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Autrui peut-il être autre chose pour moi qu'un moyen ou un obstacle ?

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Il y a en moi, comme en tout homme, deux mouvements opposés. Le premier me fait entrer en société car je ne peux me passer des autres pour vivre humainement : en ce sens, autrui est un moyen sans lequel mon but ne saurait être atteint. Le second me fait m'opposer aux autres car nous désirons la même chose : en ce sens, autrui est un obstacle qui m'empêche d'atteindre mon but, de satisfaire mon désir. Ne pouvant me passer de la société des autres, mais continuant à ne penser qu'à moi, il semble donc impossible qu'autrui puisse jamais être autre chose que moyen ou/et obstacle pour cette fin qu'est mon moi. Pourtant ne puis-je cesser de tout rapporter à moi et à mes buts? IL faudrait que je puisse considérer autrui autrement que relatif à moi, c'est-à-dire comme une fin en soi, et autrement que relatif, c'est-à-dire comme ayant valeur absolue. Y a-t-il dans mon humanité la possibilité d'un tel décentrement moral? Ou bien une telle espérance est-elle naïve, comme le pensent les cyniques? Tous mes rapports à autrui, même d'apparence morale et désintéressée, ne seraient-ils que des modalités de l'exploitation et du conflit?
 

« d'entrevoir ses limites ou d'apercevoir sa raison d'être.Première thèse implicite : Le solipsisme pratiqueComposé du latin solus (seul) et ipse (moi-même), le solipsisme est la doctrine réputée sans partisan particulier decelui qui dit : « Il n'y a que moi ».Le solipsisme se fonde sur le fait que l'autre est le Moi qui n'est pas Moi pour considérer cette négation commeétant constitutive de l'être de l'Autre.Sa négation est corrélative de la séparation ontologique présumée entre autrui et moi-même.En effet, Autrui est ce que je ne suis pas et disjointement je suis ce qu'il n'est pas. Le solipsiste est un sujet quiconsidère qu'il est isolé dans une espèce de plénitude. Convaincu de son autonomie foncière, il évacue l'autre sous-prétexte qu'il est sans incidence ou sans apport pour la constitution de l'expérience qui est la sienne. Le solipsismepratique va plus loin que le simple solipsisme. Mauvaise foi solipsiste, le solipsisme pratique ne se contente pas demettre en évidence sa solitude indéracinable ou son incertitude au sujet de l'autre mais profite de l'occasion fourniepour la thèse solipsiste pour affirmer sa prééminence et s'élever ainsi au-dessus de l'autre.« L'inter-subjectif ne peut être que librement reconnu ce qui implique aussi que nous avons toujours le pouvoir de lenier. Je puis toujours me comporter comme si je n'avais réellement aucun accès à la réalité d'autrui, comme si l'autren'était qu'un ensemble de possibilités à utiliser ou de menaces à conjurer. C'est là un solipsisme pratique. » (GabrielMarcel - Le mystère de l'être - tome II p. 107.) Le solipsisme pratique est en somme une feinte destinée à :— se faire valoir aux dépens de l'autre,— utiliser l'autre au mieux de son intérêt,— agir sur l'autre ou le dominer,— confondre la fin assignable à mon action avec ma propre fin. Seconde thèse implicite: Pratique de l'égoïsme« Je chante ? Je chante parce que je suis chanteur ! Si pour cela je me sers de vous, c'est que j'ai besoin d'oreilles.Quand le monde se trouve sur mon chemin (et il s'y trouve toujours), je le consomme pour apaiser la faim de monégoïsme: tu n'es pour Moi qu'une -nourriture ; de même, toi aussi, tu me consommes et tu me fais servir à tonusage.Il n'y a entre nous qu'un rapport, celui de l'utilité, du profit, de l'intérêt. Nous ne devons rien l'un à l'autre, car ceque je puis paraître te devoir, c'est tout au plus à moi que je le dois. Si, pour te faire sourire, je t'aborde avec unemine joyeuse, c'est que j'ai intérêt à ton sourire et que mon visage est au service de mon désir. À