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Baruch SPINOZA: Liberté et déterminisme

Publié le 10/04/2005

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spinoza
... Pour ma part, je qualifie de libre une chose qui existe et agit par la seule nécessité de sa nature ; j'appelle contrainte celle qui est déterminée par une autre à exister et à agir selon une loi précise et déterminée. Dieu par exemple, existe librement (quoique nécessairement) parce qu'il existe par la seule nécessité de sa nature... Vous voyez donc que je place la liberté non dans un libre décret mais dans une libre nécessité. Mais descendons au niveau des choses créées qui toutes sont déterminées à exister et à agir selon une loi précise et déterminée. Pour que ce soit bien clair, prenons un exemple très simple : une pierre reçoit d'une cause extérieure qui la pousse, une certaine quantité de mouvement, par laquelle lorsque cesse l'impulsion de la cause extérieure, elle continue nécessairement de se mouvoir. La persistance du mouvement de cette pierre est une contrainte, non parce qu'elle est nécessaire, mais parce qu'elle doit être définie par l'impulsion d'une cause extérieure ; et ce que je dis ici d'une pierre, doit être dit de n'importe quelle chose singulière. Or imaginez à présent, s'il vous plaît, que la pierre, tandis qu'elle continue à se mouvoir pense et sache qu'elle même, autant qu'elle peut, fait effort pour continuer à se mouvoir. Cette pierre, assurément, puisqu'elle est consciente seulement de son effort, croira qu'elle est souverainement libre et qu'elle persévère dans son mouvement pour une seule cause, à savoir parce qu'elle le veut ainsi. Or telle est cette fameuse liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste seulement en ceci, que les hommes sont conscients de leurs désirs mais ignorants des causes qui déterminent ces désirs... L'homme ivre croit dire par une libre décision de son esprit ce qu'il voudrait ensuite avoir tu. De même un fou, un bavard et tant d'autres du même genre croient agir par une libre décision de leur esprit et non être déterminés par une impulsion. ... (Votre ami) dit avec Descartes qu'est libre celui qui n'est contraint par aucune cause extérieure ; si par « homme contraint » il entend celui qui agit contre son gré, j'accorde qu'en certaines occasions nous ne sommes pas contraints et qu'en ce sens nous possédons un libre arbitre. Mais si par contraint il entend celui qui, quoique de son propre gré, agit pourtant nécessairement (comme Je l'ai expliqué plus haut) je dis que nous ne sommes jamais libres... Il dit ensuite que les causes pour lesquelles il a appliqué son esprit à l'acte d'écrire l'ont assurément poussé à écrire mais ne l'ont pas contraint... Mais cette remarque ne peut signifier que ceci. Des causes qui, dans d'autres situations, ne l'auraient pas contraint d'écrire, l'ont contraint cette fois ci non certes à écrire contre son gré mais à avoir nécessairement le désir d'écrire. Baruch SPINOZA

L'homme est un mode de la nature. Il n'est pas "un empire dans un empire". Il ne peut pas se séparer de la nature pour vivre dans une réalité distincte. La liberté humaine, au premier degré, est pour Spinoza une illusion, car l'être humain se croit libre par le fait qu'il est conscient de ses actions, et non des facteurs qui le déterminent à agir.    Problématique    L'homme se croit libre parce qu'il est conscient de ses désirs. Mais la vraie liberté humaine repose sur la connaissance des lois de la nature. Spinoza critique la conception cartésienne de la liberté. La liberté, pour lui, n'est pas le fruit d'une expérience immédiate de soi qui me fait semblable à Dieu. L'authentique liberté suppose, non une affirmation de sa volonté, mais une connaissance des causes qui nous conduisent à agir.    Enjeux    Si la liberté existe, elle ne pourra se trouver qu'au terme d'une connaissance adéquate de la réalité. Il faudra que l'homme parvienne à dépasser un certain nombre d'obstacles qui sont le fait de son rapport passionnel au monde. La condition d'existence de la liberté réside dans la possibilité de dépasser les passions.

spinoza

« séries causales n'agissent que dans le cadre de l'Attribut auquel elles appartiennent : les idées produisent des idéeset agissent sur des idées (Attribut Pensée), les corps et leurs modifications produisent des modifications et agissentsur les corps (Attribut Étendue). Âme (anima): chez Descartes, principe substantiel lié au corps et formé de l'entendement et de la volonté; elle est indépendante du corps et immortelle.

Spinoza n'emploie pas ce terme pour désigner l'individu humain singulier : ilutilise le terme Mens (esprit). L'homme est un mode de la nature.

Il n'est pas "un empire dans un empire".

Il ne peut pas se séparer de la naturepour vivre dans une réalité distincte.

La liberté humaine, au premier degré, est pour Spinoza une illusion, car l'êtrehumain se croit libre par le fait qu'il est conscient de ses actions, et non des facteurs qui le déterminent à agir. Problématique L'homme se croit libre parce qu'il est conscient de ses désirs.

