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Article de presse: Le président Vincent Auriol

Publié le 17/01/2022

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16 janvier 1947 - M. Vincent Auriol était né le 27 août 1884, à Revel (Haute-Garonne), où son père était boulanger. Après avoir fait son droit et soutenu sa thèse de doctorat à Toulouse, il s'inscrivit au barreau. Ayant adhéré, en 1905, au Parti socialiste, il fonda en 1909, avec Albert Bedouce, le journal Midi socialiste. Il fut l'ami de Jean Jaurès, comme il devait être celui de Léon Blum, ami d'une loyauté et d'une fidélité absolues. Elu le 10 mai 1914 député de la circonscription de Muret, il devait être ensuite constamment réélu et devenir en 1925 maire de Muret, puis en 1928 conseiller général. Secrétaire du groupe socialiste, Vincent Auriol se spécialisa, à la Chambre, dans les questions financières et économiques et devint membre de la commission des finances, qu'il présida de 1924 à 1926. Vint le Front populaire et le premier cabinet formé par Léon Blum en juin 1936 : M. Vincent Auriol y fut ministre des finances. Dans la situation critique qui était alors celle de l'économie française, les socialistes, hostiles à l'autarcie et acculés à la dévaluation, tentèrent de trouver une solution dans une organisation internationale des échanges. Vincent Auriol négocia et signa, le 25 septembre 1936, un accord monétaire avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, auxquels devaient se joindre la Belgique, les Pays-Bas et la Suisse, en vertu duquel les partenaires répudiaient les manipulations monétaires comme moyen de concurrence économique. En outre, Vincent Auriol fit voter deux lois : l'une réformait le statut de la Banque de France; l'autre, qui ne fixait pas directement la teneur en or du nouveau franc, allait donner naissance à ce qu'on appellerait le " franc flottant ". Après la chute du cabinet Blum, Vincent Auriol fut garde des Sceaux du cabinet Chautemps de 1937, puis, en 1938, dans le deuxième et éphémère cabinet Blum chargé de la coordination des services de la présidence du conseil. En juillet 1940, à Vichy, il fut l'un des " quatre-vingts " qui votèrent contre la délégation de pouvoirs au maréchal Pétain. Il devait être deux mois plus tard emprisonné à Pellevoisin, puis à Vals-les-Bains, avec Georges Mandel et Paul Reynaud, avant d'être, en raison de son état de santé, placé en résidence surveillée en avril 1941. Il prit le maquis en octobre 1942 et parvint, en octobre 1943, à gagner Londres, puis Alger. Il siégea, dès sa formation, à l'Assemblée consultative provisoire, dont il présida la commission des affaires étrangères après la Libération. Le 21 octobre 1945, il était élu, à la première Constituante, député de la Haute-Garonne, à la tête de la liste socialiste. Il présidait le groupe socialiste quand le général de Gaulle lui confia, le 21 novembre, les fonctions de ministre d'Etat chargé des rapports avec l'Assemblée. A ce titre, il intervint à plusieurs reprises à la tribune du Palais-Bourbon. C'est ainsi que, le 1er janvier 1946, il annonça aux députés que le général de Gaulle attachait la signification de la confiance au vote des crédits pour la défense nationale. Félix Gouin ayant quelques jours plus tard succédé au général de Gaulle comme président du gouvernement provisoire, Vincent Auriol fut élu, le 31 janvier, président de la première Constituante. Il devait présider également la seconde Constituante. Il dirigea avec autorité et compétence, mais aussi avec un grand souci d'impartialité et de conciliation, les délibérations que ces Assemblées consacrèrent à l'élaboration de deux Constitutions, dont la deuxième allait être adoptée par le suffrage universel, et en vertu de laquelle il allait devenir le premier président de la IVe République. Son élection