mille autrespersonnes que je ne désire pas faire sourire, je ne sourirai pas. » (Max Stirner - L'unique et sa propriété - Stock1972, p. 352.) Cynisme ou réalisme ? Ces mots ont paradoxalement un accent familier. À défaut de les avoir formulésur nous-mêmes, nous avons probablement été tentés de les appliquer à d'autres. Que disent-ils sinon que le moi sesert du monde pour nourrir son égoïsme ou se faire plaisir.Cette pratique de l'égoïsme peut être ramenée à un triple égoïsme : a) L'égoïsme logique : Il se distingue par sa manière excessive de chercher l'originalité à tout prix. Il fait fi du bonsens et du sens commun. Il ne s'intéresse aux autres que dans la mesure où ils s'accordent avec lui ou lui donnentraison. Avoir raison à tout prix même en sachant que ce qui a du prix n'a point de valeur ; avoir raison envers etcontre tout, quitte à embrouiller les pistes et à subordonner la raison de l'autre. b) L'égoïsme éthique: Il se distingue par sa manière excessive de ramener toutes les fins à soi. Il a en vue sonpropre intérêt et n'hésite pas, afin de la préserver, de recourir à la ruse ou au cynisme. « Il assassine sans relâche», dépouille, blesse, violente et tire de son propre fond, toute sa morale. L'immoraliste ne se distingue pas seulementdes autres, il se veut ou s'estime au-dessus des autres, UNIQUE en son genre, et son exaltation de soi 1 ' entraînedevant des mers illimitées, à s ' aventurer dans un îlot destiné à le faire triompher d'un monde, qui plaide, hélas, ensa faveur. Sa fin, c'est la fin du monde. c) L'égoïsme esthétique : L'égo vise en echo et commet en cela l'erreur de Narcisse. Jouisseur qui tombe amoureuxde lui-même, il n'a d'autre capacité que s'enflammer pour lui-même et de tourner le dos à l'autre ressenti comme unobstacle entre lui-même et lui-même.— Cf. Kant : L'Anthropologie - Vrin.Troisième thèse implicite: l'approbation instrumentale de l'Autre Dans son introduction à la lecture de Hegel, Kojèveécrit : « La négativité n'est rien d'autre que la liberté humaine, c'est-à-dire ce par quoi l'homme diffère de l'animal.Mais si la liberté est ontologiquement négativité, c'est qu'elle ne peut être et exister en tant que négation. Or pourpouvoir nier, il faut qu'il y ait quelque chose à nier : un donné existant et donc un être donné identique. Et c'estpourquoi l'homme ne peut exister librement, c'est-à-dire humainement, qu'en vivant en animal dans un mondenaturel donné, mais il n'y vit humainement que dans la mesure où il nie ce donné naturel ou animal. »On peut résumer la thèse Hégélienne en disant que le Moi ne peut accéder à sa propre unité qu'en tant que«négativité-négatrice».Cette négativité propre au Moi est exprimée par le désir en général. Le désir du Moi n'est précisément pas unechose. Ni plus, ni moins que la présence en moi, de quelque chose qui me manque ou me fait défaut.Il porte sur une chose tout en étant autre que ce sur quoi il porte. Il tend à la satisfaction et pousse le Moi à agirsur le donné ou à le transformer. Il ne porte sur une chose que pour autant qu'il la transforme ou la nie.« Pour satisfaire la faim, par exemple, il faut détruire ou, en tous cas, transformer la nourriture. »Seulement voilà, le donné naturel nié ou transformé, ne satisfait jamais pleinement le désir, mais ne fait que lereproduire. Il s'ensuit que le Moi ne peut accéder au terme de son désir qu'en désirant autre chose que le donnénaturel, que sous la condition de porter sur un donné qui n 'est pas donné, sur une chose qui n'est comparable àaucune chose. Le Moi ne peut ainsi s'atteindre lui-même que sous la condition de porter sur une autre négativité,une autre liberté, un autre désir, en un mot, UN AUTRE MOI.Car le désir de l'homme « diffère du désir animal par le fait qu'il porte non sur l'objet réel positif donné, mais sur un »

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