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L’interprétation philosophique des épîtres pauliniennes Etude de l’influence de Paul sur la philosophie

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Il est surprenant de voir combien les philosophes ont recours à Paul pour éclairer

diverses questions, alors que celui-ci était si méprisant à l’égard de la sagesse des hommes.

Pour Paul, la sagesse des hommes ne peut parvenir à rien sans Dieu, puisqu’elle nous vient

de Dieu. Mais même si elle nous fait accéder à certaines connaissances, elle restera toujours

infiniment inférieure à celle de Dieu. Voilà pourquoi il semble vain pour le croyant de

chercher par lui-même la vérité, puisque celle-ci se trouve premièrement en Dieu. Mais

Paul inciterait-il alors les convertis au fidéisme ? Pour accéder au salut éternel doit-on

refuser tout usage de la raison ? C’est ce que Paul laisse entendre dans la première épitre

aux Corinthiens, :

« 18 Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent,

pour nous, il est puissance de Dieu. 19 Car il est écrit: Je détruirai la sagesse des sages, et l'intelligence des

intelligents je la rejetterai. 20 Où est-il, le sage? Où est-il, l'homme cultivé? Où est-il, le raisonneur de ce

siècle? Dieu n'a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde? 21 Puisqu'en effet le monde, par le moyen de la

sagesse, n'a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c'est par la folie du message qu'il a plu à Dieu de

sauver les croyants. 22 Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, 23

nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, 24 mais pour ceux

qui sont appelés, Juifs et Grecs, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. 25 Car ce qui est folie de

Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. 26 Aussi

bien, frères, considérez votre appel: il n'y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants,

pas beaucoup de gens bien nés. 27 Mais ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour

confondre les sages ; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est

fort1 »

Pourtant on remarque bien que l’attitude de Paul n’est pas fidéiste. Il ne répète pas

sans réfléchir les paroles du Christ mais les explique et les commente. Or pour cela il faut

bien qu’il utilise sa raison, afin de mieux comprendre les textes anciens et de les mettre en

relation avec la venue du Christ. L’attitude de Paul semble alors être contradictoire. Ou

bien il faut comprendre qu’il ne rejette pas tout de la sagesse des hommes. Qu’est-ce donc

qui le différencie des sages qu’il méprise ici ? Tout d’abord, Paul se place sous l’autorité de

Dieu. Il cherche la vérité – la bonne interprétation des textes et du message de Jésus – mais

sans avoir la présomption de pouvoir y parvenir par ses seules forces. Cette différence

entre le chrétien et le philosophe est caractérisée par Tertullien dans l’Apologie du

christianisme :

« Aussi bien, quelle ressemblance y a-t-il entre un philosophe et un chrétien, entre un disciple de la Grèce

et un disciple du ciel, entre celui qui travaille pour la gloire et celui qui travaille pour la vie, entre celui qui

prononce de belles paroles et celui qui accomplit de belles actions, entre celui qui édifie et celui qui détruit,

entre un ami et un ennemi de l'erreur, entre un corrupteur de la vérité et celui qui la maintient dans sa pureté

et y conforme sa vie, enfin entre celui qui en est le voleur et celui qui en est le gardien2 ? »

1 Bible de Jerusalem, 1ère lettre de Saint Paul aux Corinthiens, chapitre 1, versets 18 à 27.

2 TERTULLIEN, Apologie du christianisme, 1914, traduction de J. P. Waltzing, chapitre 46, paragraphe 18.

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Aussi pour le chrétien, il semble contraire à la foi de se livrer à des recherches

philosophiques. Pour Tertullien, le philosophe ne recherche que la gloire c’est pourquoi il

sont souvent prétentieux alors qu’ils sont dans l’erreur. Mais Paul rejette-t-il

catégoriquement toute philosophie ? Doit-on comprendre que notre raison, c’est-à-dire ce

qui nous définit au plus haut point, ne peut atteindre par elle-même sa fin, qui est de

connaitre la vérité ? On touche ici une question délicate : quel intérêt demeure pour le

croyant de faire de la philosophie ? En effet, si Dieu s’est révélé par son fils, alors nulle

doctrine humaine ne saurait ajouter quelque chose qui n’était pas présent dans le verbe.

Paul en se faisant apôtre du Christ a alors pour but de remplacer la sagesse des hommes par

celle de Dieu, infiniment plus grande. Mais cela n’implique pas qu’il faille rejeter la

philosophie en elle-même. Paul reproche aux philosophes leur présomption qui les éloigne

de la vérité :

« 18 En effet, la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des

hommes, qui tiennent la vérité captive dans l'injustice; 19 car ce qu'on peut connaître de Dieu est pour eux

manifeste: Dieu en effet le leur a manifesté. 20 Ce qu'il a d'invisible depuis la création du monde se laisse voir

à l'intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu'ils sont inexcusables; 21

puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont

perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s'est enténébré: 22 dans leur prétention à la

sagesse, ils sont devenus fous3 »

Ce passage manifeste que Paul ne rejette pas la philosophie dans son ensemble.

Cependant pour ne pas tomber dans l’erreur, le philosophe doit être conscient qu’il ne peut

pas tout connaitre par lui-même et donc avoir une certaine humilité. Il reste clair que saint

Paul n’est pas un philosophe, mais ses différentes lettres abordent des thèmes théologiques.

Les épitres ont pour but de transmettre le message du Christ mais Paul n’entend pas y

présenter des démonstrations théologiques de ce qu’il expose. Mais il faut reconnaitre que

pour comprendre un donné théologique, la philosophie est nécessaire, du moins comme

méthode. C’est pourquoi la pensée de Paul est d’une grande richesse et continue

aujourd’hui d’influencer de nombreux philosophes.

Cependant, il demeure que tout ce qu’affirme Paul découle directement du fait qu’il

reconnait que Jésus est le fils de Dieu. On peut donc supposer que selon que ce principe

soit reconnu ou non comme vrai, les idées qui en proviennent soient acceptées ou refusées. 

« INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS L’interprétation philosophique des épîtres pauliniennes Etude de l’influence de Paul sur la philosophie Marie Desprez Année universitaire 2020-2021 Devoir de validation du cours de M. Boulnois »

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