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Quel est le sens du titre ? (Un roi sans divertissement (1947) de Jean Giono.)

Publié le 05/08/2014

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Quel est le sens du titre ?

Le titre du roman conduit le lecteur à s'interroger : nul roi ne vient justifier le titre. Il faut donc chercher un sens symbolique à ce titre, et revenir à la pensée de Pascal, extraite du fragment 142 intitulé Divertissement dont Giono cite les derniers mots pour conclure son roman : « Qu'on en fasse l'épreuve : qu'on laisse un roi tout seul, sans aucune satisfaction des sens, sans aucun soin dans l'esprit, sans compagnie, penser à lui tout à loisir; et l'on verra qu'un roi sans divertissement est un homme plein de misères. «

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« 154 « divertissements » plus cruels comme le meurtre et la couleur rouge du sang, qui sur la neige forme un spectacle saisissant, source de beauté et de fascination.

Qui est roi? Le premier personnage qui peut être ainsi désigné est évidemment M.V.

Ce tran­ quille habitant de Chichilianne, trop entouré par sa femme -la brodeuse de la troi­ sième partie du roman -menant une vie sans histoire dans une maison bourgeoise aux meubles cossus, cherche durant l'interminable hiver un dérivatif à cette existence sans relief et le trouve dans le meurtre.

C'est ce que révèle à Langlois la contemplation de son portrait.

Mais il n'est pas le seul: le loup solitaire de la seconde partie en est un autre, lorsqu'il s'attaque au bétail des villageois, tuant avec une apparente délectation des animaux qu'il ne dévore qu'à moitié.

Lui aussi semble plus à la recherche d'une distraction que d'une nourriture nécessaire à sa survie.

Enfin Langlois dans la troi­ sième partie multiplie les distractions -la battue au loup, la fête à Saint-Baudille, la construction du « bongalove », son mariage -pour lutter contre la contagion de la cruauté, et choisit le suicide pour retourner contre lui cette attraction de la violence.

Ces trois personnages ont en commun une supériorité naturelle sur leurs congénères, qui les isole par le respect, la crainte et l'admiration qu'ils inspirent.

L'ennui est asso­ cié à cette solitude irrémédiable.

Ill.

Le message de Giono L'homme sans Dieu Aucun message religieux chez Giono contrairement à Pascal.

Dieu et la foi sont absents du roman, autant pour les protagonistes que pour les simples villageois.

Il y a pourtant un curé au village, une église et une sacristie, mais ils ne sont utilisés que comme un « divertissement » et non comme un apaisement aux inquiétudes morales et spirituelles des hommes.

On ne se rend pas à la messe de minuit pour prier et célé­ brer Dieu, mais pour assister à un spectacle fastueux et coloré, qui coupe la monoto­ nie de l'hiver, uniformément blanc et gris.

D'ailleurs M.V.

ne tue personne pendant la messe de minuit, ce que Langlois a bien compris et il déclare à Saucisse:« Ce n'est pas un monstre.

C'est un homme comme les autres.

Ce qu'il faudrait, veux-tu que je te le dise : c'est la messe de minuit, du premier janvier à la Saint-Sylvestre et sans interruption.» (p.

58) Langlois, lui aussi contaminé par l'ennui, demandera plus tard à Martoune de lui montrer les chasubles brodées du prêtre.

Une vision pessimiste de la nature humaine C'est donc une image très pessimiste de la condition humaine que nous transmet Giono dans ce roman : les hommes, soumis à l'ennui existentiel que les divertisse­ ments mineurs ne peuvent vaincre, n'ont d'autre recours, pour échapper à leurs pulsions de cruauté -divertissement ultime dont l'étymologie (cruor) vient du mot sang -, que la mort, sans aucun apaisement de la religion.

Ils ne peuvent échapper à cette violence que la nature humaine -et la nature en général -porte en elle, comme l'expérience des deux guerres mondiales l'a fait comprendre à Giono.. »

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