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Guerre mondiale, Seconde

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1   PRÉSENTATION

Guerre mondiale, Seconde, conflit militaire mondial qui se déroula de 1939 à 1945 et fut la guerre la plus dévastatrice de l’histoire en termes de vies humaines et de destructions matérielles.

Elle éclata en 1939 sous la forme d’un conflit européen opposant principalement l’Allemagne à la coalition franco-britannique, mais se généralisa bientôt, impliquant presque toutes les nations du globe. Quand la guerre s’acheva, en 1945, le monde, doté d’un équilibre nouveau, était dominé par les États-Unis et par l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS).

Plus encore que les conflits précédents, la Seconde Guerre mondiale impliqua la mobilisation de la totalité des ressources humaines et économiques des nations engagées, le mépris de la distinction entre soldats et civils, et l’extension du champ de bataille à l’ensemble du territoire ennemi. Elle fut caractérisée par des atrocités sans précédent contre les populations civiles et, surtout, par le génocide auquel se livrèrent les nazis, en pratiquant la déportation et l’élimination systématique des Juifs, des Tsiganes et des Slaves dans des camps de concentration. La victoire fut déterminée par les capacités de mobilisation humaine et industrielle des forces de la Grande Alliance.

Dans la dernière phase de la guerre apparurent deux armes totalement nouvelles : la fusée à longue portée et la bombe atomique. Toutefois, dans l’ensemble, l’armement utilisé dans ce conflit fut du même type que celui de la Première Guerre mondiale, mais largement modernisé. Les principales innovations portèrent sur les avions et les chars d’assaut.

2   LES ORIGINES DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE
2.1   Les héritages de la Première Guerre mondiale

À la conférence de la Paix réunie à Paris, de janvier à mai 1919, le « conseil des quatre « (France, Royaume-Uni, Italie et États-Unis) avait imposé la volonté des vainqueurs aux vaincus, respectant peu les principes annoncés dans les Quatorze Points du président Thomas Wilson. Ainsi, les rancœurs furent nombreuses et alimentèrent les problèmes des relations internationales de l’entre-deux-guerres. L’Allemagne, considérée comme responsable du conflit, était non seulement amputée territorialement, mais aussi désarmée et, surtout, soumise au paiement, pour des décennies, d’énormes réparations. Elle jugea que le traité de Versailles qui lui était imposé était un diktat inadmissible.

L’Europe centrale et orientale se retrouvait morcelée : la disparition de l’Autriche-Hongrie se traduisant par la création de nombreux petits États souvent très fragiles, mécontents de frontières qui ne tenaient que fort peu compte des problèmes de nationalités — autant de germes potentiels pour de nouveaux conflits. Les vainqueurs s’étaient surtout préoccupés de construire « un cordon sanitaire « contre l’extension de l’idéologie révolutionnaire hors de l’URSS. L’Italie, bien que victorieuse, était elle aussi mécontente de son sort, estimant la victoire « mutilée «, car ses revendications territoriales en Dalmatie et en Albanie n’étaient pas satisfaites. Le Japon jugeait très insuffisantes ses acquisitions en Asie.

La France, le Royaume-Uni et les États-Unis avaient plus ou moins atteint leurs objectifs de guerre ; ils avaient anéanti l’arsenal militaire allemand, réorganisé l’Europe et, en 1920, institué la Société des Nations (SDN), dont l’objectif était de garantir la sécurité et la paix. Cependant, très vite, leurs politiques divergèrent. La France, dirigée par Georges Clemenceau, n’avait pas obtenu les garanties qu’elle demandait contre l’Allemagne ; elle se heurta au Royaume-Uni, qui, avec Lloyd George, prônait une politique plus modérée à l’égard des vaincus. Les États-Unis, quant à eux, étaient retournés dès 1919 à leur politique isolationniste traditionnelle ; le Sénat, désavouant Wilson, refusa de ratifier les traités.

2.2   L'échec des efforts de paix

Si les années vingt apparurent comme une période marquée par la volonté de bâtir une paix stable, la situation changea radicalement avec les effets de la grande crise et la montée des fascismes. La création, en 1920, à Genève, de la SDN répondait à un idéal généreux et soulevait un grand espoir : elle devait garantir la paix par la sécurité collective. Elle ouvrait une tribune internationale à tous les pays adhérents (mais seuls les vainqueurs ou les pays restés neutres pendant le conflit pouvaient y adhérer). Les pouvoirs de la SDN restaient toutefois limités à ses capacités de persuasion ; en cas de difficultés, elle ne pouvait prendre, contre un État récalcitrant ou qui contrevenait aux principes de l’organisation, que des décisions de sanctions morales ou économiques — ses membres étant libres de les appliquer ou non. En outre, les États-Unis, n’ayant pas ratifié le traité de Versailles, n’adhérèrent pas non plus à la SDN, limitant ainsi son action. D’autres indicateurs éclairent sur l’esprit pacifique des années vingt. Lors de la conférence de Washington, en février 1922, les principales puissances navales (États-Unis, Royaume-Uni, France, Japon, Italie) décidèrent d’un commun accord de limiter leur flotte selon un ratio déterminé. Les accords de Locarno, issus de la conférence du même nom (du 5 au 16 octobre 1925) illustrèrent la courte période de réconciliation franco-allemande, sous l’égide des deux ministres des Affaires étrangères, Aristide Briand et Gustav Stresemann ; ils furent accompagnés par leurs homologues britannique (Joseph Chamberlain) et belge (Émile Vandervelde), ainsi que par Benito Mussolini, chef du gouvernement italien. Les accords signés garantissaient les frontières européennes, en particulier celles de la France et de la Belgique avec l’Allemagne. En 1926, la France, rassurée, accepta l’admission de l’Allemagne à la SDN. Autre symbole du pacifisme à son apogée : le pacte Briand-Kellogg (des noms du secrétaire d’État américain et du ministre français des Affaires étrangères), signé à Paris le 27 août 1928 par une soixantaine d’États, était un pacte de « renonciation générale à la guerre « dont les signataires s’engageaient à résoudre tous les conflits « de manière pacifique «.

2.3   La montée des fascismes et l'établissement des dictatures totalitaires

Au sortir de la Première Guerre mondiale, les problèmes liés à l’application des traités ainsi que les difficultés économiques et sociales auxquelles furent confrontés les gouvernements les fragilisèrent rapidement et favorisèrent la montée des contestations politiques, en provenance de la gauche révolutionnaire communiste, mais aussi de nouvelles organisations qui revendiquaient une idéologie nouvelle, le fascisme.

2.3.1   L’Italie fasciste

Face à une situation de crise à la fois économique, sociale et morale, l’Italie s’orienta vers le fascisme dès 1920. En 1921, Benito Mussolini fonda le Parti national-fasciste ; le 29 octobre 1922, il devint le chef du gouvernement et instaura une dictature nationaliste, fondée sur un État fort et dominée par un parti unique. Dans les années trente, de nombreux pays tombèrent à leur tour sous la domination de régimes dictatoriaux, plus ou moins directement inspirés du système italien ; les pays qui conservèrent un régime démocratique ne furent pas à l’abri du développement de partis fascistes plus ou moins virulents qui cherchèrent à déstabiliser les institutions. Les régimes fascistes se caractérisèrent par des politiques extérieures nationalistes, impérialistes et agressives, qui entraînèrent la déstabilisation des relations internationales et furent responsables du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Paradoxalement, dans un premier temps, l’Italie tenta de se rapprocher des démocraties occidentales et, en avril 1935, à la conférence de Stresa, fut signé un accord entre la France, le Royaume-Uni et l’Italie. Les trois États semblaient s’unir contre l’Allemagne, mais cet accord demeura lettre morte en raison des volontés d’expansion de Mussolini et de son rapprochement avec l’Allemagne nazie.

2.3.2   L’Allemagne hitlérienne

La République de Weimar, qui dirigea l’Allemagne après la Première Guerre mondiale, ne put surmonter la grande dépression consécutive à la crise économique de 1929. Face au mécontentement de la population, le Parti communiste et le Parti national-socialiste remportèrent de nombreux succès. En janvier 1933, Adolf Hitler, le chef du Parti nazi, fut nommé chancelier par le président de la République Paul von Hindenburg. Le Führer (« guide «) prônait un fascisme dont la spécificité essentielle était son racisme exacerbé. Face à l’humiliation du diktat de Versailles, Hitler mit en avant la théorie du Lebensraum, c’est-à-dire le fait de procurer davantage d’espace vital au peuple allemand ; son appartenance à une race « supérieure «, la race aryenne, donnant, selon lui, des droits sur les autres peuples.

2.3.3   Le Japon expansionniste

Le Japon n’adopta pas formellement un régime fasciste, mais l’influence de plus en plus grande de l’armée sur le gouvernement et sur l’empereur Hirohito amena le pays à une politique expansionniste dans toute la sphère de l’Asie de l’Est et du Sud-Est. Prenant, en 1931, le prétexte d’un affrontement d’importance négligeable avec les troupes chinoises près de Moukden (aujourd’hui Shenyang), les armées nippones envahirent toute la Mandchourie, le 18 septembre 1931, créant ainsi l’État-satellite du Mandchoukouo. En janvier 1932, le Japon conquit Shanghai et une partie du littoral, puis, dans les années qui suivirent, étendit sa domination à toute la Chine du nord. En 1937, lors d’une campagne d’une extrême violence, il chercha à s’emparer du reste de la Chine, dont il soumit les régions conquises à un régime d’occupation particulièrement sévère.

