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Pourquoi sommes nous sensibles à la beauté?

Publié le 24/06/2005

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Pour Platon, une chose est d'autant plus belle qu'elle est davantage conforme aux caractéristiques de l'Idée du beau. La première et la plus essentielle est l'identité à soi. L'Idée est toujours égale à elle-même et s'impose en tout temps et en tout lieu. D'où, la critique, par exemple dans le Sophiste, de la statue du temple d'Athéna qui n'est pas ce qu'elle paraît. *Le point de vue de Platon est celui du philosophe. La modernité s'est habituée à considérer celui de l'humanité. En comparant ces deux approches, on réalise que nous ne hiérarchisons plus la sensibilité en fonction de son degré de proximité avec une idée du beau, mais nous admettons une commune sensibilité émue par des objets et des oeuvres différents. L'homme moderne en conclut à la relativité du beau. Ce qu'un individu juge beau ici, à cet instant ne correspond pas  au jugement d'un homme ailleurs ou d'une époque différente. Si je suis admiratif de la peinture de Picasso, mon meilleur ami peut n'y voir qu'un bricolage sans intérêt.

 

Tout homme parait être sensible a la beauté: cela signifie-t-il qu'il s'agit, dans tous les cas, de la même beauté, et que la satisfaction de chacun est de la même nature? Quelle que soit la diversité constatée, l'universalité peut faire question: pourquoi les êtres humains sont-ils tous sensibles a ce qu'ils nomment la beauté? Quelle satisfaction peut-elle leur apporter? Se manifestant d'abord par les sens, la beauté ne s'adresse-t-elle qu'a ceux-ci, ou bien concerne-t-elle l'esprit? Si tel est le cas, à quel domaine spirituel vient-elle faire, plus ou moins directement, écho, de façon à nous satisfaire?

 

« * Si, contrairement à Platon, nous pensons que la sensibilité à la beauté s'épanouit au contact des œuvres d'art,force est d'admettre des divergences quant aux raisons justifiant notre sensibilité.

Pour Platon, une chose estd'autant plus belle qu'elle est davantage conforme aux caractéristiques de l'Idée du beau.

La première et la plusessentielle est l'identité à soi.

L'Idée est toujours égale à elle-même et s'impose en tout temps et en tout lieu.

D'où,la critique, par exemple dans le Sophiste , de la statue du temple d'Athéna qui n'est pas ce qu'elle paraît. * Le point de vue de Platon est celui du philosophe.

La modernité s'est habituée à considérer celui de l'humanité.

Encomparant ces deux approches, on réalise que nous ne hiérarchisons plus la sensibilité en fonction de son degré deproximité avec une idée du beau, mais nous admettons une commune sensibilité émue par des objets et des œuvresdifférents.

L'homme moderne en conclut à la relativité du beau.

Ce qu'un individu juge beau ici, à cet instant necorrespond pas au jugement d'un homme ailleurs ou d'une époque différente.

Si je suis admiratif de la peinture dePicasso, mon meilleur ami peut n'y voir qu'un bricolage sans intérêt.

Les tatouages en Polynésie ou en Amazoniesont des distinctions esthétiques reconnues, alors que dans nos pays cette pratique est généralement perçuecomme le signe d'un caractère rebelle.

Les robes et les chapeaux féminins de la belle époque font sourires lesfemmes actuelles.

* Si des hommes éprouvent le sentiment du beau pour des objets et des œuvres très différents, cela est dû àl'éducation de leur sensibilité par la culture.

Le climat, les mœurs, les techniques, le tempérament influencent laproduction et la sensibilité au beau.

Mais si la culture éduque la sensibilité, elle peut également la contraindre etfinalement rendre insensible.

Evoquons la critique par Zola de l'œuvre de Cézanne qualifié « d'artiste raté ».

Cejugement était la conséquence de l'idéologie que Zola avait de l'art.

Il devait être une fenêtre transparente sur leréel, ce qui condamnait la perspective sans académisme et les contours peu lisses des objets peints par Cézanne.

* La culture est donc dans un rapport contradictoire à la sensibilité au beau.

Puisqu'elle l'éduque et l'enferme, celasignifie que les raisons de notre sensibilité au beau ne peuvent s'y réduire.

Pour quelles raisons, hors de notreculture particulière, sommes-nous sensibles à la beauté ? 3-Nous sommes sensibles à la beauté parce que nous sentons à travers une œuvre singulière l'expressionde l'universel.

* Si la culture éduque notre sensibilité au beau par la transmission d'œuvres, elle la limite quand elle absolutise descodes esthétiques extraits de certaines œuvres.

Or ce qui initie notre sensibilité à la beauté, c'est l'élémentd'originalité contenu dans une œuvre.

Sans cet élément nous sommes en face de ce que Baudelaire appelle un« beau banal ».

( Exposition universelle , dans Ecrits sur l'art ).

Contrairement à ce « beau banal », la vraie beauté est « toujours bizarre ».

Cette bizarrerie « constitue et définit l'individualité » d'une œuvre.

C'est par elle qu'elle estsingulière et se distingue de tout ce qui a été crée.

Si l'on prend le terme au sens large, l'opinion de BAUDELAIRE apparaît beaucoup plus soutenable et beaucoup plusprofonde.

Le beau équilibré est l'aboutissant des recherches de « l'âge expérimental ».

Or, à cette période de « l'âgeexpérimental », on constate des tâtonnements qui sont encore loin de la rectitude classique et qui souvent frisentle bizarre.

C'est ainsi, comme le remarque H.

FOCILLON, que, dans l'art musulman dont les combinaisonsgéométriques semblent cependant « engendrées par un raisonnement mathématique », « une sorte de fièvre presseet multiplie les figures; un étrange génie de complication enchevêtre, replie, décompose et recompose leurlabyrinthe ».

De même, dans la sculpture romane, « la forme abstraite sert de tige et de support à une imagechimérique de la vie animale et de la vie humaine, où le monstre, toujours enchaîné à une définition architecturale etornementale, renaît sans cesse sous des apparences inédites...

Il se dédouble, s'enlace autour de lui-même, sedévore » (Ouv.

cité, p.

12).

Même dans l'art le plus classique, il y a, nous dit le même auteur, une sorte de «sorcellerie manuelle qui ne saurait se comparer à rien d'autre ».

A plus forte raison, dans l'art baroque, les formesvivent pour elles-mêmes, « elles se répandent sans frein, elles prolifèrent comme un monstre végétal ».

Que dire desformes d'art ou de littérature comme le surréalisme, où se réalise « l'interpénétration du rêve, de la veille, de lapoésie et de la folie » (F.

ALQUIÉ)? Ici, ce n'est plus la perfection des formes; c'est l'évasion vers l'imaginaire,l'insolite, le fantastique, qui devient le but visé : le bizarre devient alors le domaine privilégié du beau.

* Peut-on interpréter cette « bizarrerie » autrement que comme « l'assaisonnement » particulier d'une œuvre, sasaveur local et individuelle sans devenir semblable à ce « professeur-juré » ou « tyran-mandarin » dénoncé parBaudelaire ? Il semble que l'on puisse penser, sans chercher à expliquer, la singularité d'une œuvre en la considérantcomme la manifestation d'un authentique processus de création.

Dans son processus de création, l'œuvre n'est pasl'imitation d'une réalité intérieure ou extérieure.

Les images initiales et les plans d'une œuvre ne suffisent pas àexpliquer la réalité manifestée d'une création.

Il y a toujours un écart entre l'intention initiale de l'artiste et l'œuvrecréée.

Lors du processus de création, l'artiste génial se livre à un dur travail d'enfantement au cours duquel ilexécute des règles techniques et s'en remet à un principe d'inspiration (les Muses, l'inconscient, un souffle divin) quisublime ces règles et leur exécution. * C'est la raison pour laquelle Kant soutient, dans la Critique de la faculté de juger , que le génie invente des règles au fur et à mesure de son œuvre.

Celles-ci sont aussi mystérieuses pour lui que pour le spectateur.

Pour Kant, la. »

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