif dominant du poème : celui de l’ivresse réelle et poétique. Il s’agit dans cette première strophe, de poser le cadre d’une tranquillité docile où la rêverie nocturne se trouve déjà progressivement mêlée à l’ivresse, témoignant ainsi d’une jonction entre réalité tangible et phénomènes surnaturels.   Ainsi dès les premiers vers, on note un ancrage dans une énonciation particulière. Il y a d’emblée un jeu de pronoms au sein de l’énoncé même, présentant ainsi un dialogue étrange. En effet, à la première lecture, il semble qu’il nous est narré ici le déroulement d’une scène paisible trouvant place et lieu dans un bar ou dans un cabaret. Le pronom possessif « mon » au vers 1 semble suggérer la présence d’un protagoniste principal interne au récit et qui nous conte une expérience intime. Or au vers 2, le passage à la deuxième personne du pluriel au détour du syntagme verbal « Ecoutez » pose un brouillage énonciatif. En effet, le poète semble nous inviter en tant que lecteur, à faire part de ses impressions. Nous sommes ainsi directement plongés dans l’ivresse débutante de son expérience et nous sommes conviés à le suivre durant toute la durée de son expérience. Ainsi, l’utilisation de cette deuxième personne du pluriel pose certains questionnements. En effet, cette énonciation s’apparente à un dialogue aux allures d’étrangeté, comme un monologue intérieur dans lequel le poète s’adresserait à lui-même. Cela pose d’emblée la possibilité d’une lecture double du poème, qui sera alimentée par la rupture abrupte de son dénouement. C’est ainsi que le poète construit ce quatrain sur un système de mise en abyme où le poète interne à l’énonciation poétique s’éclipse déjà afin de donner la parole au batelier, un narrateur lointain (« qui raconte avoir vu » au vers 3) qui va dresser le témoignage d’une anecdote étrange, mystique et indéfinie C’est ainsi que s’opère la superposition de deux discours : le premier se positionne en auditeur du second qui présente sous le signe de la réalité des divagations aux accents mythologiques. Le mystique s’empare déjà du poème et la lecture se retrouve obscurcie par cette absence de frontière entre réalité et rêve enivré.   Le brouillage d’autant plus balisé, que pour nourrir cette fonction d’incipit, le poète nous transpose dans une temporalité et un espace bien marqués. Le cadre nocturne, est assez explicite : on a d’emblée une référence au niveau du titre « Nuit Rhénane », ou du champ lexical comme la mention de la « lune » au vers 3. Le cadre prend place dans le fleuve du Rhin (« Nuit Rhénane ») dominé par la figure de la femme et par l’amour. Cette insistance témoigne du caractère idyllique de la nuit qui témoigne de son aptitude à incarner un espace infini où toutes les éventualités amoureuses peuvent prendre place. Cela se ressent notamment à travers les rimes flamme/femmes. La flamme pouvant faire écho à la flamme qui anime les passions, cette fusion rimique suggérant ce déploiement possible des sentiments dans une relation amoureuse passionnelle.   Il est d’ailleurs important de noter à quel point le poète désire détruire les limites entre le réel et le surnaturel. En effet, le cadre du poème (un homme da...

«   Dans la perspective d'une étude linéaire nous procéderons d'abord à l'analyse du poème quatrain par quatrain qui constituera un premier mouvement, celui de la progression dramatique au sein du poème puis à celle du dernier vers. Si les premiers quatrains traduisent d'une progression de la tension narrative où le chant poursuit le même processus d'amplification que celui de l'ivresse qui envahit le réel, le dernier vers ,lui, témoigne d'une rupture discordante voire dissonante, laissant ainsi au lecteur, le soin d'une libre interprétation et nous invitant ainsi à une relecture attentive où les interprétations sont multiples.       Le début de Nuit Rhénane présente presque une fonction d'incipit. En effet, ce quatrain pose les bases de ce qui constituera le motif dominant du poème : celui de l'ivresse réelle et poétique. Il s'agit dans cette première strophe, de poser le cadre d'une tranquillité docile où la rêverie nocturne se trouve déjà progressivement mêlée à l'ivresse, témoignant ainsi d'une jonction entre réalité tangible et phénomènes surnaturels.   Ainsi dès les premiers vers, on note un ancrage dans une énonciation particulière. Il y a d'emblée un jeu de pronoms au sein de l'énoncé même, présentant ainsi un dialogue étrange. En effet, à la première lecture, il semble qu'il nous est narré ici le déroulement d'une scène paisible trouvant place et lieu dans un bar ou dans un cabaret. Le pronom possessif « mon » au vers 1 semble suggérer la présence d'un protagoniste principal interne au récit et qui nous conte une expérience intime. Or au vers 2, le passage à la deuxième personne du pluriel au détour du syntagme verbal « Ecoutez » pose un brouillage énonciatif. En effet, le poète semble nous inviter en tant que lecteur, à faire part de ses impressions. Nous sommes ainsi directement plongés dans l'ivresse débutante de son expérience et nous sommes conviés à le suivre durant toute la durée de son expérience. Ainsi, l'utilisation de cette deuxième personne du pluriel pose certains questionnements. En effet, cette énonciation s'apparente à un dialogue aux allures d'étrangeté, comme un monologue intérieur dans lequel le poète s'adresserait à lui-même. Cela pose d'emblée la possibilité d'une lecture double du poème, qui sera »

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