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Les chefs d'oeuvres du passé sont bons pour le passé, ils ne sont pas bons pour nous.

Publié le 27/03/2005

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Aussi, il peut rester du passé, ce qui par chance est passé au travers de l'usure du temps, ou ce que l'homme a sciemment protégé. Aussi, l'idée même de conservation est récente et date seulement de la fin du 18e siècle et de la fin du 19e siècle. Les destructions de la Révolution française y sont pour beaucoup. Autant dire que les choses anciennes sont rares et ont de ce fait une grande valeur et une grande capacité à susciter l'intérêt des foules. Qu'est-ce qui a amené l'homme a conservé certaines choses ? Que faut-il conserver ? On ne peut, hélas tout conserver, au risque de voir des époques entières ne pas s'exprimer, ne rien construire ? Faut-il démolir ce qui reste du passé ? Il faut parfois le faire, et ne conserver ce qui présente un intérêt culturel évident, un intérêt cultuel (pour la pratique des religions), ce qui est encore utile, habitable, beau. Il est évident que ces notions sont relatives, que ce qui est utile à une époque ne l'est pas à une autre, et que toutes les époques de l'humanité n'ont pas bâti avec la même régularité, la faute, souvent, à l'absence de moyen.

Ce sujet sous-entend que les chefs d’oeuvre du passé auraient perdu toute signification pour les époques postérieures, qu’en somme seuls les chefs d’oeuvres actuels pourraient nous délivrer un message. Les oeuvres du passé seraient renvoyées au rayon des antiquités et des objets rares qu’on viendrait voir par curiosité, non pour tirer des enseignements pour notre époque. Les oeuvres n’auraient aucune actualité, aucun écho à notre époque, ça serait finalement condamner une grande partie de notre culture à l’oubli et faire de ce dernier le socle de notre culture.

