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La pudeur, écho du Jardin d'Eden (TFE, enseignement)

Publié le 02/04/2022

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1. Introduction Si l'on souhaite que l'action humaine soit en accord avec la vision chrétienne, il importe de se rappeler que ce qui est premier, c'est l'Amour de Dieu, et que l'éthique est toujours seconde. Pour le dire simplement, « tu es sauvé ; comporte-toi comme tel». L'essentiel porte donc sur l'être plutôt que sur le faire, celui-ci étant un reflet de celui-là. C'est à ce titre que la pudeur peut être révélatrice de ce que l'on est : par ce que l'on voile et ce que l'on dévoile. Comme le dit Jean-Paul II, si la vocation de chacun est de répondre à l'Amour de Dieu, le corps est l'expression de cette vocation. Nous allons voir comment la pudeur intervient dans ce but (répondre à l'Amour de Dieu) à partir de deux textes très différents, et c'est ce qui fait bien évidemment l'intérêt de les rassembler. Le premier, de Christophe-Géraldine Métral, retrace l'histoire du concept de pudeur depuis la Grèce antique jusqu'à la modernité. Soyons honnête : il n'est pas tendre avec l'Eglise ! Le second, aux accents clairement plus théologiques, complète cette histoire puisque par la plume d'Ines Pélissié du Rausas, c'est Jean-Paul II qui parle. Nous allons donc y découvrir le discours contemporain de l'Eglise sur le corps en général et sur la pudeur en particulier. Mais pourquoi vouloir parler de pudeur à des adolescents très probablement plus nourris d'images pornographiques que de théologie ? Premièrement, parce que « les données éthologiques montrent que le comportement sexuel a changé chez les hominidés et, que de manière similaire aux autres comportements, la sexualité est apprise1 » et que « les données ethnologiques montrent, s’il n’y a pas d’empêchement culturel, que la sexualité se développe dès l’enfance » 2 . Que, de plus, il est possible d' « agir sur le développement du sentiment de pudeur et d’intimité. Il ne semble pas exister de structures neurobiologiques spécifiques de la pudeur, et son développement apparaît fortement influencé par la culture » 3 . Deuxièmenent, parce qu'il m'apparaît plus ''confortable'' d'aborder ce sujet délicat ''par la bande'', plutôt que de le prendre frontalement en parlant par exemple du porno (qui ne laisse de place qu'à la condamnation) ou d'avortement ce qui conduirait inévitablement à une polarisation stéril du débat. Enfin, l'usage de la pudeur me semble être potentiellement très général. Scheler dans son traîté sur la pudeur en fait « une des fonctions les plus importantes de la constitution de la conscience morale ; indépendamment de tout règlement positif, ce sentiment forme une des racines de toute éthique » 4 . En somme, la pudeur pourrait être d'une certaine manière à l'impératif catégorique chrétien (l'amour du prochain) ce qu'est le devoir à l'impératif catégorique kantien. Il enjoint le chrétien à traiter son prochain « toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen ». 1Wunsch , S., L’éducation à la sexualité. Perspectives des données neuroscientifiques, ,Talence, 2017, p 55. 2 Ibidem. 3 Ibid. P 61. 4 Scheler, M. , La pudeur. Traduction par M. Dupuy, 1952 [compte-rendu], Revue des Sciences Religieuses , 1952, 26- 4 , p 417. 4 1. Résumés 1.1. De la chair, du sexe et du péché (Métral, C.-G., La pudeur ou l'être discret) Dans son ouvrage sur la pudeur, Métral consacre une partie à « l'être pudique-dans-le-monde ». Il se penche sur la manière dont nous entrons, en tant qu'être pudique, en relation avec les autres. Loin de la vision commune et frileuse de la pudeur, voici comment il en parle dans son introduction : « Combien de souplesse, de douceur incarnée, de sollicitude ingénieuse peut-on apercevoir dans la discrétion tenace de son cheminement. Pour elle, autrui est une présence dressée sur la route, une interrogation tantôt douloureuse et ironique, tantôt réconfortante et salvatrice, toujours énigmatique et déconcertante. Car l'autre est pour moi, le monde le plus dépaysant, le plus étranger, voire le plus irréel qu'il m'est donné de voir. Il est ce proche lointain, cet inconnu familier, cet inouï qui suspend ma parole, une « invitation au voyage » ! »5. Avant de plonger dans le parcours historique du concept de pudeur en occident à travers l'Antiquité, le Moyen-Âge et la Modernité, Métral fait une première observation : nulle part ailleurs qu'en Occident, pudeur et nudité n'ont été à ce point liées. C'est cette observation qu'il va tenter d'expliquer par une étude de sa genèse socio-historique et religieuse. Il s'intéressera en particulier à la perception du corps et de la chair « qui conditionnent notre pudeur moderne » 6 . a. Chez les Anciens Pour les Grecs, la nudité est conçue comme une victoire sur les préjugés plutôt que comme un état primitif. Elle serait une preuve de civilisation alors que la honte de son corps serait une preuve de barbarie. On retrouve d'ailleurs cette fierté du corps dans l'art. Ceci étant, les Grecs connaissent bien une forme de pudeur sacrée, mais celle-ci est liée à l'acte sexuel et non à la nudité, et cette pudeur « naît de la souillure, non de la honte ; on enfreint un tabou religieux, non une règle de morale » 7 . Dans la Grèce antique comme dans la France du XVIIe, il existe un pudeur sociale qui permet de distinguer l'homme libre de l'esclave, mais il existe aussi une « pudeur sexuée qui constituera la part le plus constante de l'héritage hellénistique » 8 . Les Romains, quant à eux, vont craindre (sur base d'arguments naturalistes) de dévoiler des parties physiques ou morales d'eux-mêmes. Il s'agit donc d'une pudeur fort sensible au decorum et à la bienséance. b. Un monde pécheur et coupable En débutant son étude de la pudeur dans le monde chrétien, Métral rappelle la définition qu'il a adoptée : « une forme de souci de soi et de l'autre » 9 . Dès lors, nous dit-il, nous ne pouvons faire l'économie d'une interrogation sur la conception occidentale de l'individu et du monde. Et il va audelà des critiques courantes faites à la morale chrétienne (mépris du corps et goût de la culpabilisation) pour voir dans la pudeur « l'expression d'une culture où un rapport à soi aussi ambigu qu'anxieux n'est pas tant un renoncement à la vie qu'un mode d'exister particulier » 10. Et d'ajouter que la pudeur comme peur, qu'elle soit salvatrice ou destructrice, est « créatrice d'être » 11 de sorte que la méfiance occidentale à l'égard du corps a abouti à un raffinement et une 

« Faculté de théologie La pudeur, écho du Jardin d'Eden et guide vers la Rédemption Auteur : Nicolas DEKEMEL Promoteur : Christine HAYOIS Année académique : 2018-2019 Certificat didactique de l’enseignement de la religion catholique 1 »

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