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Les derniers hommes de F. NIETZSCHE

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nietzsche

Les derniers hommes

F. NIETZSCHE (1844-1900)

 

Nietzsche voit dans la croyance au progrès une manifestation du « besoin de certitude » qui se développe dans le nihilisme européen. Il décrit avec férocité (mais avec lucidité) les « derniers hommes », nos contemporains.

 

« Nous avons inventé le bonheur », - disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil.

 

Ils ont abandonné les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de chaleur. On aime encore son voisin et l’on se frotte à lui : car on a besoin de chaleur.

 

Tomber malade et être méfiant passe chez eux pour un péché : on s’avance prudemment. Bien fou qui trébuche encore sur les pierres et sur les hommes !

 

Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agréablement.

 

On travaille encore, car le travail est une distraction. Mais l’on veille à ce que la distraction ne débilite point.

 

On ne devient plus ni pauvre ni riche : ce sont deux choses trop pénibles. Qui voudrait encore gouverner ? Qui voudrait obéir encore ? Ce sont deux choses trop pénibles.

 

Point de berger et un seul troupeau ! Chacun veut la même chose, tous sont égaux : qui a d’autres sentiments va de son plein gré dans la maison des fous.

 

« Autrefois tout le monde était fou », - disent ceux qui sont les plus fins, et ils clignent de l’œil.

 

On est prudent et Ton sait tout ce qui est arrivé : c’est ainsi que l'on peut railler sans fin. On se dispute encore, mais on se réconcilie bientôt ! - car on ne veut pas se gâter l’estomac.

 

On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé.

 

« Nous avons inventé le bonheur », - disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil.

 

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra (1883), Prologue, 5, trad. H. Albert, Mercure de France, 1901, p. 19.

« POUR MIEUX ÇOMPRENDRE LE TEXTE Le nihilisme européen ne cesse pas de s'accentuer au cours du x1xe siècle et Nietzsche prédit que le xxe siècle sera « l'âge classique des grandes guerres ». Le paradoxe est que les derniers hommes non seulement n'en sont pas conscients, mais que, même, ils croient avoir « inventé le bonheur», c'est-à-dire la paix, la prospérité, une société égalitaire. Or ce « petit » bonheur résulte d'un instinct de faiblesse, d'une incapacité à supporter la solitude (vie en troupeau). les souffrances causées par les choses et les hommes (usage de la drogue) ou la pensée de la mort (recours à l'euthanasie). Comme chez tous les êtres faibles et malades, le souci de la santé devient dominant, obsé­ dant. Le type moyen, c'est-à-dire médiocre, s'impose, au point que les individus qui s'en écartent sont considérés et se considèrent eux-mêmes comme malades mentaux (selon des normes fixées par enquête statistique). Ce petit bonheur attire les foules ; et pourtant, les der­ niers hommes sont des nihilistes, mais ils ne le savent pas, ou plutôt ne veulent pas le savoir. Refusant toute autorité, sans doute sont-ils athées, mais ils n'accèdent pas au pes­ simisme lucide et tragique des philosophes (voir texte 4). Nietzsche a été accusé d'exalter une volonté de puis­ sance violente et dominatrice. C'est un contresens car; pour lui, la volonté de puissance est présente partout et toujours, qu'elle soit affirmative, ou, comme dans le nihi­ lisme, négative, retournée contre elle-même. Les derniers hommes sont « petits » et veulent tout rapetisser, mais, par là même, ils pullulent (développement démogra­ phique), et ce sont eux qui vivent le plus longtemps, satis­ faisant ainsi leur propre volonté de puissance. »

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