« 2.2 Le beau est en dehors du temps. « Diotime : « Celui qu'on aura guidé jusqu'ici sur le chemin de l'amour, après avoir contemplé les belles choses dans une gradation régulière, arrivant au terme suprême, verra soudain une beauté d'une naturemerveilleuse, beauté éternelle, qui ne connaît ni la naissance ni la mort, qui ne souffre ni accroissement nidiminution, beauté qui n'est point belle par un côté, laide par un autre, belle en un temps, laide en un autre,belle sous un rapport, laide sous un autre, belle en tel lieu, laide en tel autre, belle pour ceux-ci, laide pourceux-là ; beauté qui ne se présentera pas à ses yeux comme un visage, ni comme des mains, ni comme uneforme corporelle, ni comme un raisonnement, ni comme une science, ni comme une chose qui existe en autrui,par exemple dans un animal, dans la terre, dans le ciel ou dans telle autre chose ; beauté qui au contraire,existe en elle-même et par elle-même, simple et éternelle » PLATON, Le banquet, 211a-b. Transition : Si les chefs-d'oeuvre n'appartiennent pas au passé mais ont une valeur pour nous c'est parce que l'art est universel et n'est pas soumis à la temporalité. Mais si cette universalité et éternité de l'artsont avérées comment expliquer qu'un chef-d'oeuvre ait pris naissance à un moment et non à un autre ? Troisième partie : L'artiste est mortel mais l'oeuvre d'art est immortelle. 3.1 L'artiste appartient à une époque, son oeuvre est nécessairement influencée par elle, mais l'époque doit en être le point de départ et non le point d'arrivée. « L'artiste est certes le fils de son époque, mais malheur à lui s'il est aussi son disciple, ou, qui plus est, son favori. Puisse une divinité bienfaisante arracher à temps l'enfant au sein de sa mère, le nourrir du lait d'uneépoque meilleure et le faire, sous le ciel lointain de la Grèce, croître jusqu'à sa maturité. Puise-t-il à l'âged'homme réapparaître et faire figure d'étranger dans son siècle ; non pas pour l'enfanter par sa personne, mais,en se montrant terrible comme le fils d'Agamemnon, pour le purifier. Il prendra sans doute sa matière dans leprésent, mais il empruntera la forme à une époque plus noble, et même, par-delà toutes les époques, à l'unitéabsolue, immuable de son être. C'est du pur éther de sa nature démoniaque [sauvage, originaire] que jaillit lasource de la beauté, impolluée par la corruption des générations et des temps qui, dans les profondeurs,roulent au-dessous d'elle leurs flots troubles. Le caprice peut déshonorer sa matière, de même qu'il lui estarrivé de l'ennoblir, mais la chaste forme est soustraite à ses variations. Le Romain du premier siècle avaitdepuis longtemps déjà plié les genoux devant ses empereurs, quand les statues étaient encore debout ; lestemples restaient sacrés pour les yeux, quand les dieux étaient depuis longtemps des objets de dérision ; etles actes honteux d'un Néron et d'un Commode étaient frappés d'ignominie par le noble style de l'édifice qui lesrecouvrait. L'humanité a perdu sa dignité, mais l'art l'a sauvée et conservée dans des pierres pleines de sens ;la vérité continue à vivre dans l'illusion des hommes, et l'image primitive sera restaurée parce que son refletdemeure. Mais comment l'artiste se préservera-t-il de son temps et des perversions qui l'environnent de touscôtés ? En méprisant son jugement. Qu'il regarde en haut vers sa propre dignité et la loi, non en bas vers lebonheur et le besoin. Qu'il se libère à la fois du vain affairement qui aimerait à imprimer sa trace au momentfugitif, et de l'esprit de chimère qui avec impatience applique aux médiocres produits du temps le critère del'absolu ; qu'il abandonne à l'entendement la sphère de la réalité où celui-ci est chez lui ; qu'il aspire àengendrer l'idéal en le faisant surgir de l'union du possible et de la nécessité. Qu'il en mette l'empreinte dans lesfictions et dans la vérité, dans les jeux de son imagination et dans la gravité de ses actes, dans toutes lesformes sensibles et spirituelles, et que silencieusement il le projette dans l'infini du temps. » SCHILLER. 3.2 Une fois créée l'oeuvre d'art devient immortelle. « En raison de leur éminente permanence, les oeuvres d'art sont de tous les objets tangibles les plus intensément du monde ; leur durabilité est presque invulnérable aux effets corrosifs des processus naturels,puisqu'elles ne sont pas soumises à l'utilisation qu'en feraient les créatures vivantes [...] qui ne peut que lesdétruire. Ainsi leur durabilité est-elle d'un ordre plus élevé que celle dont tous les objets ont besoin afind'exister ; elle peut atteindre à la permanence à travers les siècles. Dans cette permanence, la stabilité mêmede l'artifice humain qui, habité et utilisé par des mortels, ne saurait être absolu, acquiert une représentationpropre. Nulle part la durabilité pure du monde des objets n'apparaît avec autant de clarté, nulle part, parconséquent, ce monde d'objets ne se révèle de façon aussi spectaculaire comme la patrie non mortelle d'êtresmortels. Tout se passe comme si la stabilité du monde se faisait transparente dans la permanence de l'art, desorte qu'un pressentiment d'immortalité, non pas celle de l'âme ni de la vie, mais d'une chose immortelleaccomplie par des mains mortelles, devient tangible et présent pour resplendir et qu'on le voie, pour chanter etqu'on l'entende, pour parler à qui voudra lire. » ARENDT ; CONCLUSION Les chefs-d'oeuvre du passé n'ont pas à être relégués dans l'oubli non seulement parce qu'ils nourrissent notre mémoire mais aussi parce qu'à travers eux nous pouvons nous reconnaître. En effet même sil'artiste est fils de son temps ses créations, elles, ne sont pas soumise à l'érosion du temps. C'est pourquoi leschefs-d'oeuvre peuvent être dits immortels et leur beauté être appréciée par chaque homme. »

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