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La superstition est-elle déraisonnable ?

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En effet on ne peut douter que le mal existe dans le monde ; l'homme que l'on proclame l'être le plus parfait de la création est souvent accablé de misères. Certes, si le monde était divin, il serait meilleur. Dans ces conditions, dit Épicure a ou bien Dieu veut supprimer le mal et ne le peut pas ; ou il le peut et il ne le veut pas ; ou il ne le veut ni ne le peut, ou enfin elle veut et il le peut. S'il le veut et qu'il ne le puisse pas, il est impuissant, ce qui ne convient pas à Dieu ; s'il le peut et ne le veut pas il est envieux, ce qui ne peut davantage convenir à Dieu ; s'il ne le veut ni ne le peut, il est à la fois envieux et impuissant, donc il n'est pas Dieu ; s'il le veut et le peut, ce qui seul convient à Dieu, alors d'où vient le mal ? ou pourquoi Dieu ne le supprime-t-il pas ?"Donc il est inutile de faire intervenir des dieux dans les affaires des hommes, à quoi bon compliquer les questions sans nécessité ? Le monde va bien sans cela.Il ne faudrait pourtant pas nier complètement l'existence des dieux : ce serait aller contre une croyance universellement établie et dont on doit tenir compte. Aussi Épicure, tout en rejetant les dieux comme nécessaires au monde n'est-il pas un athée. Malgré sa théorie physique, il admet des dieux.

 La superstition peut être définie comme l’attitude consistant à croire que des forces surnaturelles peuvent modifier les processus naturels en général, et les destins individuels en particulier. Certains actes censés influencer ces forces surnaturelles seraient notamment à même d’entraîner des conséquences positives ou négatives pour les êtres humains. Le terme raisonnable entendu au sens large désigne quant à lui le fait d’être doué de raison, c'est-à-dire pourvu d’une faculté permettant de discerner le vrai du faux. On peut donc avoir le sentiment que la superstition, en tant qu’elle n’appréhende pas la nature comme soumise à des lois, n’est pas raisonnable, au sens où elle choque une exigence de la raison, qui est de pouvoir ramener l’ensemble des phénomènes naturels à des lois à même d’en rendre raison. Mais au sens étroit du terme, le raisonnable concerne moins le rapport de la raison et de la connaissance que l’ordre de l’action. On dira alors que l’être raisonnable, est celui qui fait preuve d’un jugement sain dans l’ensemble des choix qu’il est amené à faire pour conduire sa vie. Le terme raisonnable renvoie alors à une certaine sagesse lorsque le jugement strictement rationnel ne peut pas trancher. Le problème que pose le sujet tient au rapport entre le raisonnable et le rationnel. La superstition, en tant qu’elle choque la rationalité par exemple scientifique, qui postule une clôture causale du monde physique (le fait que seule une chose matérielle peut causer un effet matériel), est-elle de facto déraisonnable ? Ou bien ne faut-il pas considérer que la sphère du raisonnable excède celle du rationnel, et qu’une chose peut donc être irrationnelle en un sens sans être pour autant déraisonnable ? La superstition ne fait-elle pas partie de ces croyances nécessaires à l’homme, dont on ne peut montrer ni la vérité ni la fausseté, et qui échappent donc à la législation de la raison, sans pour autant être déraisonnables ?

« § La superstition, en tant qu'elle relève de la passion, semble immédiatement aller à l'encontre de touteraison. Elle apparaît donc déraisonnable au sens moral commun et irrationnelle en tant que contraire àla raison. Dans le Traité théologico-politique , Spinoza écrit que si les hommes étaient sages, raisonnables quant aux biens qu'ils désirent, ils ne seraient pas superstitieux. Dès lors, si lasuperstition est déraisonnable et irrationnelle, il apparaît que seule la raison semble apte à mettre finà la superstition (cf. ci-dessous). § C'est ce que Kant semble examiner dans la Religion dans les limites de la simple raison. En effet dans ce texte, Kant interprète toute foi chrétienne à la lumière de la foi rationnelle et ramène toute foistatutaire à l'impératif catégorique. La raison devient donc le seul critère valable pour examiner lesreligions révélées. Dès lors, c'est parce qu'elle n'a recours à aucune force surnaturelle que la religionde la raison pure pratique peut et doit servir de critère pour un tel examen. En effet, cet examen apour but principal de lutter contre le délire enthousiaste, la superstition et le fanatisme, c'est-à-direla Schwärmerei . C'est donc contre les formes impures de la religion révélée que se dresse la religion morale pure, afin de rejeter l'illusion religieuse sous toutes ses formes. Aussi la vraie piété ne doit pasêtre un culte servile, c'est-à-dire une « servile soumission adulatrice à une puissance imposant desordres despotiques ». L'illusion religieuse consiste donc à croire que la fausse soumission à Dieupurement dévote peut remplacer la pureté de l'intention morale. Kant pose alors une proposition,comme principe n'ayant pas besoin de preuve : « Tout ce que l'homme pense pouvoir faire, hormis labonne conduite, pour se rendre agréable à Dieu est simplement illusion religieuse et faux culte deDieu ». Au delà de ce principe, tout est arbitraire. L'enthousiasme consiste alors à vouloir percevoir ensoi-même des influences célestes, et la superstition, à croire que, par le culte, il est possible de fairequelque chose pour sa justification devant Dieu. Seuls les devoirs de la raison pure pratique doiventvaloir comme fondements de la vraie religion. Les religions révélées doivent donc faire l'objet d'unexamen critique à partir de la religion morale pure. Dès lors, dans la mesure où la superstition et lefanatisme procèdent d'une conception anthropomorphique de Dieu, ils doivent être rejetés de la vraiereligion comme relevant d'une faute morale. En outre, fanatisme et superstition relèvent d'uneaspiration au bonheur, là où la loi morale doit nous permettre de nous rendre digne d'être heureux. Lasuperstition est déraisonnable et irrationnelle et toute religion doit alors être soumise à l'examen de laraison afin de ne pas tomber dans la superstition. Mais est-il bien légitime de vouloir fonder la croyance en raison afin de mettre fin à la superstition ? N'est-ce pasconfondre deux ordres de chose qui doivent pas être confondus ? III) La condamnation de la superstition ne peut pas se fonder sur le critère de la raison. § Raison et croyance, ainsi que superstition en tant qu'elle dérive de la croyance, semble bien appartenirà deux ordres différents. Aussi apparaît-il contre ordre d'examiner la superstition au moyen de laraison. Dès lors, si critique de la superstition il doit y avoir, c'est uniquement du point de vue de lareligion vraie, qui seule a autorité en ce domaine. Aussi toute tentative pour un ordre de s'ingérerdans un autre est tyrannie, selon le mot de Pascal dans les Pensées . § Aussi existe-t-il selon Pascal une distance infinie entre les trois ordres que sont le corps, l'esprit et lacharité (religion vraie). Si la superstition est condamnable, c'est alors uniquement dans la mesure oùelle témoigne d'une incompréhension profonde de la part de l'homme de ce qu'est la religion et de cequ'est Dieu. Ce n'est pas en multipliant les actes matériels sans véritable sens religieux que nouspouvons nous attirer la grâce de Dieu. § Il y a donc bien chez Pascal une critique virulente de la superstition, mais faite du point de vue de lareligion, de la piété véritable et non du point de vue de la raison. La raison, en tant qu'appartenant àl'ordre de l'esprit est alors inapte à examiner la superstition et ce n'est donc pas en termes deraisonnable ou déraisonnable qu'il convient de juger la superstition, mais en termes de piété, de foi,de croyance véritable et authentique. CONCLUSION. La superstition apparaît de prime abord comme un état naturel de l'homme, ancré dans sa constitution etconséquence de sa finitude et de la conscience de la finitude. Comme telle elle apparaît pré-rationnel et entre dansle processus de connaissance comme première étape nécessaire à toute rationalisation. Néanmoins, fondée sur les passions de crainte et d'espoir, c'est bien comme contraire à la raison qu'elle se donne,étant alors déraisonnable du point de vue pratico-moral et irrationnelle du point de vue théorique. Mais alors cette distance vis-à-vis de la raison pose le problème d'un examen rationnel de la superstition. Il apparaîtalors que seul l'ordre de la religion est apte d'examiner la superstition, la raison ne pouvant accéder à ce domaine.La superstition ne paraît pas alors pouvoir être conçue en termes de raisonnable ou déraisonnable. »

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