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SCÈNE III - DON FERNAND, DON DIÈGUE, DON ARIAS, DON RODRIGUE, DON SANCHE - - Acte IV - Le Cid (Corneille)

Publié le 11/03/2011

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DON FERNAND Généreux héritier d'une illustre famille, Qui fut toujours la gloire et l'appui de la Castille, Race de tant d'aïeux en valeur signalés, Que l'essai de la tienne a sitôt égalés, Pour te récompenser ma force est trop petite ; Et j'ai moins de pouvoir que tu n'as de mérite... Le pays délivré d'un si rude ennemi, Mon sceptre dans ma main par la tienne affermi, Et les Maures défaits avant qu'en ces alarmes J'eusse pu donner ordre à repousser leurs armes, Ne sont point des exploits qui laissent à ton roi Le moyen ni l'espoir de s'acquitter vers toi. Mais deux rois tes captifs feront ta récompense : Ils t'ont nommé tous deux leur Cid en ma présence. Puisque Cid en leur langue est autant que seigneur, Je ne t'envierai pas ce beau titre d'honneur. Sois désormais le Cid; qu'à ce grand nom tout cède; Qu'il comble d'épouvante et Grenade et Tolède, Et qu'il marque à tous ceux qui vivent sous mes lois Et ce que tu me vaux, et ce que je te dois. DON RODRIGUE Que votre majesté, sire, épargne ma honte. D'un si faible service elle fait trop de conte, Et me force à rougir devant un si grand roi De mériter si peu l'honneur que j'en reçoi. Je sais trop que je dois au bien de votre empire Et le sang qui m'anime, et l'air que je respire ; Et quand je les perdrai pour un si digne objet, Je ferai seulement le devoir d'un sujet. DON FERNAND Tous ceux que ce devoir à mon service engage Ne s'en acquittent pas avec le même courage ; Et lorsque la valeur ne va point dans l'excès, Elle ne produit point de si rares succès. Souffre donc qu'on te loue, et de cette victoire Apprends-moi plus au long la véritable histoire. DON RODRIGUE Sire, vous avez su qu'en ce danger pressant, Qui jeta dans la ville un effroi puissant, Une troupe d'amis chez mon père assemblée Sollicita mon âme encor toute troublée... Mais, sire, pardonnez à ma témérité, Si j'osai l'employer sans votre autorité : Le péril approchait ; leur brigade était prête ; Me montrant à la cour, je hasardais ma tête. Et s'il fallait la perdre, il m'était bien plus doux De sortir de la vie en combattant pour vous. DON FERNAND J'excuse ta chaleur à venger ton offense ; Et l'État défendu me parle en ta défense : Crois que dorénavant Chimène a beau parler, Je ne l'écoute plus que pour la consoler. Mais poursuis. DON RODRIGUE Sous moi donc cette troupe s'avance, Et porte sur le front une mâle assurance. Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port, Tant, à nous voir marcher avec un tel visage, Les plus épouvantés reprenaient de courage ! J'en cache les deux tiers, aussitôt qu'arrivés, Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés ; Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure, Brûlant d'impatience, autour de moi demeure, Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit Passe une bonne part d'une si belle nuit. Par mon commandement la garde en fait de même, Et se tenant cachée, aide à mon stratagème ; Et je feins hardiment d'avoir reçu de vous L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous. Cette obscure clarté qui tombe des étoiles Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ; L'onde s'enfle dessous, et d'un commun effort Les Maures et la mer montent jusques au port. On les laisse passer ; tout leur parait tranquille ; Point de soldats au port, point aux murs de la ville. Notre profond silence abusant leurs esprits, Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris ; Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent, Et courent se livrer aux maisn qui les attendent. Nous nous levons alors, et tous en même temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants. Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent ; Ils paraissent armés, les Maures se confondent, L'épouvante les prend à demi descendus ; Avant que de combattre ils s'estiment perdus. Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre ; Nous les pressons sur l'eau, nous les pressons sur terre, Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang, Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang. Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient, Leur courage renait, et leurs terreurs s'oublient : La honte de mourir sans avoir combattu Arrête leur désordre, et leur rend leur vertu. Contre nous de pied ferme ils tirent leurs alfanges ; De notre sang au leur font d'horribles mélanges. Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port, Sont des champs de carnage où triomphe la mort. Ô combien d'actions, combien d'exploits célèbres Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres, Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il donnait, Ne pouvait discerner où le sort inclinait ! J'allais de tous côtés encourager les nôtres, Faire avancer les uns et soutenir les autres, Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour, Et ne l'ai pu savoir jusques au point du jour. Mais enfin sa clarté montre notre avantage ; Le Maure voit sa perte, et perd soudain courage : Et voyant un renfort qui nous vient secourir, L'ardeur de vaincre cède à la peur de mourir. Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les chables, Poussent jusques aux cieux des cris épouvantables, Font retraite en tumulte, et sans considérer Si leurs rois avec eux peuvent se retirer. Pour souffrir ce devoir leur frayeur est trop forte ; Le flux les apporta, le reflux les remporte ; Cependant que leurs rois, engagés parmi nous, Et quelque peu des leurs, tous percés de nos coups, Disputent vaillamment et vendent bien leur vie. À se rendre moi-même en vain je les convie : Le cimeterre au poing ils ne m'écoutent pas ; Mais voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats, Et que seuls désormais en vain ils se défendent, Ils demandent le chef ; je me nomme, ils se rendent. Je vous les envoyai tous deux en même temps ; Et le combat cessa faute de combattants. C'est de cette façon que pour votre service... 