2.3.4   L’URSS stalinienne

En Russie, l’après Première Guerre mondiale fut également caractérisé par l’avènement d’un nouveau régime politique, qui favorisa l’installation d’une dictature (celle-ci ne reposait pas sur le fascisme, mais sur le communisme). En effet, en février 1917, la révolution des Soviets obligea le tsar Nicolas II à abdiquer. Puis, en octobre 1917, une nouvelle insurrection entraîna la mise en place d’un gouvernement soutenu par les bolcheviks et dirigé par Lénine (voir Révolution russe). Le Parti bolchevique prit le nom de Parti communiste et une guerre civile ensanglanta le pays. Ainsi, en 1922, un nouvel État fut instauré, l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et bientôt Staline prit la direction du Parti communiste et du pays, instaurant un régime de terreur au sein d’un État totalitaire.

2.4   Les agressions des dictatures

Hitler s’engagea dans une politique de violation du traité de Versailles : dès 1933, il quitta la SDN ; en 1935, il dénonça les clauses de désarmement du traité de Versailles, reconstitua une nouvelle force aérienne, la Luftwaffe, réintroduisit la conscription obligatoire (en mai 1935) ; il remilitarisa, en mars 1936, la Rhénanie, sans déclencher d’autres réactions que des protestations oratoires de la France. Hitler mit son nouvel armement à l’essai lors de la guerre d’Espagne, en soutenant les forces putschistes du général Franco. Cette opération, qui dura de 1936 à 1939, lui permit d’entrer en collaboration plus étroite avec Mussolini, qui soutenait également les chefs militaires rebelles. En outre, le Duce avait, dès 1935, commencé à mettre en pratique ses visées expansionnistes ; les armées italiennes s’étaient emparées de l’Éthiopie (3 octobre 1935), mettant en évidence les impuissances de la SDN, brouillant l’Italie avec le Royaume-Uni et la France.

Le rapprochement de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon aboutit à la signature de plusieurs traités d’alliance ; en novembre 1936, l’axe Rome-Berlin fut proclamé et, le 25 novembre 1936, un pacte Antikomintern, auquel l’Italie adhéra l’année suivante, fut signé entre le Japon et l’Allemagne. Les trois États constituèrent les puissances de l’Axe.

2.5   La marche vers la guerre
2.5.1   L’Anschluss

Hitler se lança dans une politique expansionniste en annexant l’Autriche en mars 1938 (voir Anschluss). Mussolini lui apporta son soutien. Les démocraties européennes demeurèrent passives, s’inquiétant davantage de leurs problèmes de politique intérieure et considérant le problème du statut de l’Autriche comme une affaire interne à l’Allemagne — ce que revendiquait Hitler. Les États-Unis, par ailleurs, avaient considérablement limité leur pouvoir d’action en cas d’agression d’un autre pays, en votant une loi sur la neutralité qui leur interdisait d’apporter une assistance matérielle aux nations en proie à un conflit international.

2.5.2   La Tchécoslovaquie et la conférence de Munich

En septembre 1938, Hitler menaça d’annexer par la force la zone frontalière de la Tchécoslovaquie, la région des Sudètes, où vivaient 3 millions d’habitants d’origine allemande. Le Premier ministre britannique Neville Chamberlain entama des négociations qui débouchèrent sur une conférence à quatre (lui-même, Hitler, Mussolini, et Daladier pour la France) ; ni la Tchécoslovaquie ni l’URSS n’étaient représentées. Le 29 septembre 1938 furent signés les accords de Munich, par lesquels les Tchèques, sous la pression des Britanniques et des Français, cédèrent la région des Sudètes à l’Allemagne, contre la promesse d’Hitler de ne pas s’emparer d’une plus grande partie du territoire tchèque. L’intégrité de la Tchécoslovaquie avait été sacrifiée par ses alliés, pour sauvegarder la paix. Munich fut le symbole de la passivité des démocraties. L’Europe fut soulagée : les Britanniques, partisans affirmés de la politique d’apaisement, pensaient avoir obtenu « la paix pour notre époque «, les Français étaient plus perplexes ; certains, très critiques, condamnèrent cette reculade, d’autres estimèrent qu’elle permettrait de gagner du temps pour se préparer à une guerre jugée inéluctable.

Moins de six mois plus tard, en mars 1939, Hitler s’empara du reste de la Tchécoslovaquie et constitua le protectorat de Bohême-Moravie. Alarmé par cette nouvelle agression et par les menaces d’Hitler à l’égard de la Pologne (revendication de Dantzig et du corridor polonais), le gouvernement britannique déclara qu’il viendrait en aide à ce pays si l’Allemagne menaçait son indépendance. La France avait déjà signé un traité de défense mutuelle avec la Pologne.

2.5.3   Les systèmes d'alliance

Cependant, les puissances de l’Axe continuaient de s’organiser en vue d’une guerre et, le 21 mai 1939, l’Allemagne et l’Italie signèrent le pacte d’Acier, un traité d’assistance militaire. Face à la montée de la crise, l’Union soviétique de Staline occupait une place primordiale. Maintenant que la guerre menaçait, l’URSS se voyait placée devant une alternative : les deux parties lui proposaient des négociations. Les pourparlers avec les démocraties à propos d’un pacte d’assistance mutuelle n’aboutirent pas ; Staline jugeait son pays trop faible encore pour se lancer dans un conflit et Hitler lui faisait des propositions plus attirantes. Alliée avec le Royaume-Uni et la France, l’Union soviétique aurait été obligée de combattre alors que l’Allemagne ne lui demandait que sa neutralité. Ainsi, le pacte germano-soviétique fut signé à Moscou, dans la nuit du 23 août 1939. La partie officielle, qui fut publiée le lendemain, mentionnait que l’Allemagne et l’Union soviétique s’engageaient à ne pas intenter d’actions l’une contre l’autre : c’était un pacte de non-agression. Mais un protocole secret délimitait les « sphères d’influence réciproques en Europe orientale « et permettait à Staline de s’emparer de la Finlande, de l’Estonie, de la Lettonie et de la Bessarabie, territoire de la Roumanie ; les deux États décidèrent également de se partager la Pologne. Le pacte germano-soviétique permettait donc à Hitler de continuer sa politique expansionniste sans craindre (au cas où les forces franco-britanniques se décideraient à intervenir) le risque d’avoir à combattre sur deux fronts.

3   LA PHASE EUROPÉENNE DE LA GUERRE (SEPTEMBRE 1939-DÉCEMBRE 1941)

À l’aube du 1er septembre 1939, l’armée allemande entra en Pologne. Le 3 septembre, les Français et les Britanniques, enfin convertis à une politique de fermeté, déclarèrent la guerre à l’Allemagne, mais ils ne prévoyaient pas pour autant de porter une assistance active aux Polonais, assistance que la géographie rendait d’ailleurs presque impossible. Les États-Unis restèrent neutres, même si, dès le début du conflit, le président Roosevelt ne cacha pas sa sympathie pour les démocraties.

Dans le domaine économique, la France et le Royaume-Uni n’étaient pas prêts à soutenir une économie de guerre ; les deux États avaient besoin de temps pour convertir leurs industries et soutenir l’effort de guerre. En revanche, l’Allemagne était en état de soutenir une guerre. En ce qui concernait les ressources humaines, la supériorité était du côté des Alliés, grâce à leurs colonies. Dans le domaine militaire, les forces s’équilibraient à peu près ; le Royaume-Uni ayant cependant l’avantage grâce à sa marine. En fait, les différences entre les deux camps n’étaient pas dans les forces en présence, mais dans les conceptions stratégiques : d’un côté, Hitler souhaitait mener une guerre courte et offensive, tandis que les démocraties, cherchant à gagner du temps, adoptèrent une stratégie défensive.

3.1   La Blitzkrieg en Pologne

La Pologne opta pour une stratégie qui visait à défendre la totalité de sa frontière et se prépara à un conflit long qui serait précédé, pensait-elle, de plusieurs semaines d’escarmouches. Elle se trompait radicalement. Le 1er septembre 1939 au matin, des vagues de bombardiers allemands détruisirent les voies ferrées et stoppèrent net la mobilisation polonaise. Quatre jours plus tard, deux offensives terrestres conjointes, l’une, au nord, par la Prusse-Orientale, l’autre, au sud, par la Silésie, percèrent le front en deux points, et deux divisions blindées se dirigèrent à vive allure vers Varsovie et Brest-Litovsk. Les Polonais firent les premiers l’expérience de la blitzkrieg (« guerre-éclair «), c’est-à-dire l’utilisation coordonnée des blindés (les Panzerdivisionen), de l’aviation et de l’infanterie motorisée pour encercler l’ennemi dans un mouvement en tenaille.

