Devoir de Philosophie

Une pièce finalement jouée tardivement: Lorenzaccio --> pièce de théâtre d'Alfred de Musset,

Publié le 30/01/2020

Extrait du document

musset

C’est près de vingt ans après cet article de Zola que ce « jour » enfin arriva, où « l’aventure » fut effectivement « tentée » ! Alors que le directeur du Théâtre de l'Œuvre, Lugné-Poe, avait souhaité créer la pièce dès 1895, c’est un an plus tard, en 1896, que la prestigieuse comédienne Sarah Bemhardt la créa au Théâtre de la Renaissance, à Paris, le 3 décembre, plus de soixante ans après la publication de l’œuvre et près de quarante ans après la disparition de l’auteur !

Si la comédienne triompha dans le rôle-titre, la pièce fut diversement appréciée, quoique positivement dans l’ensemble, la plupart des critiques jugeant acceptable le compromis que proposait cette adaptation entre le texte « injouable » de Musset et les contraintes de mise en scène.

 La création d’une pièce défigurée

Toutefois, il faut d’emblée souligner que ce n’est nullement la pièce de Musset, telle quelle, qui fut ainsi « créée » fin 1896, mais une adaptation, voire une défiguration, dont Sarah Bemhardt avait chargé Armand d’Artois, qui prit pour base de travail la version déjà revue et corrigée par Paul de Musset et publia le résultat de ses réaménagements sous le titre Alfred de Musset, « Lorenzaccio », drame mis à la scène en cinq actes (1898). Ainsi les transformations sont-elles nombreuses : la pièce de 1896 s’en tient à cinq décors pour les cinq actes, afin d’imposer une unité de lieu par acte ;

à la fois le mouvement des “idées\", cette “idéologie\" de l’individu propre au xixe siècle, mais dont le nôtre n’est pas guéri, et le plaisir du spectateur qui se réjouit de la vedette.1 » Cette mise en scène connut un succès considérable, avec une centaine de représentations entre 1952 et 1958 : on peut même la considérer comme la première véritable création de Lorenzaccio, malgré les réductions opérées, près de cent vingt ans après la composition de la pièce par Musset !

Depuis, quantité de nouvelles mises en scène, très différentes, voire opposées, ont été proposées au public1 2, avec des partis pris donnant parfois le sentiment que les metteurs en scène ont plus tendance à se servir de la pièce qu’à la servir vraiment... Ainsi de la mise en scène si singulière du Tchèque Otomar Krejca avec le théâtre Za Branou de Prague en 1969, qui supprime à la fois la lecture politique et l’interprétation existentielle de la pièce : malgré la proximité des événements du Printemps de Prague de 1968 (invasion par les troupes soviétiques), cette adaptation élimine toute allusion historique à la Florence du xvie siècle comme au Paris des années 1830 et choisit de maintenir présents sur scène tous les personnages de la distribution, même s’ils ne jouent pas, comme pour mieux souligner la théâtralité de la société tout entière, dont tous les membres sont spectateurs permanents les uns des autres !

Dans le dernier quart du xxe siècle, d’autres mises en scène choisissent de privilégier, plutôt que l’individualité de Lorenzo, la relation ambiguë que le héros entretient avec le duc ; notamment :

musset

« •Le singulier succès d'Un caprice •Le proverbe Un caprice (pub lié en juin 1837), prenùè re pièce de Musset jouée depuis La Nuit véni tienne, fut créé à la Comédi e-Fr ançaise en 1847 (27 nove mb re), avec un imm ense succès, mai s n'était pas destiné à la nùse en scène.

Singularité de cette pièce dans la carrière de Musse t : elle avait été jouée dès l'ann ée de sa publicat ion, en déce mb re 1837, mais en russe, sous le titre L'esprit féminin vaut mieux que tous les raisonnements, par une actrice russe (Mme Karatyg uina) ayan t séjou rné en Fran ce et remarq ué la pièce dans la Revue des Deux Monti. es.

Elle la joua régulièr emen t jusq u'e n 1844 au Théâtre Alexandrinsky de Saint -Péte rsbourg, là même où une actrice français e, Mme All an-Despré aux, créa la pièce, mais en frança is et au Théâtre Michel, le 4 décemb re 1843 et la joua jusqu'en 184 7.

• Or cette même comédie nne, après dix années en Ru ssie, arriva en France et fut engagée à la Comé die-Fra nçaise, do nt le nouveau « commissaire royal » (direc teur) n'éta it autre que Fran çois Buloz, par ailleurs directeur de la Revue des Deux Mondes et éditeur attitré de Musset.

C'est do nc une comédienne connaissan t parfai tement le rôle de Mme de Lé ry, hér oïne de la pièce, qui fit triompher le petit acte d' Un caprice -pièce de Musset toujo urs la plus représe n­ tée aujourd'hu i à la Comédi e-Fran çais e.

•Ce t immense succès encouragea d'aille urs l'auteur à repren dre ses pièc es antérieures pour les adapter au goût du jour dans l'optique de les faire joue r -ainsi pour Tl faut qu'une porte soit ouverte ou fermée (publiée en 1845), Il ne faut jurer de rien (183 6), Le Chandelier (18 35), And ré del Sarto (18 34), tou tes créées dans cet ordre- là en 1848 avec des mod ificatio ns -et à écrire des pièc es nouvelles, spéc ifique ment dest inées à la scène, comme Louison (1849), première pièce ainsi composée depu is La Nuit vénitienne.

•Les vaines tentatives de Paul de Musset Corrigé de l'ex .

6, p.

186 •P ourquoi Musset n'a-t-il pas che rché à faire jouer Lorenzaccio, dans un tel contexte de reno uvellement de tout son théâtre ? Son frèr e Paul affirme qu' il songea à le faire : c'es t même à parti r des indications précises qu'a urait four­ nies Alfred qu 'il entrepre nd sa propr e adaptation de la pièce à partir de 1863, sept ans après la mort de son cadet, dans l'es poir d'une éventue lle créa tion , et qu'il rassem ble ses arg um ents dans ses Observations sur la mise en scène de « Lorenzaccio » (1874).

Touj ours est-il que, malgré de mu ltipl es tentatives 1, tant auprès de la Com édie-F ran çaise (18 63, 1874) qu 'auprè s de l'Odéo n (1864), Paul ne parv int jamai s à fair e jouer le chef-d'œuvre dramatique de son frère.

Leur sœur cad ette Hernùn e n'eut d'ailleurs pas davantage de succès dans sa tentative auprès de l'Odé on , en 1884, deux ans après la mort de Paul.

1.

Pour les détails de ces tentatives, cf la Not ice de Loren zaccio, in Musset, Thééltre complet, édition Simon Jeune, «Pléiade», Gallimard, 1990, pp.

975- 977.. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles