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Tout maître est-il un ennemi ?

Publié le 27/02/2005

Extrait du document

Le maître est donc celui qui nous tire de notre condition égoïste d'ennemi de tous. 3)      La conscience de soi se forme dans la conscience d'autrui, c'est ce qui fait que l'homme est toujours dépendant d'autrui. On trouve cette idée d'une dialectique des consciences chez Hegel. Cette nécessaire dépendance à autrui est le fondement des relations humaines. La relation d'un enfant à ses parents est une relation de dépendance, en général, les parents n'utilisent pas cette dépendance pour devenir maîtres mais par  amour, ils « élèvent » leur enfant pour qu'il puisse se débrouiller dans la vie et devenir libre.   II : La relation au maître est par essence un asservissement.   1)      La relation au maître est toujours celle d'une dépendance vis-à-vis de lui. Le considérer complaisamment comme un ami, c'est aimer la servitude. 2)      Attendre d'autrui qu'il nous donne la liberté, c'est la même relation paradoxale que l'esclave et l'élève ont au maître. « La liberté est sans degrés ni parties » dit Sartre, par conséquent, on ne peut pas attendre que quelqu'un nous en donne le mode d'emploi.

Etre libre, c’est être maitre de son destin, dès lors, tout maitre qui s’interpose entre l’individu et la conquête de son destin est un ennemi. Pourtant, le maitre c’est aussi le professeur qui nous a appris à compter, lire, écrire…c'est-à-dire celui qui nous a donné la possibilité de devenir maitre de notre destin et d’accroitre notre liberté. Dans ce cas, le maitre est un ami qui aide l’individu à se « développer «.

L’éducation est ce qui permet à l’homme de s’affranchir de la nature en se hissant dans le règne spirituel de la culture. Dans ce sens, le maitre donne à l’élève sa liberté, il lui ouvre un horizon de possibilités à travers lequel celui-ci pourra choisir sa vie. Mais on voit en même temps que le fait que la liberté soit « donnée « par le maitre fait de l’élève un esclave qui dépend de la volonté du maitre. Dans ce sens s’il y a une libération par l’éducateur, elle est en même temps un asservissement à celui-ci. Le maitre semble être  un ennemi pour l’individu, c’est à dire pour l’homme libre et indépendant.

 

Problématique :

Le maitre peut être bon, mais en tant qu’il s’instaure toujours une relation de dépendance vis-à-vis de lui, n’est il pas un ennemi pour l’individu ?

« préjudice d'autrui ». Ce qui, dans l'ensemble, ne donne « qu'un tissu de folie, de vanité, souvent aussi deméchanceté puérile et de soif de destruction » (Idée d'une histoire universelle). Le tableau que dresse Kant estparticulièrement réaliste : ce qui fait agir l'homme, c'est l'ambition, le goût de la domination, l'appétit insatiable depossession. Tout cela le pousse « à se frayer une place parmi ses compagnons qu'il supporte de mauvais gré, maisdont il ne peut se passer ». A tel point que Kant en vient à penser que jamais une seule action morale, même si elleapparaît conforme au devoir, ait été faite par devoir :« Si nous appliquons notre attention à l'expérience de la conduite des hommes, nous nous trouvons en présence deplaintes continuelles [...] et légitimes, sur ce fait qu'il n'y a point d'exemples certains que l'on puisse rapporter del'intention d'agir par devoir, que mainte action peut être réalisée conformément à ce que le devoir ordonne, sansqu'il cesse pour cela d'être encore douteux qu'elle soit réalisée conformément à ce que le devoir ordonne »(Fondements de la métaphysique des moeurs, 2° section).Il y a chez l'homme, dit Kant dans La Religion dans les limites de la simple raison (1793), un réel penchant au mal,qui est un défaut d'observance des maximes morales, ou bien une tendance à mélanger dans toute action les motifsnormaux et immoraux, ou même une méchanceté native qui l'amène à adopter d'emblée de mauvaises maximes. Maisalors, à quoi sert que la nature ait mis en l'homme « des dispositions naturelles qui visent à l'usage de sa raison », sichaque homme ne cherche qu'à réaliser ses aspirations particulières ? A quoi cela sert-il, s'il faut « que chaquehomme jouisse d'une vie illimitée pour apprendre comment il doit faire un complet usage » de cette disposition à laraison ?C'est qu'à l'idée de l'homme isolé, il faut substituer l'idée de l'homme en société. D'où la « quatrième proposition » :« Le moyen dont la nature se sert pour mener à bien le développement de toutes ses dispositions est leurantagonisme au sein de la Société, pour autant que celui-ci est cependant en fin de compte la cause d'uneordonnance régulière de cette Société. »C'est là qu'apparaît l'idée du besoin d'un maître, qui vient «maîtriser» l'homme en tant qu'individu, lorsque l'homme viten société, parmi d'autres individus de son espèce. Chaque homme, pris séparément, parce qu'il est un êtreraisonnable, reconnaît la nécessité d'une loi universelle qui limite la liberté de tous. Mais en même temps, chaquehomme pris séparément, parce qu'il a une inclination animale à 'égoïsme, cherche à obtenir, dans toute la mesure dupossible , « un régime d'exception pour lui-même ». Autrement dit, il y a une contradiction invivable entre la volontégénérale (liée à une vision raisonnable) et les volontés particulières (marquées par l'égoïsme). D'où l'idée d'un maître« qui batte en brèche sa volonté particulière et la force à obéir à une volonté universellement valable, grâce àlaquelle chacun puisse être libre ». Sans cela, la vie en société ne serait qu'une guerre incessante entre les volontésparticulières, où chacun tenterait d'abuser autrui et où aucun, non plus, ne serait libre s'il renonçait à sa liberté pourse laisser mener par un autre. C'est le maître et le maître seul qui peut établir et maintenir la justice publiquepermettant aux hommes de se faire pleinement hommes et de devenir justes.Mais là, une question nouvelle surgit : où trouver ce maître ? Dans la tradition de la philosophie politique, on sait queHobbes suggérait que le maître (« le Prince ») ne signe pas le contrat social où chaque homme abdiquait sa libertépour trouver enfin la paix si précieuse, introuvable dans l'état de nature, où prévalait, selon lui, la guerregénéralisée. Kant, lui, fait l'économie de cette fiction d'un contrat social originel, de même qu'il récuse l'idée d'unmaître extérieur : « Mais où va-t-il trouver ce maître ? Nulle part ailleurs que dans l'espèce humaine.» Mais alorssurgit une « aporie », difficulté quasi insurmontable, car ce maître, choisi dans l'espèce humaine, ne saurait être lui-même qu'un animal « qui a besoin d'un maître »... Et ainsi de suite. Toute personne choisie pour maître à unmoment, que ce soit une « personne unique », ou que ce soit « une élite de personnes triées au sein d'une société», «abuse toujours de la liberté si elle n'a personne au-dessus d'elle pour imposer vis-à-vis d'elle-même l'autorité deslois ». La liberté en société ne peut se développer que dans la contrainte. Kant dénonce tout autant l'utopie d'un peuplesans maître (l'absence de lois, c'est le retour à la barbarie et donc la suppression de toutes les libertés) que ledespotisme, qu'il prenne la forme de l'arbitraire du pouvoir politique ou de la bienveillance paternelle. Il suffit, pourque le despotisme s'installe, que certains hommes s'arrogent une supériorité sur les autres et prétendent veiller surleurs intérêts, au lieu d'en laisser la charge aux seules lois. « J'avoue, dit Kant, que je ne puis me faire à ces façonsde parler dont se servent même des gens forts sages : "Tel peuple (en train d'élaborer sa liberté et ses lois) n'estpas mûr pour la liberté" ; "Les serfs de tel grand seigneur ne sont pas encore mûrs pour la liberté"... Mais dans cettehypothèse, la liberté n'arrivera jamais car on ne peut mûrir pour la liberté qu'à la condition préalable d'être placédans cette liberté. » Le gouvernement bienveillant, qui maintient le peuple dans un état de minorité, est, de tous lesdespotismes, le pire.S'il faut des lois pour qu'il y ait des hommes justes, il faut aussi des hommes justes pour promulguer des loisauxquelles ils se soumettent aussi. L'exercice du pouvoir ne transforme-t-il pas le meilleur des hommes en despote ?Rousseau s'écriait : « Il faudrait des dieux pour donner des lois aux hommes. » Freud, dans L'Avenir d'une illusion,dira à peu près la même chose que Kant : « On peut douter qu'il soit jamais possible, ou du moins déjà de nos jours,de prendre de telles dispositions (susceptibles d'influencer les hommes dans le sens du renoncement à la satisfactiondes instincts). On peut se demander d'où surgirait la légion de guides supérieurs, sûrs et désintéressés, devantservir d'éducateurs aux générations à venir... Mais on ne pourra contester le grandiose de ce plan ni son importancepour l'avenir de la civilisation humaine. »Si l'homme a donc besoin d'un maître, c'est parce qu'il est « courbe » par nature, et que, par conséquent, il ne serajamais droit. Les hommes ne peuvent que tendre vers la rectitude. Autrement dit, l'établissement d'une société civilejuste, permettant l'accord de la liberté de chacun avec celle de tous, est une tâche jamais achevée. Il y a, chezKant, une invitation à la vigilance des hommes en matière de politique, une leçon de démocratie. Le respect des loispar ceux qui gouvernent n'est, en effet, jamais assuré. D'où la nécessité de veiller à l'instauration de contre-pouvoirs, à l'indépendance de la justice, de la presse. Dans notre société, le Conseil d'Etat, la Cour européenne dejustice sont autant de recours possibles contre l'arbitraire du pouvoir. »

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