Entre le 8 et le 10 septembre, les Allemands bloquèrent Varsovie par le nord et par le sud, coinçant les troupes polonaises à l’ouest de la capitale. Le 17 septembre, ils fermèrent une seconde ligne d’encerclement de 160 km à l’est, près de Brest-Litovsk. Le même jour, conformément au protocole secret du pacte germano-soviétique, l’Armée rouge franchissait la frontière orientale. Le 20 septembre, pratiquement tout le pays était tombé aux mains des Allemands ou des Soviétiques et seules quelques enclaves résistaient encore. Varsovie, encerclée et soumise à des bombardements intensifs, tomba le 27 septembre ; les troupes allemandes, en présence du Führer, y firent une entrée solennelle le 2 octobre. Dès le 28 septembre, un nouvel accord germano-soviétique fut signé à Moscou. Selon cet accord, l’URSS s’empara des territoires peuplés de Biélorussiens et d’Ukrainiens qu’elle avait perdus en 1921, tandis que l’Allemagne annexait la zone du corridor de Dantzig (voir Gdańsk), la Posnanie et la Silésie. Les conséquences de cette défaite furent dramatiques pour la Pologne ; outre les destructions, les morts, les blessés et les prisonniers, le pays disparaissait en tant qu’État et allait être livré à une féroce exploitation, menée par un gouvernement général de Pologne institué par Hitler. Le gouvernement polonais en exil s’installa en France avant de gagner la Grande-Bretagne, en 1940.

3.2   La drôle de guerre

À l’ouest, la stratégie française était strictement défensive, consistant à tenir les fortifications de la ligne Maginot. Une fois la Pologne anéantie, la France et le Royaume-Uni demeurèrent dans l’expectative, voulant éviter une sanglante répétition de la Première Guerre mondiale. Hitler semblait vouloir entreprendre des négociations, alors que, dans le même temps, il ordonnait à ses généraux de préparer une attaque des Pays-Bas et de la France. Les Français et les Britanniques se contentèrent donc, tout en essayant d’accélérer leur réarmement, de faire le blocus des côtes allemandes, ne croyant pas vraiment à une attaque d’Hitler. Ainsi, à part en mer, où les sous-marins allemands s’attaquèrent aux navires marchands, il n’y eut pas d’affrontement direct sur le front occidental : ce fût la drôle de guerre. Pendant neuf mois, les armées françaises et allemandes restèrent face à face, sans rien tenter. Cette inactivité eut des répercussions négatives au sein d’une opinion française, déjà très divisée quant à l’entrée du pays dans ce nouveau conflit. En outre, les Allemands s’efforcèrent d’affaiblir le moral des troupes françaises par une intense propagande, notamment radiophonique.

3.3   La guerre en Europe du Nord

Staline avait des revendications territoriales concernant la Finlande. Ainsi, le 30 novembre 1939, après deux mois de conflit diplomatique, l’Union soviétique déclara la guerre à la Finlande. Staline aurait souhaité mener sa propre blitzkrieg, mais ses plans échouèrent. Les Finlandais, sous les ordres du maréchal Carl Mannerheim, étaient experts en matière de combat d’hiver ; en outre, les troupes soviétiques étaient assez mal dirigées, en partie à cause des purges politiques dont avaient été victimes de nombreux officiers de l’Armée rouge dans les années précédentes. Les Finlandais résistèrent donc et continuèrent à se battre jusqu’à l’année suivante.

L’attaque de la Finlande et la résistance de son armée déclenchèrent une vague de sympathie internationale à l’égard de l’agressée — et une réprobation équivalente à l’égard de l’agresseur. Le conflit fournit aux forces franco-britanniques, en quête de stratégies périphériques, un prétexte pour tenter une intervention en Norvège alors que ce pays, tout comme le Danemark et la Suède, avait affirmé sa neutralité. Français et Britanniques surveillaient depuis longtemps la mine de Kiruna, au nord de la Suède, principale source de minerai de fer de l’Allemagne : le minerai était acheminé en été par la mer Baltique et en hiver par le port norvégien, libre de glace, de Narvik puis, par les eaux neutres de la Norvège, avant d’être transporté en Allemagne. La voie ferrée Narvik-Kiruna était reliée au réseau ferroviaire finlandais ; par conséquent, une troupe envoyée au secours des Finlandais était en mesure d’occuper Narvik et Kiruna. Le problème était de convaincre la Norvège et la Suède de coopérer pour couper la « route du fer «, ce que ces deux pays refusaient d’entreprendre.

Le chef de la flotte allemande, l’amiral Erich Raeder, pressa Hitler d’occuper la Norvège de manière préventive, d’autant que ses ports sur l’Atlantique Nord étaient d’un intérêt stratégique évident pour la flotte allemande et ses sous-marins. Hitler, cependant, ne manifesta que peu d’intérêt pour ce projet avant janvier 1940. À ce moment, les conditions météorologiques, défavorables au plan d’invasion brutale des Pays-Bas et de la Belgique, l’incitèrent à reconsidérer ses positions et à modifier l’ordre des opérations. Selon les études des experts, il était préférable de prendre la Norvège en débarquant simultanément dans les villes portuaires situées entre Narvik et Oslo. Comme il fallait acheminer les troupes par navires de guerre et que ceux-ci constitueraient, durant le transport, des proies faciles pour la marine britannique, l’opération devait être exécutée quand les nuits étaient encore longues. L’invasion du Danemark ne posait aucun problème stratégique ; elle devait précéder l’opération en Norvège pour que l’aviation puisse se servir des aérodromes danois.

En Finlande, les troupes soviétiques continuèrent d’avancer et les Finlandais furent contraints de signer l’armistice le 12 mars 1940. Staline annexa une partie du territoire, mais laissa son indépendance au pays.

Hitler approuva finalement les plans d’invasion de la Norvège et du Danemark le 2 avril ; les bâtiments de guerre prirent la mer le 7 avril. Pendant ce temps, un corps expéditionnaire britannique posa des mines près du port de Narvik. Les forces franco-britanniques avaient conservé l’idée de couper à tout prix la « route du fer « en minant les eaux norvégiennes. Cependant, le débarquement allemand commença, sans rencontrer d’opposition sérieuse, dans la matinée du 9 avril. Les Allemands utilisèrent pour la première fois des divisions parachutées. Le Danemark se rendit immédiatement et les débarquements s’effectuèrent sans encombre partout, sauf à Oslo. Là, un fort bloqua l’approche par la mer et le brouillard empêcha toute intervention de l’aviation. L’artillerie côtière réussit à couler un navire allemand ; néanmoins la capitale tomba à midi. Le gouvernement, prêt à se battre, s’était replié à Elverum, dans les montagnes ; il rejoignit bientôt le roi, réfugié au Royaume-Uni. Les tentatives franco-britanniques en Norvège, qui remportèrent quelques succès, furent interrompues par l’invasion de la France.

Les Norvégiens, aidés par des soldats français et britanniques débarqués, résistèrent dans la région située entre Oslo et Trondheim jusqu’au 3 mai. À Narvik, les Alliés résistèrent plus longtemps (jusqu’au 28 mai), mais les Allemands étaient avantagés par la nature accidentée du terrain et surtout par la lenteur des mouvements de leurs adversaires. Cependant, au début du mois de juin, la situation militaire catastrophique dans les Flandres obligea la France et la Grande-Bretagne à rappeler leurs corps expéditionnaires.

3.4   La campagne de France (mai-juin 1940)
3.4.1   La stratégie d’Hitler

Au printemps, Hitler était satisfait de la nouvelle stratégie élaborée par son état-major : il s’agissait d’une réédition un peu modifiée du plan Schlieffen de 1914 ; le général Erich von Manstein et ses conseillers avaient persuadé Hitler d’attaquer en tenaille par le nord, aux Pays-Bas et par le sud, en Belgique, mais en créant un effet de surprise : le gros des troupes devait déboucher de la forêt ardennaise. Les Ardennes, vallonnées et boisées, n’étaient pas le terrain de prédilection des chars d’assaut, mais Manstein affirmait que l’ennemi ne s’attendrait pas à une attaque importante à cet endroit. Les tanks devaient ensuite se lancer vers l’ouest, encerclant les Belges, mais surtout les Britanniques et une partie des Français qui se seraient portés au secours des deux pays attaqués. Après avoir atteint la côte et écrasé l’ennemi en Belgique, l’armée allemande pourrait faire volte-face et procéder à l’encerclement du reste des armées françaises, massées le long de la ligne Maginot, dans le nord-est de la France.

3.4.2   L’attaque allemande

Quand l’attaque fut lancée, le 10 mai 1940, les deux camps étaient à peu près à égalité d’effectifs en hommes et en chars, mais les Allemands bénéficiaient d’une très nette supériorité aérienne (Stukas pour les bombardements en piqué) et de l’avantage conféré par le regroupement de leurs chars en divisions blindées. De plus, l’Allemagne imposait sa stratégie offensive alors que ses adversaires, adeptes d’une stratégie défensive, se retrouvaient surpris, débordés et devaient improviser sans grande cohérence entre les différents états-majors. Enfin, contrairement à ce qu’avaient préconisé certains membres de l’armée française (en particulier, le général de Gaulle), les chars n’étaient pas regroupés en divisions, mais dispersés parmi les troupes d’infanterie et, donc, dans l’incapacité d’affronter efficacement les formations blindées de Panzers.

Le 10 mai, les troupes aéroportées allemandes atterrirent en Belgique et en Hollande afin de s’emparer des aérodromes, des ponts, des nœuds ferroviaires ainsi que du fort belge d’Eben-Emael, sur la Meuse. L’armée hollandaise se rendit le 14 mai 1940, quelques heures après que les bombardiers eurent détruit le secteur des affaires de Rotterdam. La reine et le gouvernement néerlandais avaient pris la décision de se réfugier au Royaume-Uni. Le 14 mai également, le gros des forces allemandes, précédé du groupe de Panzers, déboucha des Ardennes, ayant balayé la résistance française et enfoncé victorieusement les lignes à Sedan ; elles foncèrent vers la mer, passant derrière les armées françaises et britanniques, venues au secours des Belges. Le roi de Belgique se rendit le 28 mai, avec une grande partie de l’armée belge, mais le gouvernement exilé décida de continuer la lutte.

