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Proust la jalousie: Les affres de la jalousie (Marcel PROUST, « Un amour de Swann », Du côté de chez Swann, 1913)

Publié le 16/05/2026

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« Lycée Camille-Jullian Séquence 1 : La Princesse de Clèves Première générale Commentaire n°1 (texte n°4 de la séquence) : Les affres de la jalousie (Marcel PROUST, « Un amour de Swann », Du côté de chez Swann, 1913) Charles Swann, issu d’une grande famille juive et bourgeoise de Paris, est un grand connaisseur d’art, mondain et raffiné.

Il est tombé amoureux d’Odette de Crécy, une courtisane.

Un soir qu’il se rend chez elle pour la retrouver, comme à son habitude, celle-ci lui annonce qu’elle est souffrante et qu’elle ne peut donc pas passer la nuit avec lui.

Déçu mais compréhensif, Swann rentre chez lui, après qu’Odette a éteint la lumière après lui pour aller s’endormir.

Mais de retour chez lui, Swann est pris d’un soupçon… Mais quand il fut rentré chez lui, l’idée lui vint brusquement que peut-être Odette attendait quelqu’un ce soir, qu’elle avait seulement simulé la fatigue et qu’elle ne lui avait demandé d’éteindre que pour qu’il crût qu’elle allait 3 s’endormir, qu’aussitôt qu’il avait été parti, elle avait rallumé, et fait entrer celui qui devait passer la nuit auprès d’elle.

Il regarda l’heure.

Il y avait à peu près une heure et demie qu’il l’avait quittée, il ressortit, prit un fiacre et se fit arrêter tout près de chez elle, dans une petite rue perpendiculaire à celle sur laquelle donnait, derrière, son hôtel 6 et où il allait quelquefois frapper à la fenêtre de sa chambre à coucher pour qu’elle vînt lui ouvrir ; il descendit de voiture, tout était désert et noir dans ce quartier, il n’eut que quelques pas à faire à pied et déboucha presque devant chez elle.

Parmi l’obscurité de toutes les fenêtres éteintes depuis longtemps dans la rue, il en vit une seule d’où 9 débordait – entre les volets qui en pressaient la pulpe mystérieuse et dorée – la lumière qui remplissait la chambre et qui, tant d’autres soirs, du plus loin qu’il l’apercevait en arrivant dans la rue, le réjouissait et lui annonçait : « elle est là qui t’attend » et qui maintenant, le torturait en lui disant : « elle est là avec celui qu’elle attendait ».

Il voulait 12 savoir qui ; il se glissa le long du mur jusqu’à la fenêtre, mais entre les lames obliques des volets il ne pouvait rien voir ; il entendait seulement dans le silence de la nuit le murmure d’une conversation.

Certes, il souffrait de voir cette lumière dans l’atmosphère d’or de laquelle se mouvait derrière le châssis le couple invisible et détesté, 15 d’entendre ce murmure qui révélait la présence de celui qui était venu après son départ, la fausseté d’Odette, le bonheur qu’elle était en train de goûter avec lui.

Et pourtant il était content d’être venu : le tourment qui l’avait forcé de sortir de chez lui avait perdu de son acuité en perdant de son vague, maintenant que l’autre vie d’Odette, 18 dont il avait eu, à ce moment-là, le brusque et impuissant soupçon, il la tenait là, éclairée en plein par la lampe, prisonnière sans le savoir dans cette chambre où, quand il le voudrait, il entrerait la surprendre et la capturer ; ou plutôt il allait frapper aux volets comme il faisait souvent quand il venait très tard… Marcel PROUST, Du côté de chez Swann, « Un amour de Swann », 1913. 1|4 Lycée Camille-Jullian Séquence 1 : La Princesse de Clèves Première générale Introduction • Situation : Du côté de chez Swann est le premier volet sur les sept qui constituent le roman À la recherche du temps perdu de Marcel Proust.

Cette œuvre révolutionna le roman grâce à une narration particulière et novatrice qui s’organise autour de la mémoire involontaire (des souvenirs sont appelés par des émotions) et met en évidence des micro-événements de la conscience. o Paru en 1913, Du côté de chez Swann évoque d’abord, dans la première partie intitulée « Combray », les souvenirs d’enfance du narrateur lorsqu’il passait ses vacances dans ce petit village fictif ; puis, la deuxième partie remonte le temps et raconte une histoire d’amour vécue par Charles Swann, bien avant la naissance du narrateur ; la dernière partie, enfin, évoque les noms de pays et l’imaginaire qu’ils inspirent au narrateur (« Nom de pays : le nom »). Définition et présentation : Extrait de la deuxième partie intitulée « Un amour de Swann », ce passage, entièrement en focalisation interne, nous donne à voir les actions et les pensées de Charles Swann, alors en proie à la jalousie.

