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L'État est-il nécessaire parce que les hommes manquent de morale ?

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C'est bien une telle conception que l'on rencontre chez Hobbes, et elle aboutit en effet à considérer que l'État, en tant que structure qui écrase les désirs ou rancoeurs des individus, est absolument nécessaire à l'établissement de la pure et simple paix civile. Pour Hobbes, l'homme « naturel « n'est animé que de pulsions profondément égoïstes qui génèrent des conflits constants avec les autres. Laisser cet homme obéir à de telles impulsions ne peut le mener qu'à sa propre disparition, puisque le jeu des haines, des jalousies, des vengeances, la concurrence permanente dans la quête des tous les « pouvoirs « possibles, n'en finissent pas de multiplier les conflits. C'est pourquoi une « communauté « doit remettre sa survie entre les mains du pouvoir le plus fort possible, dont le premier effet est d'instaurer une égalité radicale en faisant disparaître la possibilité des revendications individuelles. Mieux vaut alors, pour Hobbes, le pire des tyrans, et le plus injuste, qu'un État accordant à ses sujets le moindre soupçon de liberté : ils en profiteraient pour retomber aussitôt dans l'alternance des guerres privées.La moralisation est ici élémentaire, mais d'une importance capitale puisqu'en son absence, aucune concorde n'est possible : elle consiste simplement à amener les hommes à coexister paisiblement sous l'autorité de l'État.À cette version très pessimiste et favorable aux pouvoirs les plus absolus, Mandeville ajoute, avec sa Fable des abeilles, une variante plus souriante. Admettant, comme Hobbes, que l'homme n'est d'abord animé que de passions mauvaises, il conçoit que ces dernières peuvent cependant produire des résultats positifs si elles sont correctement orientées. i ' appartient alors au pouvoir de décider de cette orientation en mettant en place une bonne organisaton du travail et des échanges : l'égoïsme de chacun sera satisfait dès lors que la production et le commerce pourront se développer, et les pulsions malsaines seront converties en vecteurs de progrès collectif. Autrement dit, c'est la ruche qui civilise les abeilles.

 

Introduction

Conclusion

 

« [III. La morale de l'État est-elle suffisante ?] On peut donc se demander si la moralisation par l'État est authentique : non seulement parce qu'il lui arrived'échouer, mais surtout parce qu'elle ne serait que synonyme de conformisme.Lorsqu'il examine les théories de Mandeville, Kant les intègre dans le tableau des principes hétéronomiques de lavolonté : à savoir que si l'on admet que la morale trouve, pour l'homme, son origine dans la constitution de l'État, onne conçoit encore la moralité elle-même que comme dépendant d'une autorité très extérieure au sujet. De ce pointde vue, l'État peut en effet représenter une autorité plus acceptable que la simple famille ou la subjectivité d'unprécepteur : au moins signale-t-il des exigences tenant compte d'une vaste collectivité.Cette collectivité n'a toutefois jamais une ampleur universelle. Et il estévidemment possible que la morale produite par la présence de l'Étataboutisse à des exigences qui se révèlent peu compatibles avec ce qui, pourKant, constitue le véritable devoir, c'est-à-dire la capacité d'être universalisé.De cette contradiction, les exemples sont connus : en cas de guerre, mondevoir de citoyen est de tuer l'ennemi, alors que la morale me l'interdit. L'Étatlui-même, lorsqu'il prend une allure peu démocratique, peut attendre de sesmembres des comportements ou des actes en flagrante opposition avec les «droits de l'homme » ou avec le simple souci de l'égalité entre citoyens (onpense évidemment aux systèmes totalitaires).Dans de telles situations, il apparaît clairement que la structure étatique peutdevenir immorale, et contraindre ses membres à le devenir aussi. L'État révèlealors que sa prétention à être le représentant de tous les citoyens esttrompeuse : il obéit aux intérêts d'un groupe. Ou, dirait Marx, d'une classedominante dont l'idéologie consiste par définition à proposer commeuniverselles, ou au moins générales, ses propres valeurs. On comprend alorsque, pour Marx, seule la disparition finale de l'État rende possible l'émergencede la morale authentique dans une humanité enfin unifiée : si l'État signifie parprincipe l'oppression d'une partie de sa population au profit de l'autre, on voitmal comme son existence se justifierait en affirmant qu'il rend les hommesmoraux. [Conclusion] Que les hommes ne soient pas spontanément d'une moralité parfaite, on doit le reconnaître. Que l'État puisse lescontraindre à mieux se comporter, cela peut se concevoir, mais cela ne garantit en rien qu'une morale ainsi imposéesoit suffisante. Cela peut ne mener qu'à du conformisme et constituer alors une apparence de morale. On dira quecela suffit, pourvu que la vie de tous les jours soit facilitée. Mais cela peut aussi, lorsque le conformisme devientune « seconde nature » en même temps que l'obéissance à l'État, aboutir à des conduites totalement immorales.C'est que la morale la plus exigeante peut envisager l'universel, à quoi l'État reste par définition étranger. »

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