Le 21 mai, les Panzers, protégés par les Stukas, prirent Abbeville, à l’embouchure de la Somme, et continuèrent leur progression vers le nord, en longeant la côte. Le 26 mai, les Français et les Britanniques étaient acculés dans la poche de Dunkerque. Une flottille hétéroclite fut rassemblée en toute hâte à Douvres pour tenter de sauver le corps expéditionnaire britannique de la reddition. Du 28 mai au 3 juin, malgré les bombardements intensifs, 300 000 hommes (dont 100 000 Français) embarquèrent à Dunkerque et purent gagner la Grande-Bretagne.

Devant la débâcle des armées françaises et la perte de la région industrielle du Nord, le président du Conseil, Paul Reynaud avait limogé le général Gamelin, remplacé par le général Weygand, qui tenta de reconstituer une ligne de défense de la Somme à la Meuse, sur l’Oise et l’Aisne. Mais, dès le 5 juin, cette ligne fut enfoncée et les divisions allemandes entamèrent leur progression vers le sud, précédées de flots de réfugiés, jetés sur les routes de l’exode. Le 10 juin, jour d’entrée en guerre de l’Italie, le gouvernement français, le président de la République, Albert Lebrun, et le Parlement, suivis du corps diplomatique, quittèrent Paris, déclarée ville ouverte, pour s’installer en Touraine, puis à Bordeaux. Paris fut prise par les forces allemandes le 14 juin.

3.4.3   L'armistice

Le gouvernement français était très partagé : certains ministres préconisaient de demander au plus vite l’armistice — c’était le cas du maréchal Pétain, ministre d’État, qui soutenait la proposition de Weygand — alors que Paul Reynaud, président du Conseil, Georges Mandel, ministre de l’Intérieur, ou Charles de Gaulle, qui venait d’être nommé sous-secrétaire d’État à la Guerre, voulaient organiser la résistance, éventuellement depuis les colonies, si le gouvernement était contraint de quitter la métropole. C’était aussi le parti du président du Sénat, Jules Jeanneney, et de celui de la Chambre des députés, Édouard Herriot. L’armistice avait donc ses adversaires et ses partisans. Les premiers préconisaient une simple capitulation militaire afin de continuer la lutte aux côtés du Royaume-Uni, à partir de l’Afrique du Nord, ce qui nécessitait un transfert du gouvernement français et le transport des troupes et du matériel ; les seconds pensaient que le gouvernement devait rester sur le territoire de la métropole et limiter les conséquences immédiates du désastre. Surtout en préférant l’armistice à la seule capitulation, ils souhaitaient voir la République et le gouvernement endosser la responsabilité de la défaite, et non pas les militaires. Mais la progression rapide des forces allemandes et le sentiment qu’une majorité se dessinait désormais en faveur de l’armistice poussèrent Paul Reynaud à démissionner, le 16 juin. Le 17 juin, le maréchal Pétain, appelé par Albert Lebrun à former le nouveau cabinet, présentait aux Allemands une demande d’armistice. De nombreux parlementaires s’embarquèrent sur le Massilia pour gagner les colonies ; de Gaulle repartit en toute hâte pour le Royaume-Uni, d’où il allait lancer, le 18 juin 1940, le premier appel à la Résistance.

L’armistice fut signé le 22 juin 1940 à Rethondes, dans le wagon de l’armistice de 1918. Les clauses furent sévères : la France était coupée en deux par une ligne de démarcation, le Nord et tout le littoral occidental passant sous contrôle allemand, et la zone Sud restant sous l’autorité du gouvernement français, qui partit s’installer à Vichy. L’armée fut démobilisée, à l’exception d’une force de 100 000 hommes. La flotte désarmée devait passer sous contrôle italo-allemand. Les bâtiments français, qui, en rade de Mers el-Kébir, refusèrent de rejoindre la flotte britannique, par fidélité à Pétain, furent coulés, le 3 juillet 1940, sur ordre de Churchill, qui préférait ouvrir le feu sur les navires français avant qu’ils ne passent sous contrôle allemand (voir Mers el-Kébir, attaque de). Vichy rompit ses relations diplomatiques avec Londres. La France, soumise à l’occupation dans sa partie nord, devait verser de surcroît un lourd tribut à l’occupant : 400 millions de francs par jour. En France, le nouveau régime, installé à Vichy, prit le nom d’État français. Philippe Pétain, le chef de l’État français, fit entrer Pierre Laval dans son gouvernement. Celui-ci fit voter, le 10 juillet 1940, les pleins pouvoirs au Maréchal ; c’était la fin de la IIIe République et le début de la Révolution nationale. Voir Vichy, gouvernement de.

3.5   Le Royaume-Uni face aux puissances de l’Axe
3.5.1   La bataille d’Angleterre

Au cours de l’été 1940, Hitler était devenu maître de l’Europe du cap Nord jusqu’aux Pyrénées. Seul le Royaume-Uni continuait la lutte : son nouveau Premier ministre (depuis le 10 mai 1940), Winston Churchill, refusait avec mépris les tentatives de négociations esquissées par l’Allemagne. Les États-Unis, choqués par la défaite de la France, entamèrent bien un premier pas vers un engagement plus substantiel en votant la première conscription de leur histoire effectuée en temps de paix (septembre 1940, Selective Service Act, le service militaire sélectif) et en augmentant considérablement leur budget militaire, mais l’opinion publique refusa toute entrée en guerre.

Dans un premier temps, les Allemands espéraient soumettre les Britanniques en coupant leurs communications maritimes. En juin 1940, ils entreprirent la bataille de l’Atlantique, utilisant leur armement sous-marin pour couper le Royaume-Uni de ses ressources extérieures. Les Allemands disposaient maintenant de bases sous-marines en Norvège et en France. Les convois subirent donc les redoutables attaques allemandes jusqu’en 1943 et même au-delà.

Mais, durant l’été 1940, il sembla à Hitler que la solution la plus expéditive pour en finir avec la Grande-Bretagne était de l’envahir, ce qui impliquait de faire traverser la Manche à son armée. Pourtant, Hitler ne souhaitait pas prendre un tel risque avant que l’aviation britannique ne soit neutralisée. De fait, la bataille d’Angleterre se déroula dans les airs et non sur les plages. Le 13 août 1940, la Luftwaffe (l’aviation allemande) lança des attaques de jour contre les ports et les aérodromes. À partir du mois de septembre, les bombardements massifs (le Blitz) devinrent plus violents, touchant les villes de l’intérieur. L’objectif allemand était triple : détruire le potentiel industriel britannique, terroriser la population et anéantir l’aviation du pays (la Royal Air Force, RAF). Mais les Allemands avaient compté sans un nouvel appareil, le radar, qui accrut grandement l’efficacité des Britanniques. Les pertes allemandes s’avérant très importantes, il fut alors décidé de privilégier les bombardements nocturnes. Après les régions du sud, ce fut Londres qui subit les attaques incessantes de l’Allemagne nazie. La Luftwaffe perdit plus de 2 500 avions sans réussir à détruire la flotte aérienne britannique, ni à entamer le moral de la population civile, galvanisée par les discours de son Premier ministre. Le 17 septembre 1940, Hitler dut décider de différer l’invasion à une date indéterminée : c’était le premier échec de l’Axe. Cependant, les zones de combat se déplacèrent et se généralisèrent.

3.5.2   La guerre dans les Balkans, la Méditerranée et l'Afrique du Nord (1940-1941)

En septembre 1940, Mussolini tenta sans succès d’attaquer l’Égypte, mais il fut chassé par les Britanniques, qui occupèrent à leur tour une partie de la Libye. Puis, les Italiens prirent l’initiative en Grèce, à partir d’octobre 1940. Mais là encore, ce fut un échec : les Grecs, aidés par les Britanniques, s’emparèrent de la Crète et résistèrent à l’invasion italienne. Ces opérations contraignirent Hitler à une campagne dans les Balkans, ce qui retarda son projet d’invasion de l’URSS.

Ainsi, pour soutenir Mussolini en Afrique, Hitler envoya le général Erwin Rommel et deux divisions de blindés, l’Afrika Korps, au secours de ses alliés mis à mal. Rommel refoula les Britanniques jusqu’aux portes d’Alexandrie. Enfin, les Britanniques occupèrent l’Irak et s’emparèrent de la Syrie et du Liban, en mai 1941, avec l’aide des Forces françaises libres (FFL) du général de Gaulle.

En outre, comme il avait besoin de traverser leur territoire pour atteindre la Grèce, Hitler fit entrer la Roumanie et la Hongrie au sein de l’Axe, en novembre 1940 ; la Bulgarie se joignit à eux en mars 1941. Dans les Balkans, la Yougoslavie refusa de s’allier à l’Allemagne ; Hitler ordonna alors son invasion.

