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Grande Armée

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1   PRÉSENTATION

Grande Armée, nom porté par la masse principale des troupes françaises placée sous le commandement effectif de Napoléon Ier.

La Grande Armée a immédiatement été un objet de légende, noire — celle de « l’anti-Napoléon « — ou dorée, magnifiée par le chansonnier Pierre Jean de Béranger dès la Restauration, puis par la littérature républicaine, de Victor Hugo — la Légende des siècles, les Misérables — à Erckmann-Chatrian — Histoire d’un conscrit de 1813.

2   LE SYMBOLE LÉGENDAIRE DE LA PUISSANCE NAPOLÉONIENNE

Symbole du Premier Empire, inspirée des légions de Jules César et de la phalange d’Alexandre le Grand, la Grande Armée est officiellement constituée le 16 août 1805, lorsque Napoléon vient remettre à ses troupes les aigles impériales au camp de Boulogne.

Le prestige de la Grande Armée est l’objet constant des soins de l’empereur qui distribue personnellement décorations et récompenses aux soldats méritants (la fameuse « oreille «). Dans le cadre d’une hiérarchie complexe, les officiers sont dotés d’uniformes chamarrés qui traduisent à la fois leur mérite et la bienveillance impériale. Quant aux troupes d’élites (hussards, grognards, garde impériale), elles se distinguent au cours des différents combats et contribuent à l’affirmation de leur propre légende comme à celle de Napoléon.

3   UNE ARMÉE COSMOPOLITE

Entre 1805 et 1815, la Grande Armée compte entre 250 000 et 650 000 hommes — le maximum étant atteint entre 1806 et 1808. Il s’agit d’une armée de conscription, levée annuellement selon les besoins énoncés par l’état-major. En cela, elle symbolise la nation en armes, atout psychologique considérable contre des armées demeurées d’« ancien régime « placées sous les ordres d’officiers qui achètent leurs grades ou leurs régiments.

Les chargés de famille, les chefs d’entreprise, les séminaristes — autant de catégories que le pouvoir impérial souhaite préserver de la guerre — bénéficient de dispenses ; la pratique du remplacement permet aux jeunes gens fortunés, mais conscrits, de se faire remplacer par un volontaire pauvre, moyennant une indemnité.

Dès 1805 cependant, cette armée est, pour plus de la moitié de ses effectifs, constituée d’étrangers prélevés dans les pays soumis ou recrutés dans les pays alliés de l’empire.

4   LA MAUVAISE RÉPUTATION

Armée prestigieuse, la Grande Armée n’en traîne pas moins une réputation sulfureuse. Durant les différentes campagnes napoléoniennes, les troupes placées en avant des cantonnements pratiquent bien souvent la maraude, ternissant lourdement l’image de l’armée tout entière.

En outre, l’armée est associée à une administration extrêmement complexe et riche de 6 000 employés que dirige le comte Daru. Néanmoins, l’intendance ne suit pas toujours, malgré la répartition des tâches en fonction des compétences différentes des territoires soumis. Ainsi, à Eylau, les soldats combattent le ventre creux. Les lignes d’approvisionnement, souci constant de l’intendant général Daru, sont mal organisées et notamment coupées par la guérilla russe, ce qui entraîne la Grande Armée dans la catastrophique retraite de 1812 (voir campagne de Russie).

Parallèlement, les services hospitaliers sont insuffisants et de nombreuses troupes sont décimées par la malaria, le typhus et le choléra. Les efforts de quelques chirurgiens et médecins de campagne, comme Dominique-Jean Larrey ou Pierre-François Percy, sont dérisoires face aux besoins de cette immense armée.

5   LE CULTE DU CHEF ET DE LA STRATÉGIE

Sur le plan stratégique, la Grande Armée doit largement sa formidable aventure, face à l’Europe coalisée, aux compétences personnelles de Napoléon, dont l’esprit de synthèse lui permet de déplacer des dizaines de troupes selon une logique continentale (voir guerres napoléoniennes). Le dévouement au chef est d’ailleurs le ciment commun des régiments de la Grande Armée.

Lors de la bataille, les régiments sont confiés à l’initiative de leurs chefs respectifs, dont l’esprit de corps et l’intelligence tactique permettent la coordination des actions qu’assure l’empereur ou l’un de ses maréchaux. Ces chefs, issus du rang dans les guerres révolutionnaires, sont entretenus dans un culte impérial qu’alimentent de somptueuses largesses, sous forme d’anoblissements, de dons territoriaux importants ou d’émoluments qui dépassent les 800 000 francs de rente annuelle — comme dans le cas du maréchal Ney en 1813. Le prestige dont ils jouissent tient également à leur efficacité sur le terrain, en particulier lors des fameuses manœuvres de contournement typiques de la tactique napoléonienne.

Les hommes de troupe doivent pour leur part être en mesure de tout faire pour l’empereur. L’invraisemblable courage déployé par les grognards fait l’objet d’innombrables glorifications qui redorent la légende et expliquent aussi la redoutable efficacité des armées napoléoniennes.

La Grande Armée est sans doute l’instrument de conquête le plus efficace que le monde ait connu jusqu’en 1939 : « On a trouvé rarement, disait Napoléon, tant de baïonnettes réunies «. Portant l’Empire français aux limites de l’Europe, elle est vaincue par la coalition de l’asphyxie économique, de l’alliance des ennemis et des soulèvements des peuples vaincus, dont l’occupation française a stimulé le nationalisme. Il n’en reste pas moins qu’elle a dominé sans encombre l’Europe entière durant toute la première décennie du xixe siècle.

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