Mais la vraie liberté humaine repose sur laconnaissance des lois de la nature.

Spinoza critique la conception cartésienne de la liberté.

La liberté, pour lui, n'estpas le fruit d'une expérience immédiate de soi qui me fait semblable à Dieu.

L'authentique liberté suppose, non uneaffirmation de sa volonté, mais une connaissance des causes qui nous conduisent à agir. Enjeux Si la liberté existe, elle ne pourra se trouver qu'au terme d'une connaissance adéquate de la réalité.

Il faudra quel'homme parvienne à dépasser un certain nombre d'obstacles qui sont le fait de son rapport passionnel au monde.

Lacondition d'existence de la liberté réside dans la possibilité de dépasser les passions. (Introduction) Dans cette lettre à Schuller, Spinoza rappelle la doctrine de la liberté que nous trouvons par ailleurs exposée dansl'Éthique.

Il affirme notamment comment sa conception de la liberté se concilie avec sa philosophie de la nécessitéuniverselle, et par là s'oppose à la théorie populaire du libre arbitre.

Il reprend la critique du libre arbitre que vousretrouverez au livre Il de l'Éthique (scolie de la proposition XXXV) et au livre III (scolie de la proposition II). ...

Pour ma part je qualifie de libre une chose...

je place la liberté non dans un libre décret mais dans une librenécessité.Dans ces premières lignes on trouve la définition de la liberté spinoziste (qui au sens plein ne s'applique qu'à Dieu) etla mise en relation de ce concept de liberté avec les concepts de contrainte et de nécessité.Ces concepts ne sont pas nouveaux.

Spinoza les trouve, bien élaborés, dans la philosophie scolastique quidistinguait deux formes de liberté : la liberté par absence de contrainte (libertas a coactione) qui est le fait d'agirindépendamment des causes extérieures et la liberté par absence de nécessité (libertas a necessitate) qui supposela contingence, (l'absence de toute cause nécessitante).

Cette liberté définie par absence de nécessité c'est lelibre arbitre absolu que Guillaume d'Occam, Duns Scot, Descartes lui-même attribuaient à Dieu (Dieu aurait tout créépar une décision transcendante et arbitraire : Il aurait pu faire que 2 + 2 ne soit pas égal à 4 et que ce soit pourl'homme un devoir de le haïr !).

La pensée populaire et moralisante attribue à l'homme aussi le libre arbitre.

Telhomme qui a tué par exemple aurait pu, tout en étant le même homme, avec les mêmes idées, les mêmes passions,s'abstenir de tuer.

L'acte présumé libre échapperait donc à tout déterminisme intérieur comme à tout déterminismeextérieur.

II échapperait au déterminisme de ma nature propre comme aux contraintes extérieures.

L'acte libresupposerait la contingence, l'absence de nécessité (est nécessaire ce qui ne peut pas ne pas être), l'acte libreserait une sorte de miracle par lequel nous aurions le pouvoir de dire oui ou non aux motifs qui nous sollicitent.

C'estce libre arbitre que rejette Spinoza.

Pour Spinoza un être libre agit sans contrainte (car il n'est pas déterminé pardes causes extérieures) mais il agit nécessairement, car il est déterminé par sa propre nature.

Spinoza reprend ici latrès importante définition VII du livre I de l'Éthique : « Est dite libre la chose qui existe par la seule nécessité de sanature et est déterminée par soi, seule à agir; est dite contrainte celle qui est déterminée par une autre à exister età produire quelque effet.

»Dieu existe à la fois librement et nécessairement.

Dieu étant le tout, la substance infinie qui a une infinité d'attributs(Éthique I, définition VI) il ne saurait être, contraint : seuls des êtres finis peuvent être contraints par l'extérioritéqui les enveloppe.

Mais Dieu n'est pas libre au sens du libre arbitre.

Il ne décide pas arbitrairement d'exister ou non!Son existence est la conséquence nécessaire de son essence (l'infini ne peut pas ne pas exister).

Ceci reprendl'argument ontologique de la cinquième 162méditation cartésienne (l'Être parfait existe nécessairement) mais Spinoza va plus loin que Descartes.

Dieu agitnécessairement, tout ce qu'il fait découle nécessairement de son essence.

A la preuve ontologique restreinte(l'existence de Dieu se déduit de son essence) Spinoza ajoute la preuve ontologique généralisée : Tout ce que faitDieu résulte de son essence, commeles propriétés du triangle découlent nécessairement de sa définition. Ceci élimine la notion de création (qui suppose en Dieu une liberté créatrice étrangère à toute nécessité) et fonde lepanthéisme.

Le monde découle nécessairement de l'essence divine.« Descendons au niveau des choses créées.

». »

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