Les opérations contre la Grèce et la Yougoslavie débutèrent le 6 avril 1941. Pour les Allemands, la principale difficulté résidait dans le transfert rapide de troupes depuis la France et l’Allemagne. L’attaque commença donc par des raids aériens. Belgrade fut bombardée le premier jour de la campagne. Le 10 avril, des offensives conjuguées furent lancées par le nord-ouest, le nord et le sud-est provoquant, le 13 avril, la prise de Belgrade et la capitulation de l’armée yougoslave, le 17 avril. La Yougoslavie fut alors démembrée et un État-satellite, confié au dirigeant fasciste Ante Pavelić, fut créé en Croatie ; mais les guérillas menées par les tchetniks nationalistes serbes sous les ordres de Dra¸a Mihajlović, et les luttes des partisans communistes dirigés par Tito se poursuivirent pendant toute la guerre.

En Grèce, l’armée fut submergée par la supériorité de la Luftwaffe et Salonique fut occupée dès le 8 avril. Près de la moitié de l’armée dut capituler alors que la première armée grecque était bloquée au col de Métsovon, dans sa retraite depuis l’Albanie ; elle dut se rendre à son tour le 22 avril 1941. Alors que le Premier ministre Koritsis s’était donné la mort le 18 avril, le roi et le gouvernement grecs quittèrent Athènes pour la Crète ; le 27 avril, les troupes allemandes entrèrent dans la capitale, le Péloponnèse fut conquis en quelques jours et, en mai 1941, l’Allemagne s’empara de la Crète. La majeure partie des troupes britanniques, accompagnées de forces grecques, réussirent néanmoins à rejoindre l’Égypte, où s’installa le gouvernement grec en exil.

3.6   Vers la généralisation de la guerre

Durant l’année 1941, la guerre passa dans une phase nouvelle, celle de guerre mondiale. Alors qu’il menait des campagnes militaires dans les Balkans, en Afrique du Nord, dans le ciel du Royaume-Uni et dans l’Atlantique, Hitler commença à déployer ses principales armées à l’est, ayant conclu contre l’URSS des accords avec la Finlande et avec les pays du sud-est de l’Europe, dont la Turquie.

3.6.1   La rupture germano-soviétique

Dès l’automne 1940, Hitler avait décidé d’attaquer l’URSS, étendant ainsi le conflit à toute l’Europe. Ce revirement des alliances s’expliqua par plusieurs facteurs : d’abord la région des Balkans était l’objet de rivalités entre les deux puissances ; d’autre part, Hitler avait eu l’idée de mener une guerre préventive, c’est-à-dire d’attaquer l’URSS avant que celle-ci ne l’attaque. Mais l’antagonisme germano-soviétique était surtout idéologique. Le Führer considérait, en effet, le bolchevisme comme « le mal absolu, résultat du complot juif sur la domination du monde «. Le plan d’agression contre l’URSS établi en décembre 1940, le plan Barbarossa, prévoyait d’attaquer la puissance soviétique avant qu’elle n’ait achevé sa préparation militaire. L’assaut fut lancé le 22 juin 1941. Plus de 150 divisions allemandes et une quarantaine de divisions finlandaises, roumaines, hongroises et italiennes envahirent l’URSS. Face à elles, l’Armée rouge, mal équipée et mal préparée à la guerre, fut submergée. Pendant les premières semaines, les combats se limitèrent à quelques escarmouches le long de la frontière. L’équipement soviétique était souvent obsolète, nombre de chars et d’avions étant d’anciens modèles ; en revanche, certains tanks, particulièrement les fameux T-34, étaient de loin supérieurs à ceux de la Wehrmacht. Toutefois, un grand nombre d’avions furent détruits au sol dès le premier jour de l’attaque, et les chars d’assaut, disséminés au milieu des bataillons d’infanterie (comme ceux des Français en 1940), perdirent toute efficacité contre les groupes de Panzers allemands. L’infanterie reçut tout d’abord l’ordre de contre-attaquer, ce qui était impossible, puis on lui interdit de battre en retraite, la condamnant alors à la destruction massive ou à la capture.

3.6.2   L'entrée en guerre des États-Unis

Progressivement, les États-Unis abandonnèrent leur neutralité absolue et s’engagèrent dans une confrontation avec le Japon, en Asie et sur l’océan Pacifique. De nombreuses rencontres entre Américains et Britanniques, dès janvier 1941, déterminèrent une stratégie de base pour l’entrée en guerre des États-Unis, stipulant que les deux pays concentreraient leurs efforts sur l’Allemagne. Le 11 août 1941, une nouvelle rencontre entre Roosevelt et Churchill aboutit à l’élaboration de la charte de l’Atlantique. Les deux hommes se mirent d’accord pour parvenir à la « destruction finale de la tyrannie nazie « ; en outre, après le conflit devait être institué « un système de sécurité collective «, afin « d’établir un régime de collaboration économique avec les États et restaurer les droits souverains des peuples «.

En mars 1941, le Congrès américain vota la loi prêt-bail : désormais, le matériel de guerre était prêté ou loué aux Alliés. De cette façon, les États-Unis espéraient assurer la victoire sur l’Axe sans engager directement leurs troupes. Toutefois, dès la fin de l’été 1941, les États-Unis étaient en situation de guerre non déclarée avec l’Allemagne. En juillet, des marines furent basés en Islande, occupée par les Britanniques depuis mai 1940, puis la marine militaire américaine se chargea d’escorter les convois dans les eaux situées à l’ouest de l’Islande. En septembre, Roosevelt autorisa les navires, en mission de convoyage, à attaquer les vaisseaux de guerre de l’Axe.

Entre-temps, les relations entre les États-Unis et le Japon continuèrent de se détériorer. En septembre 1940, le Japon contraignit la France de Vichy à abandonner le nord de l’Indochine. Les États-Unis ripostèrent en interdisant à ses usines l’exportation d’acier, de fer, et de carburant pour avion vers le Japon. En avril 1941, les Japonais signèrent un traité de neutralité avec l’URSS afin de préserver leur front occidental, en cas de conflit avec la Grande-Bretagne ou les États-Unis — conflit prévisible dès lors qu’ils cherchaient à étendre leur influence en Asie du Sud-Est et à fonder une « sphère de coprospérité «. Les Japonais décidèrent alors d’intensifier leur progression dans le Pacifique. En juillet, le pays était maître de toute l’Indochine française. Deux jours plus tard, les États-Unis, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas gelèrent les actifs japonais afin d’empêcher le Japon d’acheter du pétrole, ce qui, à la longue, devait paralyser son armée et rendre sa flotte et son aviation complètement inutilisables. Cette décision d’embargo précipita la décision japonaise dans le déclenchement de la conquête de nouvelles régions.

Jusqu’au mois de décembre 1941, le Japon poursuivit deux objectifs : la levée de l’embargo sur le pétrole, par un accord qui lui laisserait accès aux territoires qu’il convoitait, et la préparation à la guerre. Les États-Unis ordonnèrent au Japon de se retirer de Chine et d’Indochine. La tension augmenta d’un cran avec l’arrivée du général Tojo Hideki à la tête du gouvernement japonais, le 16 octobre 1940 : c’était un partisan actif de la guerre, qui prônait une politique expansionniste du Japon.

L’armée et la marine japonaises avaient conçu un plan, dans lequel ils menaient de rapides attaques contre la Birmanie, la Malaisie, les Indes orientales et les Philippines, tout en établissant simultanément un périmètre de défense dans le centre et le sud-ouest du Pacifique. Leur principal souci était l’attitude de la flotte américaine du pacifique, basée à Pearl Harbor, au cœur de l’archipel d’Hawaii. Il fut donc décidé d’éliminer ce risque en détruisant la base de Pearl Harbor, par surprise : quelques minutes avant 8 heures du matin, le dimanche 7 décembre 1941, l’aviation japonaise, embarquée sur des porte-avions, attaqua. Le raid dura moins de deux heures ; les Américains perdirent 2 400 hommes, 18 navires et 150 avions. Avec cette attaque surprise, la marine japonaise remporta une brillante victoire ; les États-Unis déclarèrent la guerre au Japon dès le lendemain, le 8 décembre 1941, ce qui changea le cours du conflit. L’Allemagne et l’Italie déclarèrent la guerre aux États-Unis, le 11 décembre.

Ainsi, avec l’entrée en guerre de l’URSS et des États-Unis, la guerre s’étendit au monde entier. Tous les moyens (militaires, humains, économiques, etc.) furent mis en œuvre pour soutenir l’effort de guerre ; le conflit se transforma alors en guerre totale.

4   LA MONDIALISATION DU CONFLIT (1941-1943)
4.1   Les victoires de l’Axe (1941-1942)
4.1.1   Le front est

Dans le cadre de l’invasion de l’URSS, sous le commandement suprême du maréchal von Brauchitsch, trois corps d’armées furent constitués, qui devaient avancer vers le nord, le centre et le sud en direction de Leningrad (actuelle Saint-Pétersbourg), Moscou, Stalingrad (actuelle Volgograd) et Kiev. La plupart des généraux allemands croyaient que le régime soviétique sacrifierait tout pour défendre Moscou, la capitale, cœur du réseau routier et ferroviaire, et l’un des principaux centres industriels du pays. Mais, aux yeux d’Hitler, les terres et les ressources de l’Ukraine et le pétrole du Caucase avaient davantage d’importance ; il souhaitait également s’emparer de Leningrad, d’où la mise en place de ces trois corps d’armées. Les experts avaient indiqué que la victoire devrait être obtenue en dix semaines, détail important du fait de la brièveté de l’été russe, époque idéale pour combattre en URSS — mais les campagnes des Balkans avaient retardé les opérations de trois semaines. Effectivement, les premières semaines de combat se soldèrent par des victoires nazies. Les premières défaites soviétiques s’expliquèrent par le manque d’encadrement et d’entraînement de l’armée ; de plus, l’état-major pensait que l’infanterie jouerait un rôle considérable dans le conflit, ce qui fut une erreur tactique ; enfin, pendant longtemps, l’URSS ne crut pas à l’imminence de l’attaque allemande. Pourtant, les premiers succès de la Wehrmacht ne furent pas définitifs et la résistance se développa. En outre, des facteurs naturels (la rigueur de l’hiver et l’immensité du territoire russe) jouèrent en faveur de l’Union soviétique.