par le Congrès réuni à Versailles, le 16 janvier 1947, fut suivie de la formation du cabinet Ramadier et marqua la fin de la période " provisoire ". Profondément républicain et respectueux de la séparation des pouvoirs, Vincent Auriol n'en estimait pas moins que la présidence n'était pas " une magistrature passive, silencieuse, de pure représentation ", qu'il ne devait pas être un " président personnel " mais pas davantage un " président soliveau ", qu'il avait à exercer une " magistrature morale " et à " défendre l'Etat, ses institutions, sa Constitution et en même temps les intérêts permanents de la France ". Peu perceptible au grand public, son influence n'en fut pas moins déterminante à plusieurs reprises. C'est ainsi qu'avec Paul Ramadier il décida le 4 mai 1947 de mettre fin aux fonctions des ministres communistes, qu'en octobre 1949 il refusa, parce que l'Assemblée nationale n'avait pas renversé le cabinet, la démission que H. Queuille lui offrait lors d'un conflit sur les problèmes sociaux; qu'il agit de même à l'égard de René Pleven en 1950 et de Queuille encore en 1951; qu'en juillet 1948, après la chute du cabinet Robert Schuman, il choisit, pour constituer le nouveau gouvernement, non pas un membre du Parti socialiste responsable de la crise, mais un radical, qu'en mai 1953, lors d'une autre crise ministérielle, il fit successivement remarquer à Guy Mollet et à Dietheim, président du groupe gaulliste de l'Assemblée, que " leurs deux oppositions conjuguées et jointes à une troisième rendaient absolument impossible le fonctionnement du régime parlementaire ", et que, par la suite, il invita les leaders politiques à " se faire réciproquement des concessions, comme il se doit dans une démocratie ". Un journal américain écrivit alors : " La France peut remercier le ciel d'avoir M. Vincent Auriol. " Il en fut de même, mais parfois de façon plus sensible, dans le domaine de la politique extérieure. C'est ainsi que le discours qu'il prononça en novembre 1951 à Donzère-Mondragon fit quelque bruit. N'y disait-il pas aux Etats-Unis qu'il est " plus facile de donner des leçons que des exemples " ? Ne les invitait-il pas à éviter d'agir à l'égard de l'Allemagne " comme si le vaincu devait bénéficier de toutes les attentions vigilantes sous prétexte qu'il reconquiert sa force, comme si l'agresseur méritait plus d'encouragements que la victime " ? Il se prononça, en outre, à plusieurs reprises contre le réarmement de l'Allemagne, tout en admettant le principe de l'entrée de celle-ci " parmi les peuples libres et pacifiques du monde ". Bien que favorable à l'organisation atlantique, il tenait un langage ferme et préconisait " des explications franches entre dirigeants et pays dont les intérêts peuvent paraître opposés ". Telle fut d'ailleurs son attitude quand il se rendit en visite officielle à Londres en mars 1950 et à Washington en mars 1951. Il devait révéler plus tard qu'il avait songé à donner sa démission plutôt que de ratifier le traité de la Communauté européenne de défense (CED). Décidé, dès son élection, à ne pas rester " cloîtré " à l'Elysée, Vincent Auriol parcourut trois mois plus tard l'Afrique noire. " Je viens, déclara-t-il, à Dakar, pour (...) matérialiser cette magistrature de la République (...) qui s'étend à toute l'Union française et à tous les territoires d'outre-mer ". Il était en effet le premier à être président de l'Union française et considérait ce mandat comme celui d'un surarbitre. A cet égard, sa tâche fut rendue particulièrement délicate par l'insurrection de Madagascar, l'intensification de la guerre au Vietnam, l'évolution de la situation en Tunisie et au Maroc. Son attitude, qui se justifiait par son devoir constitutionnel de sauvegarde de l'Union française, fut alors jugée trop conservatrice. Il n'alla en Algérie qu'une