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Nietzsche et le concept de la feuille !

Publié le 22/04/2005

Extrait du document

nietzsche
Pensons encore en particulier à la formation des concepts. Tout mot devient immédiatement concept par le fait qu'il ne doit pas servir justement pour l'expérience originale, unique, absolument individualisée, à laquelle il doit sa naissance, c'est à dire comme souvenir, mais qu'il doit servir en même temps pour des expériences innombrables, plus ou moins analogues, c'est à dire à strictement parler, jamais identiques et ne doit donc servir qu'à des cas différents. Tout concept naît de l'identification du non-identique. Aussi certainement qu'une feuille n'est jamais tout à fait identique à une autre, aussi certainement le concept feuille a été formé grâce à l'abandon délibéré de ces différences individuelles, grâce à l'oubli de ces caractéristiques, et il éveille alors la représentation, comme s'il y avait dans la nature, en dehors des feuilles, quelque chose qui serait "la feuille", une sorte de forme originelle selon laquelle toutes les feuilles seraient tissées, dessinées, cernées, colorées, crêpées, peintes, mais par des mains malhabiles au point qu'aucun exemplaire n'aurait été réussi correctement et sûrement comme la copie fidèle de la forme originelle. Nietzsche

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Conformément à la définition traditionnelle, Nietzsche explique dans cet extrait que le concept ne se rencontre pas dans l’expérience. Toutefois, par opposition à la tradition, Nietzsche ne voit pas dans le concept la synthèse formelle de ce qui est commun à des faits d’expérience.

La thèse de l’extrait peut en effet s’exprimer ainsi : le concept est une identification, une représentation qui trahit et dévalorise une réalité faite d’individualités toujours différentes, toujours singulières.

 

Pour exprimer cette thèse, l’extrait se découpe en deux parties : dans la première, qui va jusqu’à : « …servir qu’à des cas différents «,  Nietzsche parle de l’utilisation des concepts.

Puis jusqu’à la fin du texte, Nietzsche explique comment se forme un concept, et en vient à montrer que, en comparaison du concept, on en arrive à déprécier injustement les différences individuelles.

 

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« une marque sur une expérience originale. Or comment, à partir de là, le mot devient-il concept ? Il devient concept parce qu'à cette fonction s'associe« en même temps » celle de « servir en même temps à des expériences innombrables ». Ces nouvelles expériences auxquelles sert le mot se caractérisent à la fois par une analogie et une différencepar rapport à l'expérience originale. Nietzsche assimile même « l'analogie » davantage à la non-identité qu'à lasimilitude. L'analogie est par définition une identité de rapport. (Le museau est à l'animal ce que le nez est à l'homme : ils'agit d'un rapport analogue) En quel sens ici les expériences nouvelles peuvent-elles être « plus ou moinsanalogues » à la première ? Peut-être l'analogie permet-elle d'insister davantage sur la rapport que le motentretient avec les expériences, plutôt que sur la ressemblance entre les expériences elle-mêmes. Ce ne sontpas les choses dénommées qui se ressemblent, mais les actes de nomination qui sont analogues. L'analogieporte sur ce à quoi le mot va « servir », non pas sur les choses nommées elles-mêmes. D'ailleurs le mot « expérience » montre qu'il ne s'agit pas des individualités observées elle-mêmes, mais plutôtdes observations. Si les expériences sont analogues, c'est selon Nietzsche qu'elles ne sont donc « jamais identiques ». Laformation du concept tient donc à la fonction de caractériser des « cas » toujours différents. Et c'est donc le mot qui permet ce passage d'une expérience originale à toutes les expériences qui lui sontanalogues. Grâce à la nomination, un même mot peut « servir » à des expériences différentes : la naissance duconcept est ainsi solidaire de sa fonction. Mais en ne faisant pas cas des différences entre les expériences, les mot couvre celles-ci, et trahit lasingularité qui caractérise la nature – ce que Nietzsche va expliquer dans la deuxième partie. « Tout concept naît de l'identification du non-identique ». Cette phrase est le fondement de la thèse del'extrait. C'est la conséquence de ce qui est expliqué en première partie. Le terme « identification » a deux sens qu'on peut distinguer, et qu'il faut articuler. « Identifier », c'est à la fois« reconnaître » et « rendre identique ». Ici, sous un concept, une expérience est « reconnue » identique àl'expérience originale, au sens par exemple où on identifie un coupable. Et en même temps, le concept identifie,c'est-à-dire « fait comme si étaient identiques », ou même « rend identiques », les « expériencesinnombrables » qu'il caractérise. Le concept identifie des expériences différentes, c'est-à-dire qu'il fait comme si ces expériences étaientidentiques. Mais ce qui est ainsi identifié, c'est du « non-identique », ce sont des expériences toujours singulières etspécifiques. Cette thèse est forte, car elle renverse la façon traditionnelle de caractériser ce qu'est unconcept. Alors que peut voir dans le concept la réunion de ce qui justement est identique, ou commun, sousles différences particulières, Nietzsche voit dans le concept la trahison, il dit plus loin « l'oubli », de ce qui estdifférent, pour faire « comme si » il s'agissait de choses identiques. En d'autres termes, alors que la définition traditionnelle du concept pourrait s'exprimer ainsi : « tout conceptnaît de l'identification de l'identique », Nietzsche lui pense le contraire. Effectivement on ne rencontrera jamais deux feuilles identiques dans la nature – personne n'a jamais dit lecontraire. Pour autant, on a pu, et c'est ce que stigmatise Nietzsche, « abandonner » ces différencesindividuelles, pour faire que le concept de feuille convienne à des choses différentes. En effet l'abandon est« délibéré », puisque encore une fois, on le ne fait pas sans savoir que toutes les feuilles sont différentes. Nietzsche insiste en parlant même de « l'oubli » des caractéristiques individuelles. Ce mot, qui contredit, àpremière vue, l'action d'abandonner « délibérément », montre en fait qu'il a fallu absolument écarter ce qui estcaractéristique de la réalité des expériences, pour parvenir à la formation d'un concept. Sous-entendu, leconcept n'aurait pas pu se former si on avait effectivement tenu compte des différences singulières. C'est ence sens qu'il a donc fallu les « oublier » : il a fallu faire comme si elle n'étaient pas là – ce qui est cette foiscompatible avec l'abandon délibéré. Quelle est la conséquence de tout cela ? Nietzsche apporte à la fin de l'extrait une nouvelle idée, décisive, conséquente à la formation du concept. Le concept « éveille alors une représentation ». Avec le concept, on en vient à faire « comme si » lareprésentation oublieuse qu'est le concept existait effectivement (pas forcément réellement, mais au moinsidéalement). C'est cela « la » feuille. A partir de l'expérience originale d'« une » feuille, le mot va qualifier »

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