Face à cette attaque, les Alliés soutinrent l’URSS : Churchill offrit une alliance à l’Union soviétique attaquée et Roosevelt proposa l’aide du prêt-bail dès le 26 juin 1941 ; cependant, les alliés anglo-américains demeuraient pessimistes quant à l’issue du combat. À la fin du mois de juin et au début de juillet, le groupe d’armées du centre avait encerclé Białystok et pris Minsk. Le 16 juillet, après avoir traversé le Dniepr, dernière barrière naturelle à l’ouest de Moscou, l’armée allemande s’emparait de Smolensk.

Les Soviétiques soutenaient leur effort de guerre pour défendre Moscou ; ils pratiquaient la tactique de la « terre brûlée «, préférant sacrifier leurs biens, plutôt que de les céder à l’armée nazie. Hitler n’était pas entièrement satisfait et, malgré les protestations de ses généraux, il ordonna au groupe d’armées du centre de stopper sa progression et de dévier l’ensemble de ses blindés, scindé en deux. Une partie devait se diriger vers le nord, afin de venir en aide au groupe d’armées qui, épaulé par les Finlandais, encerclait Leningrad (le siège de la ville dura deux ans) ; l’autre groupe, mené par le maréchal von Rundstedt, devait faire route vers le sud, ce qui permit de refermer un véritable piège, à l’est de Kiev, où furent faits des centaines de milliers de prisonniers. Hitler décida alors, début octobre, de reprendre la progression vers Moscou, qui redevenait l’objectif prioritaire.

L’avancée fut, durant quelques jours, conforme aux attentes allemandes mais, très vite, la situation évolua, avec les premières chutes de neige précoces. Le redoux qui suivit et les fortes pluies aggravèrent la situation, transformant en torrents boueux les routes de terre battue de Russie, qui engluèrent les blindés.

À la mi-novembre, le temps se refroidit et le sol gela. Hitler et le commandant du groupe du centre, le feld-maréchal Fedor von Bock, décidèrent cependant de poursuivre la progression.

Dans la seconde moitié du mois de novembre, von Bock envoya deux divisions de blindés vers la capitale soviétique. Début décembre, la division qui se dirigeait vers la ville par le nord-ouest était à moins de 20 km de son but ; l’autre, venant du sud, avait encore 65 km à parcourir. Les divisions de Panzers avaient souvent couvert cette distance en moins d’un jour, mais la température baissait toujours, des congères se formaient sur les routes et ni les hommes ni les machines n’étaient équipés contre le grand froid. Le 5 décembre, les commandants dirigeant les armées avancées annoncèrent qu’ils étaient bloqués : les blindés et les camions étaient paralysés par le gel et les troupes ne voulaient plus se battre.

4.1.2   Les conquêtes japonaises en Asie et dans le Pacifique

En quelques semaines, les Japonais se rendirent maîtres d’immenses possessions très éloignées les unes des autres, en combinant les forces maritime et aérienne. Au mois de décembre 1941, ils s’emparèrent de Hong Kong, qui appartenait à la Grande-Bretagne ainsi que des îles Gilbert (dans l’État de Kiribati), des îles de Guam et Wake (possessions américaines). Ils envahirent également la Birmanie, la Malaisie et Bornéo, colonies britanniques, ainsi que les Philippines, gouvernées par les Américains.

Singapour, possession britannique, tomba aux mains des Japonais en février 1942 ; en mars, le Japon occupa les Indes néerlandaises et débarqua dans le sud de la Nouvelle-Guinée. Les forces américaines et philippines capitulèrent dans la péninsule de Bataan, le 9 avril, et la résistance des Philippines s’acheva avec la reddition de Corregidor, le 6 mai.

L’extension japonaise continua en direction du nord jusqu’aux îles Aléoutiennes, à l’est jusqu’aux îles Midway, au sud dans les îles Salomon et la Nouvelle-Guinée méridionale. Au cours de leur dernière opération menée par mer, ils voulurent s’emparer de Port Moresby à la pointe sud de la Nouvelle-Guinée ; mais les Américains y envoyèrent un corps expéditionnaire. La bataille de la mer de Corail qui s’ensuivit (4 au 8 mai 1942), menée entièrement depuis des porte-avions, força les Japonais à renoncer à cette dernière conquête.

4.2   L’ordre nouveau

L’Allemagne et le Japon décidèrent d’instaurer un ordre nouveau dans les pays qu’ils occupaient.

4.2.1   L'Europe hitlérienne

Suivant sa théorie du Lebensraum (« espace vital «), Hitler s’était donc lancé dans la conquête de nombreux territoires européens. L’expansion et l’occupation allemandes se manifestèrent diversement : annexion (Pologne occidentale, Alsace, Lorraine, Luxembourg, Slovénie), occupation des territoires, avec la mise en place d’une administration allemande (nord et ouest de la France, Belgique, Norvège, Hollande), instauration de nouveaux gouvernements à la solde des nazis (Croatie, Slovaquie, Serbie, Grèce). L’exploitation économique de l’Europe prit également plusieurs formes : paiements de frais d’occupation, pillages des ressources agricoles et industrielles, prélèvements d’une partie de la production, réquisitions de main-d’œuvre, avec l’utilisation des prisonniers de guerre, l’appel à des travailleurs volontaires, puis l’instauration du Service du travail obligatoire (STO).

La politique d’Hitler, dans les territoires d’Europe de l’Est, était fondée sur le principe « d’infériorité de la race slave « et sur sa volonté de « liquider le bolchevisme «. Sur cette base idéologique, il entreprit la déportation, puis l’extermination des ennemis du Reich et des « races inférieures « : Juifs, Slaves, Tziganes (voir Rom). Les nazis établirent des camps de concentration à travers toute l’Europe, et la « solution finale «, l’extermination systématique des Juifs, fut décidée en janvier 1942, lors de la conférence de Wannsee. À Auschwitz, à Treblinka et dans les autres camps d’extermination, environ 4 millions de personnes, pour la plupart des Juifs, furent anéanties. (Voir aussi Holocauste ; Génocide ; Antisémitisme.)

4.2.2   La sphère de « coprospérité « asiatique

En Asie, l’occupation japonaise se concrétisa par la conquête de territoires comme la Corée et Formose (voir Taïwan), l’instauration de protectorats (Mandchourie, Mongolie, Philippines, Birmanie) ou de colonies en Indochine, en Indonésie et en Malaisie. L’occupation japonaise fut impitoyable, fondée sur des régimes militaires et policiers qui exploitaient les ressources économiques des territoires conquis.

4.3   Les premières victoires des Alliés (1942-1943)
4.3.1   Les premiers retournements

Sur le front est, Staline et le maréchal Joukov réunirent des troupes de réserve. Elles comptaient de nombreuses nouvelles recrues, mais surtout des vétérans de Sibérie, plus aguerris ; tous étaient bien équipés pour l’hiver. Le 6 décembre 1941, ils contre-attaquèrent et, en quelques jours, la Wehrmacht dut battre en retraite, abandonnant de nombreux véhicules et autres armements rendus inutilisables par le froid.

Sur les ordres de Staline, la contre-attaque de Moscou se transforma rapidement en une contre-offensive sur toute la ligne de front. Les Allemands n’avaient pas construit de lignes de défense à l’arrière et ne pouvaient pas creuser le sol gelé. Certains généraux conseillèrent le retrait en Pologne, mais, le 18 décembre, Hitler ordonna à ses troupes de rester sur place, quelle que soit leur position. Par la suite, les Soviétiques anéantirent de larges parties du front allemand, mais suffisamment de soldats allemands survécurent pour maintenir le siège de Leningrad (voir Saint-Pétersbourg), continuer de menacer Moscou et garder l’Ukraine occidentale sous contrôle allemand.

Dans le Pacifique, un nouvel affrontement débuta à partir de juin 1942 : la bataille de Midway. Une puissante force japonaise aéroportée, sous les ordres de l’amiral Yamamoto Isoroku, commandant en chef de la marine, mit le cap sur les îles Midway dans la première semaine de juin. L’amiral Nimitz prit le commandement de la flotte américaine du Pacifique. Au cours de la bataille de Midway, le 4 juin 1942 au matin, les bombardiers américains, attaquant en piqué, détruisirent trois porte-avions japonais lors d’une attaque très brève. Le quatrième coula plus tard dans la journée, après que ses avions eurent réussi à pilonner le porte-avions américain Yorktown, qui sombra à son tour, deux jours plus tard.

Yamamoto fut contraint d’ordonner le repli général le 5 juin 1942. Les 6 et 7 juin, une force japonaise moins importante prit Kiska et Attu dans les îles Aléoutiennes, sans compenser la défaite de Midway, véritable échec pour la marine du pays.