Ce célèbre récit est tout entier de l'invention de Corneille. Dans la pièce espagnole, c'était un prince more qui venait devant le roi de Castille exagérer l'importance de sa défaite : il exaltait le succès de son vainqueur en phrases assez ampoulées, et naturellement déplacées dans sa bouche parce que Guillen de Castro en avait tiré la matière de romances composés en Espagne à l'honneur du Cid :    « Il nous a ravi en un jour notre renommée avec un butin qui valait plus d'or que n'en pourrait produire le soleil... Il n'est pas une lance chrétienne qui ne porte à sa pointe la tête d'un More. Il s'avance en triomphateur au milieu des applaudissements enthousiastes, poussant devant lui ses prisonniers, emportant nos étendards, rendant l'espoir à tous, conquérant tous les cœurs, comblé de bénédictions et dédaignant les louanges. «   

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« Les plus épouvantés reprenaient de courage !J'en cache les deux tiers, aussitôt qu'arrivés,Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés ;Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure,Brûlant d'impatience, autour de moi demeure,Se couche contre terre, et sans faire aucun bruitPasse une bonne part d'une si belle nuit.Par mon commandement la garde en fait de même,Et se tenant cachée, aide à mon stratagème ;Et je feins hardiment d'avoir reçu de vousL'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous.Cette obscure clarté qui tombe des étoilesEnfin avec le flux nous fait voir trente voiles ;L'onde s'enfle dessous, et d'un commun effortLes Maures et la mer montent jusques au port.On les laisse passer ; tout leur parait tranquille ;Point de soldats au port, point aux murs de la ville.Notre profond silence abusant leurs esprits,Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris ;Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent,Et courent se livrer aux maisn qui les attendent.Nous nous levons alors, et tous en même tempsPoussons jusques au ciel mille cris éclatants.Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent ;Ils paraissent armés, les Maures se confondent,L'épouvante les prend à demi descendus ;Avant que de combattre ils s'estiment perdus.Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre ;Nous les pressons sur l'eau, nous les pressons sur terre,Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang,Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang.Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient,Leur courage renait, et leurs terreurs s'oublient :La honte de mourir sans avoir combattuArrête leur désordre, et leur rend leur vertu.Contre nous de pied ferme ils tirent leurs alfanges ;De notre sang au leur font d'horribles mélanges.Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port,Sont des champs de carnage où triomphe la mort.Ô combien d'actions, combien d'exploits célèbresSont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres,Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il donnait,Ne pouvait discerner où le sort inclinait !J'allais de tous côtés encourager les nôtres,Faire avancer les uns et soutenir les autres,Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour,Et ne l'ai pu savoir jusques au point du jour.Mais enfin sa clarté montre notre avantage ;Le Maure voit sa perte, et perd soudain courage :Et voyant un renfort qui nous vient secourir,L'ardeur de vaincre cède à la peur de mourir.Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les chables,Poussent jusques aux cieux des cris épouvantables,Font retraite en tumulte, et sans considérerSi leurs rois avec eux peuvent se retirer.Pour souffrir ce devoir leur frayeur est trop forte ;Le flux les apporta, le reflux les remporte ;Cependant que leurs rois, engagés parmi nous,Et quelque peu des leurs, tous percés de nos coups,Disputent vaillamment et vendent bien leur vie.À se rendre moi-même en vain je les convie :Le cimeterre au poing ils ne m'écoutent pas ;Mais voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats,Et que seuls désormais en vain ils se défendent,Ils demandent le chef ; je me nomme, ils se rendent.Je vous les envoyai tous deux en même temps ;Et le combat cessa faute de combattants.C'est de cette façon que pour votre service.... »

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