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Les critiques de l'État ?

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..). Chez Marx, la dictature du prolétariat possède des aspects assez différents selon les textes : plutôt jacobine et centralisée dans la Critique du programme de Gotha (1875), elle apparaît plus décentralisée dans La Guerre civile en France, qui rend compte de la Commune de Paris. La dictature révolutionnaire du prolétariat, proposée dans le premier texte, est la mise en oeuvre du programme du Manifeste : «Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l'État, c'est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante et pour augmenter, au plus vite, la quantité des forces productives. Le pouvoir politique, à proprement parler, est le pouvoir organisé d'une classe pour l'oppression d'une. autre. Si le prolétariat, dans sa lutte contre la bourgeoisie, se constitue forcément en classe, s'il s'érige par une révolution en classe dominante et comme classe dominante détruit par la violence l'ancien régime de production, il détruit en même temps que ce régime de production les conditions de l'antagonisme des classes, il détruit les classes en général et, par là même, sa propre domination comme classe » [Manifeste du parti communiste, p. 67 et p. 69]. Si, dans ce texte, l'analyse en termes de lutte de classes est plutôt abstraite, c'est-à-dire qu'elle n'accorde pas d'intérêt à la mise en oeuvre concrète de la dictature du prolétariat, l'analyse de la Commune de Paris comble cette lacune par l'observation des pratiques démocratiques à l'intérieur de la nouvelle classe dominante, le prolétariat. Pour Marx, la Commune de Paris est exemplaire à plus d'un titre : d'une part, tous ses membres recevaient un salaire d'ouvrier ; d'autre part, les membres élus au suffrage universel étaient révocables et liés par le mandat impératif de leurs électeurs.

« L'État soupçonné En instituant la citoyenneté et l'égalité devant la loi, l'État semble accéder à l'universel. Hegel écrit qu'il est laréalité de l'idée morale », la rationalité accomplie, réalisant la morale et le droit qui, au niveau individuel, ne sont quedes abstractions. Et le citoyen peut prétendre être l'homme véritablement humain, élevé au sens de l'universel (lebien public), plus raisonnable que l'individu particulier.Mais n'y a-t-il pas là une trop grande confiance dans l'État ? On a déjà vu que le libéralisme était plus méfiant, etqu'il mettait en garde contre les empiétements possibles de l'État sur la vie des individus. Mais si, pour le libéralisme,les fonctions de l'État doivent être limitées, une valeur irremplaçable continue de lui être reconnue : protéger lapropriété et les libertés individuelles.Est-ce bien là, cependant, la fonction réelle de l'État ? Le discours que l'État tient sur lui-même n'est-il pas uneillusion, et sa réalité n'est-elle pas essentiellement répressive ? Même l'État voulu par les libéraux ne résiste pas auxfaits historiques : c'est le libéral Thiers qui, en 1871, réprime sauvagement la Commune, provoquant plus de mortsque n'en avait entraîné la Terreur au temps de Robespierre. L'anti-étatisme D'où le développement d'un anti-étatisme radical. Celui-ci est représenté surtout par :1 - L'anarchisme (Proudhon, Bakounine...), dont le projet est de détruire l'État en tant que tel (et non telle formeparticulière d'État), considéré comme la source de toutes les oppressions, l'entrave aux forces créatrices del'individu : les hommes peuvent s'autogouverner dans des communautés solidaires, sans qu'existe un principed'autorité extérieur — d'où le fameux ni Dieu ni maître ».2 - Le marxisme, qui voit dans l'État non la volonté de l'intérêt général mais des institutions et des appareils (armée,police, école...) au service des intérêts particuliers de la classe dominante.L'anarchisme et le marxisme semblent donc se rejoindre dans leur critique de l'État, et la société sans classes qu'ilssouhaitent tous deux est aussi une société sans État. Il y a pourtant entre eux des différences importantes. La première est que Marx rattache l'analyse de l'État à la lutte des classes et à l'évolution de l'histoire. Moyen pourassurer politiquement la domination de la classe économiquement possédante, l'État a une fonction et une nécessitéhistoriques que ne lui reconnaît pas l'anarchisme. D'ailleurs, dans la révolution, le marxisme voit moins la suppressionde l'État comme tel que la suppression de l'État bourgeois et son remplacement par un État prolétarien (la dictaturedu prolétariat »), qui est censé s'éteindre progressivement, au fur et à mesure de la disparition de la classebourgeoise.La seconde différence est que si anarchisme et marxisme se rejoignent dans leur aspiration à une société sans État,ce n'est pas pour les mêmes raisons philosophiques. L'anti-étatisme de l'anarchisme se fonde en effet sur unindividualisme foncier : c'est parce qu'il est par nature contre l'individu que l'État est un mal en soi : il est ununiversel dévorant. Marx lui reproche au contraire d'être un universel fictif qui prétend réaliser l'homme dans lecitoyen au lieu de le réaliser effectivement dans la société. Et l'État de droit ? On peut reprocher à l'anti-étatisme de ne pas faire de différence entre les États. Le fait que l'on trouve aussi despolices et des prisons dans les États démocratiques signifie-t-il que ceux-ci sont de même nature que les États lesplus tyranniques ? Quelles que soient les critiques qu'on peut faire à la citoyenneté, ne vaut-il pas mieux vivre dansun État où elle est reconnue ?On peut alors orienter autrement la réflexion sur l'État : non poser la question Pour ou contre l'État ? », mais :Quelle est la forme d'État capable d'assurer les hommes dans leur liberté, de garantir leur dignité et de les protégerde la violence de leurs semblables ou des tyrans. Le problème n'est plus ici celui de l'État en général, de sonessence bonne ou mauvaise, mais celui de la nature de l'État de droit.Certes ce dernier n'est sans doute jamais complètement réalisé dans les faits, mais n'est-il pas une idée nécessairepour guider la réflexion et la pratique politiques ? »

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