4.3.2   Le tournant de la guerre et l'élaboration de la stratégie alliée

À la fin du mois de décembre 1941, Roosevelt et Churchill, accompagnés de leurs principaux conseillers, se rencontrèrent à Washington. Ils réaffirmèrent leur volonté de vaincre d’abord l’Allemagne avant le Japon. En pratique, cette collaboration se manifesta par la constitution d’états-majors communs. Le 1er janvier 1942, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’URSS et 23 autres pays signèrent la charte des Nations unies, dans laquelle ils insistaient sur la nécessité d’une « complète victoire « et s’engageaient à ne pas signer de paix séparée avec l’ennemi.

Sur le plan militaire, deux stratégies s’opposèrent. Les Britanniques souhaitaient une stratégie périphérique, c’est-à-dire l’attaque de l’ennemi aux points névralgiques (Méditerranée, Balkans, Afrique du Nord) ; les Américains leur opposèrent une stratégie de concentration, visant à abattre l’ennemi de front en effectuant un débarquement sur les côtes françaises. Dans un premier temps, c’est la stratégie britannique qui fut adoptée.

Sur le plan pratique, les États-Unis ne devaient pas participer beaucoup aux opérations menées en Europe au début de 1942. Ils n’avaient aucune troupe sur place et devaient s’attacher, avant tout, à mobiliser et à entraîner leurs effectifs, ainsi qu’à convertir leurs industries nationales.

En Afrique du Nord, les Britanniques ne se contentèrent pas de se défendre. Ils avaient délivré Tobrouk le 10 décembre 1941 ; ils s’emparèrent de Benghazi, en Libye, deux semaines plus tard. Rommel contre-attaqua à la fin du mois de janvier 1942 et les repoussa alors sur 300 km jusqu’à al-Gazala et Bir Hakeim, mais là, bien avant Tobrouk et la frontière égyptienne, l’offensive piétina.

La grande interrogation de la guerre était de savoir si l’URSS supporterait une seconde offensive allemande pendant l’été 1942. Les Soviétiques firent appel aux États-Unis et à la Grande-Bretagne pour que la pression allemande à laquelle ils étaient soumis soit, si possible, soulagée par l’ouverture d’un second front, à l’ouest. Le général Marshall, chef d’état-major de l’armée américaine, pensait que le meilleur moyen d’aider les Soviétiques et de mettre rapidement fin au conflit était de rassembler les troupes en Grande-Bretagne et d’attaquer au nord-ouest de l’Europe en traversant la Manche. Il souhaitait passer à l’action au printemps 1943, ou même dès 1942. Les Britanniques, quant à eux, ne voulaient intervenir nulle part avant que la situation en Afrique du Nord ne se soit stabilisée. La progression de Rommel détermina les priorités des Alliés. En juin, il s’empara de Tobrouk et avança de 380 km en Égypte jusqu’à El-Alamein, menaçant l’Égypte et le canal de Suez.

4.3.3   Le reflux japonais dans le Pacifique

Pendant ce temps, malgré la stratégie donnant la priorité au problème allemand, les Américains poursuivaient leur combat contre le Japon. Si la bataille de Midway avait arrêté les Japonais dans le Pacifique central, ces derniers avançaient toujours dans le Pacifique sud-ouest, le long de l’archipel des îles Salomon et, sur terre, en Nouvelle-Guinée. Le 2 juillet 1942, les États-Unis envoyèrent la marine et l’armée de terre dans le Pacifique sud et sud-ouest, afin de stopper les Japonais, de les chasser des îles Salomon et du nord-est de la Nouvelle-Guinée et d’éliminer l’importante base qu’ils avaient établie à Rabaul en Nouvelle-Bretagne, dans l’archipel Bismarck.

Au milieu de l’été 1942, l’Axe progressait. Stalingrad et le Caucase étaient apparemment aux mains d’Hitler, et Rommel était à portée du canal de Suez. Les Japonais occupaient Guadalcanal, à la pointe sud de l’archipel des îles Salomon, et marchaient en direction de Port Moresby. Toutefois, dans les six mois qui suivirent, les forces de l’Axe furent stoppées et repoussées en Union soviétique, en Afrique du Nord et dans le Pacifique sud-ouest.

En effet, les marines américains débarquèrent à Guadalcanal, le 7 août 1942, assez facilement, l’opposition n’étant constituée que d’une petite garnison japonaise. Cependant, les Japonais ripostèrent promptement et violemment par les airs et par la mer : l’issue du combat dépendait de leur capacité à amener d’indispensables renforts et de celle de la marine américaine à fournir à ses marines le soutien logistique nécessaire. Entre le 24 août et le 30 novembre, alors que les marines affrontaient des ennemis obstinés au cœur de la forêt dense, la marine mena six grandes batailles dans les eaux de l’île. Dans les deux camps, les pertes en navires et en avions furent lourdes. Cependant, la bataille tourna à l’avantage des États-Unis à l’été 1942 et les Américains purent se déclarer victorieux en février 1943. Dans le Pacifique également, 1942 fut une année charnière.

4.3.4   La contre-offensive en Afrique du Nord

Au printemps et à l’été 1942, la situation en Afrique du Nord était plutôt favorable à l’Axe. Ainsi, le 31 août 1942, Rommel et l’Afrikakorps effectuèrent une percée à travers le flanc sud de la ligne britannique, à l’ouest d’El-Alamein ; les Allemands furent arrêtés sur la crête de Alam-El Halfa, avant d’être repoussés le 7 septembre (voir El-Alamein, bataille d’). En effet, le 23 octobre 1942, le général britannique Montgomery lança la contre-offensive alliée en Afrique du Nord. Le 1er novembre, ce fut la victoire d’El-Alamein ; le 5 novembre, il contraignit Rommel à battre en retraite.

Le 8 novembre 1942 commença l’opération Torch : les troupes américaines et britanniques débarquèrent et combattirent côte à côte sous les ordres du général Eisenhower, dans les ports du Maroc et de l’Algérie. Les Américains débarquèrent à Casablanca et à Oran ; les Britanniques, à Alger. Les Allemands envoyèrent alors des renforts en Tunisie et, en réaction à ce débarquement, envahirent la zone sud de la France, réalisant ainsi l’occupation totale du pays. Le 5e régiment de Panzers, sous les ordres du général von Arnim, avait reçu l’ordre d’arrêter Eisenhower. Rommel, qui avait poursuivi sa retraite vers l’ouest, franchit la ligne de Mareth, dans le sud-est tunisien, au début du mois de février 1943 ; il livra une attaque contre les Américains, le 14 février, les repoussant sur 80 km et les chassant du col de Kasserine, point stratégique. Ce fut sa dernière victoire, car il fut rappelé par Hitler, en mars. Les troupes britanniques furent rejointes par les troupes françaises libres du général Leclerc ; elles repoussèrent les forces allemandes jusqu’en Tunisie. Les Français, malgré des tensions entre les divers représentants militaires, furent également présents dans les opérations qui se déroulèrent en Afrique du Nord : ainsi, le général Giraud fut nommé commandant en chef civil et militaire. Après plusieurs mois de résistance, l’Afrikakorps de Rommel capitula le 12 mai 1943.

4.3.5   La bataille de l'Atlantique

Dans l’ouest de l’océan Atlantique, l’Allemagne nazie continuait d’empêcher les communications maritimes et l’approvisionnement de la Grande-Bretagne, grâce à ses sous-marins. Cependant, l’entrée en guerre des États-Unis et l’engagement de sa marine modifièrent les données. Ainsi, à partir de 1943, l’Allemagne connut ses premières défaites navales ; en mai, l’amiral Dönitz dut reconnaître sa défaite.

4.3.6   Le front russe à l'été 1942

L’Union soviétique se lança dans la guerre totale, en orientant son économie vers une économie de guerre, grâce à la reconstruction d’une force industrielle et à la mobilisation de l’ensemble de la population.

Les Allemands étaient repassés à l’attaque au début du printemps 1942. Aux victoires soviétiques de l’hiver avaient succédé les désastres du printemps. Les revers essuyés au sud de Leningrad, près de Kharkiv et en Crimée, s’étaient soldés, à eux seuls, par l’emprisonnement de plus d’un demi-million d’hommes. Les Allemands, s’ils remportaient à nouveau des victoires et reprenaient du terrain, subissaient néanmoins des pertes importantes et le rapport de force leur devenait défavorable. De plus, Hitler avait commis une erreur colossale : persuadé de remporter la victoire en 1941, il avait arrêté la plus grande partie de la production d’armement et de munitions destinée à l’armée de terre et reconverti les usines afin de pourvoir aux besoins de la marine et de l’armée de l’air, avec lesquelles il prévoyait d’achever le combat contre la Grande-Bretagne. L’industrie recommença à produire pour l’infanterie en janvier 1942, mais le matériel ne devait arriver sur le front qu’à la fin de l’été.

L’offensive allemande reprit vers le sud et le sud-est. Hitler pensait pouvoir contraindre les dirigeants soviétiques à sacrifier le gros de leurs troupes dans la défense des mines de charbon du bassin du Donets et les gisements pétroliers de Bakou et du Caucase.

L’offensive commença à l’est de Kharkiv, le 28 juin 1942 : la Wehrmacht investit le Donets et progressa à l’est du Don.

