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orientalisme

Publié le 07/12/2012

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n° 3, Figures de l'étranger dans les littératures francophones Rachid Naim L'Arabe aux yeux de l'orientalisme littéraire Abstract: For centuries ago, the Arab has been vilified and demonized. Western representations of the Arabs and their culture and religion are so negative and reductive. They are seen as backwards, religious fanatics, irrational... French literature, especially orientalist written by authors-travelers such as Gustave Flaubert or le Comte de Volney used arab characters and space as narrative leitmotiv. First, readers could feel a kind of fascinat ion for the oriental world but then the disillusion came and some texts began so aggressive. Some authors, like Chateaubriand and Lamartine, even called openly for a direct colonization of the arab countries. Keywords: Arabs, literature, Orientalism, representations, Europe, French. Résumé: Tout au long de l'Histoire, l'être occidental s'est construit un système de représentations concernant son voisin de la rive sud de la Méditerranée. Miroir de la société, la littérature va emboiter le pas et avec l'ar rivée de la mode orientaliste, la littérature française va mettre en scène d'une manière continue l'Arabe et son univers. La fascination des écrivains pour l'Orient fait bientôt place à une déception et une désillusion donnant lieu, à leur tour, à une agressivité insoutenable qui va aller jusqu'à préfigurer l'Histoire et annoncer les affres du colonialisme. Mots-clés: Arabe, Europe, littérature, représentations, orientalisme, voyage. T OUT AU LONG DE L'HISTOIRE, L'ETRE OCCIDENTAL s'est construit un système de représentations concernant son voisin de la rive sud de la Méditerranée. L'Arabe est devenu ainsi pour l'Européen « l'Autre « par excellence. Miroir de la société, la littérature va emboiter le pas et avec l'arrivée de la mode orientaliste pendant le 19 siècle, la littérature française va mettre en scène d'une manière continue l'Arabe et son univers. Des écrivains comme Chateaubriand, Lamartine ou encore Flaubert vont entamer des voyages en Orient et vont créer une altérité arabe (religieuse, culturelle, politique voire raciale) et changer définitivement comment l'Occident perçoit les Arabes. L'Arabe aux yeux de l'orientalisme littéraire Les écrivains du XIXe siècle vont entretenir avec l'Orient et ses habitants une étrange relation. Tout d'abord, ils prennent la direction de l'Orient pour y rechercher un peu d'exotisme susceptible de les inspirer. Cependant, la magie qu'exerce ce lieu et la fascination qu'ils éprouvent à son égard fait bientôt place à une déception et une désillusion donnant lieu, à leur tour, à une agressivité insoutenable. Quelques uns parmi ces écrivains vont même devenir de grands chantres du colonialisme. Quatre stades, clairement identifiables, marquent ainsi ces « voyages en Orient « : un stade de fuite et d'exotisme, un autre de fascination et d'attirance, un troisième de déception et de désillusion et un ultime d'animosité et de malveillance. 1. Fuite et exotisme Si l'orientalisme académique a relégué l'Orient au rang d'un simple musée d'antiquités sans aucune réalité dynamique contemporaine, l'orientalisme littéraire, quant à lui, a continué à développer pour cet espace géographique une véritable attirance. Mais celle-ci est d'ordre onirique et imaginaire. Les académiciens scientifiques nient à l'Orient son existence actuelle tandis que ce même espace nourrit le réservoir imaginaire littéraire et artistique européen. En d'autres termes, ce que l'Orient « perd en réalité historique, il le gagne en puissance de rêve. Autant l'Orient social peut être ignoré, dénaturé, détruit, autant l'Orient rêvé doit être préservé, comme une précieuse bulle de l'univers mental occidental1. « Cette terre de rêve semble de plus en plus proche avec les voyages et les périples qui la prennent pour destination. Fuyant l'Europe dont les paysages et le mode de vie commencent à être bouleversés par les ravages de l'industrialisation, les écrivains européens prennent souvent la direction de l'Orient. Ces fuites coïncident à la fois avec l'esprit de conquête propre au XIXe siècle mais également avec la mode suscitée par les découvertes archéologiques liées aux civilisations antiques. Les voyages se multiplient et, déjà au XVIIe siècle, nous comptons pas moins de deux cents « voyages « publiés sur l'Orient2. Deux siècles plus tard, les voyages ne s'interrompent guère car chaque voyage en Orient en nourrit d'autres. Si cet espace est évidemment une terre de pèlerinage spirituel, il est également onirique. Les écrivains voyageurs Thierry Hentsch, L'Orient imaginaire, la vision occidentale de l'Est Méditerranéen, Ed. de Minuit, Paris, 1988, p. 208. 2 Stéphane Yerasimos évoqué par Jean Thévenot, Voyage du Levant, introduction, choix de textes et notes de S. Yerasimos, Paris, La Découverte, 1980, p.5 . 1 © Interfrancophonies - n°3, 2010 2 Rachid Naim considèrent l'Orient comme un détour obligé. L'attraction magnétique qu'exerce ce lieu sur eux remplit des centaines de pages qui vont à leur tour exacerber l'imagination d'autres hommes de lettres en manque d'exotisme. Ainsi, le voyage de Chateaubriand, entrepris entre 1805 et 1806 et dont le récit est publié dans Itinéraire de Paris à Jérusalem, va influencer par la suite plusieurs auteurs : Lamartine commence son voyage en Orient en 1833, Nerval accomplit son séjour oriental entre 1842 et 1843, Flaubert, quant à lui, part entre 1849 et 1850. Chacun de ces écrivains fait « son voyage « en Orient tout en suivant la trace de ses illustres prédécesseurs, respectant ainsi la longue tradition des écrivains voyageurs et perpétuant le lien mystique et spirituel existant déjà entre l'Occident chrétien et l'Orient biblique. La subjugation des lieux bibliques est également l'une des raisons de ces « voyages orientaux «. Depuis le Moyen Age déjà, Jérusalem représente un lieu paradisiaque3 et constitue pour les Européens chrétiens le pèlerinage ultime. Cet aspect biblique et religieux donne à la ville un halo magnétique et une fascination bien spécifique. Plusieurs écrivains voyageurs prennent la Terre sainte comme prétexte pour effectuer leurs « voyages orientaux «. Chateaubriand, Flaubert, Lamartine et d'autres vont défiler dans les rues de Jérusalem pour effectuer leur pèlerinage ou tout simplement répondre à l'appel de l'Orient. Pendant cette première moitié du XIXe siècle, nous assistons à des allers-retours ininterrompus entre l'Europe et les terres arabo-musulmanes. Le goût des choses orientales est à la mode. Dans sa préface écrite en 1829 pour Les Orientales, Victor Hugo explique ce fait en des termes assez clairs : « On s'occupe aujourd'hui beaucoup plus de l'Orient qu'on ne l'a jamais fait. Les études orientales n'ont jamais été poussées si avant. Au siècle de Louis XIV on était Helléniste, maintenant on est orientaliste4. « Ce témoignage a le mérite de montrer le degré d'enchantement qu'exerce l'Orient et tout ce qui se rapporte à lui. Les traces de cet engouement se voient même dans la vie quotidienne, comme l'influence architecturale, musicale... Et la vogue de ces « voyages orientaux « atteint vers la moitié du XIXe siècle un tel degré que même Gustave Flaubert s'en plaint. Dans une correspondance datée de 1853, l'écrivain évoque un de ses contemporains en ironisant : « Quand je pense qu'un pareil monsieur va pisser sur le sable du désert ! Et à coup sûr (lui aussi) publier un voyage Isidore de Séville (560-636) disait que « le Paradis est un lieu situé dans les régions de l'Orient. « 4 Victor Hugo, Les Orientales, OEuvres poétiques, Gallimard, Paris, 1964, p. 580. 3 © Interfrancophonies - n°3, 2010 3 L'Arabe aux yeux de l'orientalisme littéraire d'Orient ! (...) Nous allons avoir encore un voyage d'Orient ! Impressions de Jérusalem ! Ah ! Mon Dieu ! Descriptions de pipes et de turbans. On va nous apprendre encore ce que c'est qu'un bain, etc.5 « La flo...

