Peut on ne pas être soi-même ?
Publié le 11/02/2026
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«
Victor Theret TG01
Peut-on ne pas être soi-même ? (V2)
Il est fréquent d’entendre dire d’une personne qu’elle «
n’est pas elle-même » après un comportement surprenant ou
choquant qu’elle a eu.
Cette expression laisse entendre qu’il
serait possible de se perdre soi-même, de ne plus être fidèle à
ce que l’on est réellement.
Au premier abord, cette idée paraît
crédible, car il arrive que l’on agisse contre ses valeurs ou que
l’on ne se reconnaisse pas dans ses propres actes.
Cependant,
cette affirmation pose problème.
Peut-on réellement ne pas
être soi-même alors que l’on reste toujours le même individu,
conscient de ses actions ? Même lorsque l’on joue un rôle ou
que l’on agit sous l’influence d’une situation particulière, n’estce pas toujours nous qui agissons ? Il semble donc y avoir une
contradiction entre l’idée de se perdre soi-même et celle d’une
identité qui demeure.
On peut alors s’interroger sur le sens de
l’identité personnelle : peut-on vraiment cesser d’être soimême, ou est-ce seulement temporaire ? Pour répondre à cette
question, nous verrons d’abord en quel sens on peut ne pas
être soi-même, puis pourquoi il est difficile d’échapper à sa
véritable nature, avant de nous demander comment devenir
pleinement soi-même.
Tout d’abord, pour Blaise Pascal, « le moi est haïssable »
Pensées.
Cela signifie que l’être humain est un être haïssable et
égoïste puisqu’il se préfère aux autres et voudrait constamment
être le centre de l’attention.
Le « moi » est donc aussi difficile à
supporter pour soi-même, c’est pour cela que l’Homme a
beaucoup de mal à rester seul avec lui-même, car réfléchir à sa
condition le confronte à sa finitude, à l’ennui et à l’angoisse de
son sort.
Afin d’éviter cette lucidité de penser à soi, il cherche
sans cesse à se détourner de lui-même, par des occupations
extérieures.
Pascal nomme ce phénomène le « divertissement »
qui apparait comme péjoratif car ce n’est pas seulement un
loisir, mais une véritable fuite de soi.
On retrouve cela encore
plus à notre époque à cause de l’arrivée d’un tas de nouvelles
distractions tel que les jeux vidéo ou les réseaux sociaux.
Ainsi,
en se plongeant dans l’agitation, l’individu évite de se poser des
questions essentielles sur le sens de sa vie et sur ce qu’il est
réellement.
Il cesse alors d’être pleinement lui-même, puisqu’il
refuse toute introspection et toute prise de conscience : c’est
une forme de déni.
De plus, Selon Sartre, l’homme est fondamentalement
libre : il n’est pas déterminé à être ceci ou cela, mais se définit
par ses choix.
Cependant, cette liberté est angoissante, car elle
implique une responsabilité totale.
Pour échapper à cette
angoisse, l’individu peut adopter une attitude que Sartre
nomme « mauvaise foi », qui consiste à se mentir à soi-même
en niant sa liberté.
Dans la mauvaise foi, l’individu se réduit à
un rôle social ou à une situation, comme s’il n’était rien d’autre.
Il agit alors comme s’il était entièrement déterminé par ce rôle,
refusant de reconnaître qu’il pourrait toujours agir autrement.
On peut prendre comme exemple un employé qui affirme qu’il
n’a « pas le choix » d’agir d’une façon, alors qu’il pourrait très
bien refuser ou changer de situation : il se cache alors derrière
un masque social.
En agissant ainsi, il renonce à son
authenticité et n’est plus fidèle à ce qu’il est réellement à savoir
un être libre.
Ainsi, l’homme peut ne pas être lui-même en se
dissimulant sa liberté et en se réfugiant derrière des excuses ou
des normes sociales.
Il se cache à lui-même, ce qui l’éloigne de
son identité véritable.
Il est également possible de ne pas être soi-même par
choix personnel, et non par contrainte ou par ignorance.
En
effet, l’individu peut décider consciemment d’agir à l’encontre
de ses valeurs ou de sa personnalité afin d’atteindre un objectif
précis.
En adoptant un comportement qui ne correspond pas à
ce que l’on est réellement, l’individu met de côté son
authenticité pour s’adapter à une situation donnée.
Il choisit
alors de dissimuler ses véritables opinions ou traits de caractère
(en utilisant le mensonge par exemple), bien qu’il ait la
possibilité d’agir autrement.
Cette attitude montre que ne pas
être soi-même peut relever d’une décision consciente, motivée
par le désir de plaire, de réussir ou de créer un lien.
Cependant,
même si ce choix peut sembler efficace à court terme, il
implique une forme de renoncement à soi, puisque l’individu
agit en contradiction avec ce qu’il pense ou ressent réellement.
De plus, cette malhonnêteté est néfaste puisqu’elle engendre
chez son auteur une perte de sens dans ses actions ainsi
qu’une remise en question de ses relations avec autrui car elles
peuvent s’avérer en réalité comme « fausses ».
Il y a donc bien
ici une manière de ne pas être soi-même, non par ignorance,
mais par choix.
Il est donc possible de ne pas être soi-même car l’Homme
peut refuser de penser à son identité et de l’assumer en
préférant se divertir.
Il peut également se cacher derrière un
statut social pour ne pas à avoir à agir de certaines façons ou
alors il peut simplement choisir de mentir sur ses valeurs et de
perdre son éthique pour atteindre un but précis.
Mais si l’on
considère que l’on peut ne pas être soi-même, c’est que l’on
peut d’abord l’être.
Dans Première Méditation, Descartes dit « j’ai reçu
quantité de fausses opinions pour véritables ».
Il accepte ici
que certaines des opinions que nous pensions vraies se sont
révélées fausses, créant ainsi un sentiment de doute.
Ce doute
nous permet de remettre certains concepts en question pour
avoir ai si une pensée claire et objective de ce que l’on croit ou
non.
Donc tant qu’on doute, on pense, et tant qu’on pense, on
existe : d’où les célèbres phrases de Descartes « Je pense donc
je suis » et « Je suis, j’existe, toutes les fois que je pense ».
Ainsi, le cogito montre que l’homme ne peut pas ne pas être
lui-même sur le plan de l’existence et de la pensée.
Même
lorsqu’il se trompe, qu’il doute ou qu’il remet tout en question,
il demeure toujours un « moi » qui pense.
Il est donc
impossible d’échapper totalement à soi-même, puisque toute
expérience, y compris le doute, suppose l’existence d’un sujet
conscient.
Par conséquent, chez Descartes, le sujet ne peut
exister sans penser, ce qui rend impossible le fait de ne pas
être soi-même.
Par ailleurs, selon John Locke, il est impossible de ne pas
être soi-même car c’est la conscience qui fait l’identité
personnelle.
Il dit dans Essai sur l’entendement humains que la
personne est « une chose pensante » et qu’être soi, c’est être
conscient de ce que l’on pense ou de ce que l’on fait.
Il dit aussi
que « il est impossible à quelqu’un de percevoir sans percevoir
aussi qu’il perçoit ».
Toute perception implique donc la
conscience de soi-même.
Tant que je suis conscient de moi, je
sais que c’est moi qui agis ou ressens, et je ne peux donc
cesser d’être moi-même car je me reconnais comme le même
sujet à travers mes actions et mes pensées.
Par conséquent,
même si l’individu change au cours du temps, il ne cesse....
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