Celui-ci, pris d’un soupçon, décide de retourner voir sa maîtresse pour vérifier si elle est bien seule chez elle ; constatant que sa fenêtre est allumée, il en conclut qu’elle le trompe et s’apprête à les confondre elle et son amant supposé.

Il s’agit donc d’un récit d’une scène d’action, car Swann est en mouvement ; il s’agit aussi, par endroits, d’un psycho-récit1, car le narrateur retranscrit à la troisième personne toutes les pensées du personnage. Structure : Trois mouvements : le retour de Swann chez Odette (l.

1-8), la douloureuse confirmation des soupçons (l.

8-13), le passage de la douleur à la satisfaction d’apparaître en position de force (l.

13-18). Problématique : Dans quelle mesure le personnage de Swann apparaît-il, tant dans ses actions que ses pensées, guidé par la jalousie ? Plan : S’il s’agit tout d’abord d’une scène d’action, ce passage constitue bien d’avantage, ensuite, le récit d’une conscience altérée par la jalousie qui, enfin, se révèle force créatrice en tant que puissance de l’imagination. o • • • • Axe 1 : Une scène d’action provoquée par la jalousie 1.

La jalousie, moteur de l’intrigue romanesque Ce passage s’ouvre par une rupture (« mais », l.

1) impulsée avec brutalité par la jalousie (« l’idée lui vint brusquement que peut-être Odette attendait quelqu’un ce soir… », l.

1).

Or c’est cette impulsion qui pousse le personnage principal, Charles Swann, à ressortir de chez lui pour aller vérifier si ses soupçons sont fondés ou non. 2.

La virtuosité du récit Le style de Proust est connu pour avoir un rythme particulier, avec des phrases longues avec de multiples propositions subordonnées pour pouvoir suivre le flux de la conscience du narrateur.

Or ici le style se met au service du propos, qui est tourné vers l’action.

En effet, la juxtaposition des propositions et les énumérations des verbes d’action2 donnent au récit un enchaînement rapide et virtuose, soulignant la rapidité et mettant en relief les actions. 1 Le critique Dorrit Cohn distingue trois modes de représentation de la vie intérieure.

Le « psycho-récit », tout d’abord, est la description, au style indirect, de la vie intérieure faite par un narrateur omniscient.

Il s’agit du mode le plus fréquent pour explorer l’intériorité du personnage, permettant une grande précision dans l’analyse dont le personnage lui-même est incapable, notamment pour la description des phénomènes infra-verbaux, comme les émotions ou les sensations.

Ensuite, le « monologue narrativisé », ou style indirect libre, propose quant à lui une narration intimement mêlée au discours par une superposition des voix du personnage et du narrateur.

Les pensées du personnage ne sont plus indépendantes et viennent fusionner avec la voix du narrateur.

Enfin, dans le « monologue rapporté », les pensées du personnage sont retranscrites telles quelles, au style direct, sans modification de personne ou de temps.

Dans la lecture linéaire n°3, nous avions un « monologue rapporté », car les propos de la princesse de Clèves étaient introduits tels quels, au style direct, dans le récit.

En revanche, ce passage relève plutôt du psycho-récit car toutes les pensées et les émotions du personnage sont retranscrites par le narrateur à la troisième personne. 2 L.

4-8 : « Il y avait à peu près une heure et demie qu’il l’avait quittée, il ressortit, prit un fiacre et se fit arrêter tout près de chez elle, dans une petite rue perpendiculaire à celle sur laquelle donnait, derrière, son hôtel et où il allait quelquefois frapper à la fenêtre de sa chambre à coucher pour qu’elle vînt lui ouvrir ; il descendit de voiture, tout était désert et noir dans ce quartier, il n’eut que quelques pas à faire à pied et déboucha presque devant chez elle.

» Ici les propositions sont juxtaposées, alors même que les sujets sont parfois différents (« il descendit…, tout était désert…, il n’eut… ») ; cela accentue encore l’impression de rapidité dans l’enchaînement des actions.

On trouve ce même procédé plus loin l.

11-13 : « Il voulait savoir qui ; il se glissa le long du mur jusqu’à la fenêtre, mais entre les lames obliques des volets il ne pouvait rien voir ; il entendait seulement dans le silence de la nuit le murmure d’une conversation.

» 2|4 Lycée Camille-Jullian Séquence 1 : La Princesse de Clèves Première générale 3.

Une scène à suspens En suivant Charles Swann dans ses soupçons, puis dans son périple à travers Paris et son « enquête » devant la maison de sa.... »

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