fois, en 1949, pour remettre la croix de guerre aux villes d'Alger et de Bône. Au cours de ses déplacements à travers la France, Vincent Auriol, dont la rondeur méridionale, la bonhomie et la simplicité plaisaient aux foules, concevait les discours qu'il leur adressait comme des " conversations avec le pays ", dans lesquelles, traitant le grand problème du moment, il exprimait les idées qui lui avaient toujours été chères et son souci primordial de maintenir l'Etat républicain. Quand, en janvier 1954, après avoir refusé un nouveau mandat présidentiel, il quitta l'Elysée, où lui succédait René Coty, son dernier message fut, après une allusion à ses efforts, pour " maintenir intactes l'autorité et la dignité de la magistrature suprême ", un dernier appel à la " grande réconciliation nationale ", qui " doit se faire dans le respect de la loi commune et sous l'autorité de l'Etat ", ainsi que " dans la justice sociale ", car " on ne peut pas (...) fonder la prospérité des uns sur la misère des autres, refuser au travail sa dignité et sa part légitime dans la production des richesses ". Il souhaitait aussi que " se réforment au plus tôt nos moeurs politiques et sociales autant que certaines institutions ". Pendant les années qui suivirent, Vincent Auriol, qui avait annoncé qu'il resterait " au-dessus des partis ", continua, de sa retraite de Muret, à suivre l'actualité. Lors des événements dramatiques de mai 1958, Vincent Auriol prit la responsabilité d'écrire, le 26, au général de Gaulle une lettre où il s'exprimait notamment en ces termes : " ...Si vous rompez toute solidarité avec ceux qui ont créé un mouvement séditieux, vous retrouverez la confiance de la nation tout entière (...). Il vous sera possible d'obtenir des hommes responsables de la République un accord rapide et un concours loyal pour réaliser avec pleins pouvoirs un programme limité dans un temps limité. La nation pourrait alors être appelée à se prononcer librement et souverainement sur la réforme constitutionnelle qu'exige l'intérêt supérieur de la démocratie (...). " La publication de cette lettre allait, en levant les scrupules de nombreux socialistes, faciliter grandement le retour du général de Gaulle au pouvoir. Nommé d'office et à vie, en vertu de la Constitution de la Ve République, membre du Conseil constitutionnel en sa qualité d'ancien président de la République, Vincent Auriol devait renoncer à son siège le 25 mai 1960. Dans la lettre qu'il adressa alors à Léon Noël, il motivait essentiellement cette décision par le fait que le Conseil n'avait été saisi ni des lois scolaires, ni du refus du général de Gaulle de convoquer le Parlement en session extraordinaire, ni de la procédure de révision concernant la structure de la Communauté. Il ajoutait : " Cette désinvolture à l'égard de la souveraineté nationale et de notre charte fondamentale oriente le régime constitutionnel de 1958 vers un système de pouvoir personnel et arbitraire en opposition avec les règles et principes essentiels de la démocratie. " Rupture avec le général de Gaulle. Rupture aussi avec la SFIO. Le 15 décembre 1958, l'ancien président de la République avait informé le secrétaire de la fédération de la Haute-Garonne que sa femme et lui ne renouvelleraient plus leurs cartes. " Depuis des années, lui avait-il écrit, nous ne reconnaissons plus ce qui fut le grand Parti socialiste (...). Je vois tout s'écrouler, alors qu'il faudrait rassembler, en une seule grande organisation vraiment socialiste, à l'idéal haut et à la doctrine claire adaptée au monde nouveau, tous les travailleurs aujourd'hui divisés (...). " Son dernier acte politique aura été d'engager ses concitoyens à soutenir M. François Mitterrand, malgré " une profonde estime et une vieille amitié envers le général de Gaulle ". ANDRE BALLET Le Monde du 2-3 janvier 1966

