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THOMAS L’OBSCUR de Maurice Blanchot : Fiche de lecture

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THOMAS L’OBSCUR

Maurice Blanchot. Roman, 1950.

 

Une odyssée du rien mène Thomas d’étape en étape vers le néant. Seul sur une plage, il affronte en nageant l’assaut des vagues déchaînées, puis l’angoisse de la nuit qui tombe. De retour à son hôtel, il observe une jeune fille, Anne, mais l’évite quand elle l’appelle. Dans sa chambre, il lit un livre et éprouve le sentiment d’être, en fait, lu

« par son livre. Thomas creuse sa propre fosse, puis il a la vision d'une Anne­ arai gnée. Les deux jeunes gens finissent par s'aimer. mais ne par­ viennent ni à communiquer, ni à se comprendre. Anne s'abolit dans le mutisme et le sommeil. Elle dépérit et agonise devant Thomas impuissant qui médite ensuite sur l'absence, sur l'ab­ surde. Thomas marche vers la mer, à tra vers une ville qui déjà se néantise, et il s'abîme enfin dans les vagues avec lesquelles il se confond • Plage devenue page où les signes du langage semblent s'effacer dans leu r propre mouvement, où l'écriture s'ex­ ténue jusqu'à n'exprimer plus que la négation de la négation, le roman Tho­ mas l'obscur semble illustrer de façon exemplaire une déclaration de Blanchot (né en 1907): •Du ne pas encore au ne plus, tel serait le parcours de ce qu'on nomme l'écrivain. • Tel est bien en tout cas le parcours de Thomas dans ce roman dépourvu d'intrigue et de fil nar­ ratif où les personnages sont des ombres s usceptib le s de déformations soudaines et finissent par se dissoudre dans la mort o u dans la mer, tandis que l'écrtture s'abîme dans le néant qu'elle tend à créer. •Je me suis fait créateur contre l'acte de créer•. dit Thomas l'obscur. Mais romance-t-on une non-création? Le rom an de Blanchot dit l'absence, est absence. Effacement. dilution. la page blanche qui clôt tout livre ne semble pas ici Indiquer la fin de l'écriture ou de l'histoire. mais marquer sa résolution suprême comme un silence noté en finale sur une partition. C'est assez dire que Thomas l'obscur est d'essence poé­ tiqu e plutôt que romanesque. • Réflexion sur le langage et sur la poss i­ bilité même de toute création, le roman de Blanchot dit l'échec de tout ·discours littéraire• qui n'a pas pour enjeu l'af­ frontement désolé du vide et de la mort. Instrument de la création, le langage assure. assume la mort du créateur qu'il renvoie au néant. Thomas l'•obscur• serait donc ici un personnage allégo­ rique, le prénom donné par Blanchot au langage lui·même dont il nous dit: •Le langage est obscur parce qu'il dit trop. opaque parce qu'il ne dit rien: l'ambi­ guïté est partout. • Thomas ne rejoint-il pas alors sa propre source. son origine vainement cherchée en s'abîmant dans l'océan. dans sa rumeur répétitive. essentielle et Insignifi ante? • Diffi cile, d'une •inquiétante étran­ geté•, l'œuvre de Maurice Blanchot est celle d'un auteur essentiel du xx" siècle par la profondeur et l'acuité des ques- tions qu'il pose à la littérature, à l'acte même de la parole et de la création. ÉDmON• Blanchot. Thoma.8 l'obacur. Gallimard, •.L'lnlaginalre •• 1977. eTUDeS , Daniel Wühem. Mawice Blanchot. lo roù natroU»e, U.G.E .• 1974. Bernard Noêl. D'une main �re, Fa&& Morgana. 1982. »

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