« L’Arabe aux yeux de l’orientalisme littéraire © Interfrancophonies - n°3, 2010 2 Les écrivains du XIX e siècle vont entretenir avec l’Orient et ses habitants une étrange relation.

Tout d’abord, ils prennent la direction de l’Orient pour y reche rcher un peu d’exotisme susceptible de les inspirer.

Cependant, la magie qu’exerce ce lieu et la fascination qu’ils éprouvent à son égard fait bientôt place à une déception et une désillusion donnant lieu, à leur tour, à une agressivité insoutenable.

Quelq ues uns parmi ces écrivains vont même devenir de grands chantres du colonialisme.

Quatre stades, clairement identifiables, marquent ainsi ces « voyages en Orient » : un stade de fuite et d’exotisme, un autre de fascination et d’attirance, un troisième de d éception et de désillusion et un ultime d’animosité et de malveillance. 1.

Fuite et exotisme Si l’orientalisme académique a relégué l’Orient au rang d’un simple musée d’antiquités sans aucune réalité dynamique contemporaine, l’orientalisme littéraire, quan t à lui, a continué à développer pour cet espace géographique une véritable attirance.

Mais celle -ci est d’ordre onirique et imaginaire.

Les académiciens scientifiques nient à l’Orient son existence actuelle tandis que ce même espace nourrit le réservoir i maginaire littéraire et artistique européen.

En d’autres termes, ce que l’Orient « perd en réalité historique, il le gagne en puissance de rêve.

Autant l’Orient social peut être ignoré, dénaturé, détruit, autant l’Orient rêvé doit être préservé, comme une précieuse bulle de l’univers mental occidental 1.

» Cette terre de rêve semble de plus en plus proche avec les voyages et les périples qui la prennent pour destination. Fuyant l’Europe dont les paysages et le mode de vie commencent à être bouleversés par le s ravages de l’industrialisation, les écrivains européens prennent souvent la direction de l’Orient.

Ces fuites coïncident à la fois avec l’esprit de conquête propre au XIX e siècle mais également avec la mode suscitée par les découvertes archéologiques lié es aux civilisations antiques.

Les voyages se multiplient et, déjà au XVII e siècle, nous comptons pas moins de deux cents « voyages » publiés sur l’Orient 2 'HX[ VLqFOHV SOXV WDUG OHV YR\DJHV QH V·LQWHUURPSHQW guère car chaque voyage en Orient en nourrit d’autres.

Si cet espace est évidemment une terre de pèlerinage spirituel, il est également onirique.

Les écrivains voyageurs 1 Thierry Hentsch, L’Orient imaginaire, la vision occidentale de l’Est Méditerranéen , Ed.

de Minuit, Paris, 1988, p.

208. 2 Stéphane Yerasimos évoqué par Jean Thévenot, Voyage du Levant , introduction, choix de textes et notes de S.

Yerasimos, Paris, La Découverte, 1980, p.5 .. »

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