« sociaux; qu'il agit de même à l'égard de René Pleven en 1950 et de Queuille encore en 1951; qu'en juillet 1948, après la chute ducabinet Robert Schuman, il choisit, pour constituer le nouveau gouvernement, non pas un membre du Parti socialiste responsablede la crise, mais un radical, qu'en mai 1953, lors d'une autre crise ministérielle, il fit successivement remarquer à Guy Mollet et àDietheim, président du groupe gaulliste de l'Assemblée, que " leurs deux oppositions conjuguées et jointes à une troisièmerendaient absolument impossible le fonctionnement du régime parlementaire ", et que, par la suite, il invita les leaders politiques à" se faire réciproquement des concessions, comme il se doit dans une démocratie ".

Un journal américain écrivit alors : " LaFrance peut remercier le ciel d'avoir M.

Vincent Auriol.

" Il en fut de même, mais parfois de façon plus sensible, dans le domainede la politique extérieure.

C'est ainsi que le discours qu'il prononça en novembre 1951 à Donzère-Mondragon fit quelque bruit.N'y disait-il pas aux Etats-Unis qu'il est " plus facile de donner des leçons que des exemples " ? Ne les invitait-il pas à éviterd'agir à l'égard de l'Allemagne " comme si le vaincu devait bénéficier de toutes les attentions vigilantes sous prétexte qu'ilreconquiert sa force, comme si l'agresseur méritait plus d'encouragements que la victime " ? Il se prononça, en outre, à plusieurs reprises contre le réarmement de l'Allemagne, tout en admettant le principe de l'entrée decelle-ci " parmi les peuples libres et pacifiques du monde ". Bien que favorable à l'organisation atlantique, il tenait un langage ferme et préconisait " des explications franches entre dirigeantset pays dont les intérêts peuvent paraître opposés ".

Telle fut d'ailleurs son attitude quand il se rendit en visite officielle à Londresen mars 1950 et à Washington en mars 1951.

Il devait révéler plus tard qu'il avait songé à donner sa démission plutôt que deratifier le traité de la Communauté européenne de défense (CED). Décidé, dès son élection, à ne pas rester " cloîtré " à l'Elysée, Vincent Auriol parcourut trois mois plus tard l'Afrique noire.

" Jeviens, déclara-t-il, à Dakar, pour (...) matérialiser cette magistrature de la République (...) qui s'étend à toute l'Union française età tous les territoires d'outre-mer ". Il était en effet le premier à être président de l'Union française et considérait ce mandat comme celui d'un surarbitre.

A cetégard, sa tâche fut rendue particulièrement délicate par l'insurrection de Madagascar, l'intensification de la guerre au Vietnam,l'évolution de la situation en Tunisie et au Maroc.

Son attitude, qui se justifiait par son devoir constitutionnel de sauvegarde del'Union française, fut alors jugée trop conservatrice.

Il n'alla en Algérie qu'une fois, en 1949, pour remettre la croix de guerre auxvilles d'Alger et de Bône. Au cours de ses déplacements à travers la France, Vincent Auriol, dont la rondeur méridionale, la bonhomie et la simplicitéplaisaient aux foules, concevait les discours qu'il leur adressait comme des " conversations avec le pays ", dans lesquelles, traitantle grand problème du moment, il exprimait les idées qui lui avaient toujours été chères et son souci primordial de maintenir l'Etatrépublicain. Quand, en janvier 1954, après avoir refusé un nouveau mandat présidentiel, il quitta l'Elysée, où lui succédait René Coty, sondernier message fut, après une allusion à ses efforts, pour " maintenir intactes l'autorité et la dignité de la magistrature suprême ",un dernier appel à la " grande réconciliation nationale ", qui " doit se faire dans le respect de la loi commune et sous l'autorité del'Etat ", ainsi que " dans la justice sociale ", car " on ne peut pas (...) fonder la prospérité des uns sur la misère des autres, refuserau travail sa dignité et sa part légitime dans la production des richesses ".

Il souhaitait aussi que " se réforment au plus tôt nosmoeurs politiques et sociales autant que certaines institutions ". Pendant les années qui suivirent, Vincent Auriol, qui avait annoncé qu'il resterait " au-dessus des partis ", continua, de sa retraitede Muret, à suivre l'actualité. Lors des événements dramatiques de mai 1958, Vincent Auriol prit la responsabilité d'écrire, le 26, au général de Gaulle unelettre où il s'exprimait notamment en ces termes : " ...Si vous rompez toute solidarité avec ceux qui ont créé un mouvementséditieux, vous retrouverez la confiance de la nation tout entière (...).

Il vous sera possible d'obtenir des hommes responsables dela République un accord rapide et un concours loyal pour réaliser avec pleins pouvoirs un programme limité dans un temps limité.La nation pourrait alors être appelée à se prononcer librement et souverainement sur la réforme constitutionnelle qu'exige l'intérêtsupérieur de la démocratie (...).

" La publication de cette lettre allait, en levant les scrupules de nombreux socialistes, facilitergrandement le retour du général de Gaulle au pouvoir. Nommé d'office et à vie, en vertu de la Constitution de la V e République, membre du Conseil constitutionnel en sa qualité d'ancien président de la République, Vincent Auriol devait renoncer à son siège le 25 mai 1960.

Dans la lettre qu'il adressa alorsà Léon Noël, il motivait essentiellement cette décision par le fait que le Conseil n'avait été saisi ni des lois scolaires, ni du refus dugénéral de Gaulle de convoquer le Parlement en session extraordinaire, ni de la procédure de révision concernant la structure de. »

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