Hitler, enhardi par la facilité et la rapidité de la progression allemande, modifia ses plans dans la dernière semaine de juillet. Il avait d’abord proposé de diriger, comme convenu, les troupes vers Stalingrad, de s’emparer fermement de la Volga et, à ce moment seulement, d’envoyer une division dans le Caucase. Le 23 juillet, il ordonna à deux régiments de continuer à avancer vers Stalingrad (aujourd’hui Volgograd) et à deux autres de frapper au sud et de prendre les gisements pétroliers de Maikop, Groznyï et Bakou.

Mais, dans la seconde moitié du mois d’août, il détourna une partie des renforts destinés au sud pour renforcer l’attaque de Stalingrad et la progression dans le Caucase en pâtit. Néanmoins, le 3 septembre 1942, quand la VIe armée allemande et la IVe armée de Panzers se retrouvèrent dans la banlieue de Stalingrad, la victoire semblait proche.

L’URSS connut ses pires moments de la guerre à la fin du mois de juillet 1942. La retraite était pratiquement inévitable et les Allemands s’apprêtaient à frapper au nord, le long de la Volga, derrière Moscou, ainsi que dans le Caucase. Le 28 juillet, Staline prononça un de ses ordres de guerre les plus célèbres : « Pas un pas en arrière ! «, menaçant de sanctions draconiennes « les lâches et les traîtres «, et appelant les troupes à mener, sans faiblir, la « guerre patriotique «. À la fin du mois d’août, il fit appel au général Joukov, qui avait organisé la contre-offensive de Moscou en décembre 1941, et au général Vassilevski ; il leur confia la charge de défendre Stalingrad. Ceux-ci proposèrent d’user peu à peu la résistance de l’ennemi en le forçant à mener un combat sanglant, pendant qu’ils rassemblaient des moyens pour contre-attaquer.

Outre les corps d’armée allemands, Hitler fit appel à des troupes roumaines, italiennes et hongroises. Au matin du 19 novembre, dans la neige et le brouillard, deux divisions blindées soviétiques lancèrent une offensive contre les régiments roumains basés à l’ouest et au sud de Stalingrad, puis se rejoignirent trois jours plus tard à Kalatch, sur le Don, encerclant la VIe armée allemande et la moitié de la IVe, ainsi qu’un certain nombre d’unités roumaines. Hitler ordonna au maréchal Paulus, commandant de la VIe armée allemande, de tenir bon en attendant le soutien logistique qui devait arriver par avion et il chargea Manstein, devenu maréchal, d’organiser les renforts. Le pont aérien ne put faire parvenir les 300 t de ravitaillement par jour dont Paulus avait besoin, et les renforts envoyés par Manstein furent arrêtés à 55 km de l’enclave à la fin du mois de décembre. La VIe armée était condamnée si elle ne tentait pas une sortie, mais Hitler refusa d’autoriser une telle manœuvre.

Les Russes attaquèrent l’enclave sur trois fronts et y pénétrèrent en janvier 1943 ; l’armée allemande se retrouvant encerclée, Paulus dut capituler le 2 février 1943 et plus de 90 000 hommes furent faits prisonniers, alors que 200 000 soldats allemands étaient morts. La bataille de Stalingrad fut un tournant majeur de la guerre. Les Allemands, forcés de se retirer du Caucase, furent repoussés quasiment jusqu’aux positions qu’ils occupaient au début de l’offensive du printemps 1942. Désormais, sur le front de l’Est, l’initiative stratégique passa aux Soviétiques. Mais la défaite militaire allemande eut des conséquences psychologiques : Stalingrad témoignait de la force du communisme.

4.4   Le développement des résistances face à la répression et à l’extermination
4.4.1   La mise en place du génocide

Dès juillet 1941, la « solution finale du problème juif « fut élaborée par Hitler. Le IIIe Reich s’attaqua aux Juifs, ainsi qu’aux Tsiganes, aux Slaves, aux homosexuels et à toute personne considérée comme « ennemi du Reich « (communiste, résistant, etc.). Les massacres de population civile étaient pratiqués couramment par l’Allemagne nazie, mais également par l’Union soviétique. Cette politique fut parfois soutenue par des gouvernements occidentaux ; ce fut, en partie, le cas du gouvernement de Vichy qui mena, à partir d’octobre 1940, une politique de collaboration avec le IIIe Reich et dont la police participa à l’arrestation, à la persécution et à la déportation des Juifs. Voir aussi Holocauste ; Génocide ; Camp de concentration.

4.4.2   L'essor des résistances

Face à l’Occupation, des mouvements résistants s’organisèrent en réseaux. Cette résistance prit plusieurs aspects : militaire, politique et idéologique. En Yougoslavie, Tito symbolisa la résistance communiste ; en Pologne se développa une armée intérieure ; en URSS, les Partisans tentèrent de contrer les troupes allemandes. En France, la Résistance se cristallisa peu à peu autour du général de Gaulle, qui avait lancé de Londres, le 18 juin 1940, son premier appel à continuer la lutte et pris la tête des Forces françaises libres (FFL). Sur le territoire français, les résistants pratiquaient des activités de propagande, de sabotage et de renseignement. Divers mouvements coexistaient au sein de la Résistance et il fallut attendre 1943 pour que Jean Moulin unifie ces diverses factions en constituant le Conseil national de la Résistance (CNR).

L’insurrection du ghetto de Varsovie représente un autre exemple de résistance. Dès 1940, les autorités nazies avaient installé un ghetto dans la capitale polonaise, d’où environ 310 000 Juifs furent déportés vers les camps de concentration, entre juillet et octobre 1942. À la suite de la proclamation de la « solution finale «, le ghetto de Varsovie se souleva du 19 avril au 16 mai 1943. Le bilan fut lourd : 7 000 Juifs furent massacrés et 50 000 déportés.

4.5   Élaboration des stratégies et intervention militaire en 1943
4.5.1   La conférence de Casablanca

Après le débarquement en Afrique du Nord, du 14 au 24 janvier 1943, Roosevelt, Churchill et leurs collaborateurs se rencontrèrent à Casablanca afin d’établir une stratégie au sujet des nouvelles opérations militaires. Ce fut l’idée des offensives périphériques en Méditerranée, notamment en Sicile, en Italie et en Grèce, qui fut retenue. En outre, les Britanniques et les Américains tentèrent de réconcilier les Français d’Alger avec ceux de Londres. Enfin fut décidée la « reddition inconditionnelle de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon «, ce qui excluait tout processus de négociation.

À Casablanca, les Britanniques et les Américains décidèrent également de mener une offensive aérienne stratégique (bombardement) contre l’Allemagne, en prélude à une opération de débarquement, mais deux méthodes s’opposèrent : les Britanniques avaient construit des bombardiers lourds, les Lancaster et les Halifax, conçus pour des opérations nocturnes et pour le bombardement de zones larges ; en revanche, les Américains pensaient que leurs forteresses volantes B-17 et leurs Liberator étaient suffisamment armés, blindés et équipés de viseurs précis, pour voler de jour et frapper des cibles de taille réduite. Chaque nation utilisa sa propre méthode. Le résultat fut appelé « round-the-clock bombing « (bombardements 24 h sur 24). Les Britanniques effectuèrent, à la fin du mois de juillet 1943, quatre raids aux bombes incendiaires sur Hambourg : ils détruisirent dans les flammes la plus grande partie de la ville et firent au moins 50 000 victimes.

4.5.2   La bataille de Koursk

Sur le front de l’Est, Hitler savait qu’il ne pourrait pas assumer une nouvelle offensive d’été et envisageait de bâtir à l’est une fortification comparable au mur de l’Atlantique, qu’il faisait alors construire le long du littoral de l’Europe occidentale. Un saillant du front, autour de la ville de Koursk, donna à l’état-major l’idée de tenter un encerclement des troupes que les Soviétiques avaient massées dans cette poche.

Le 5 juillet 1943, après avoir attendu pendant trois mois l’arrivée de nouveaux matériels, Hitler engagea le combat à Koursk, attaquant au nord et au sud du renflement. Joukov et Vassilevski veillaient et avaient solidement renforcé le front aux alentours. Au cours d’une des plus grandes batailles de chars de la guerre, les Soviétiques combattirent les Allemands jusqu’à immobilisation presque complète, le 12 juillet. Hitler fut contraint de mettre fin à l’opération, qui devenait un désastre, car les Britanniques et les Américains venaient de débarquer en Sicile et il lui fallait transférer au plus vite des divisions en Italie. À partir de ce moment, l’initiative stratégique passa définitivement aux armées soviétiques.

5   L’EFFONDREMENT DE L’AXE (1943-1944)
5.1   Les défaites de l'Axe en Europe
5.1.1   Le débarquement en Sicile et l’effondrement du fascisme italien

Le 10 juillet 1943, trois divisions américaines, une division canadienne et trois divisions britanniques débarquèrent en Sicile. En cinq semaines, elles avancèrent dans l’île, jusqu’à la côte méridionale, affrontant quatre divisions italiennes et deux divisions allemandes. Le 17 août, elles eurent raison des derniers résistants de l’Axe. Pendant ce temps, le 24 juillet 1943, Mussolini, désavoué, avait été démis par le roi Victor-Emmanuel III. Il fut arrêté le 25 juillet 1943 et emprisonné, avant d’être libéré par un commando allemand (septembre 1943). Ainsi, l’Italie se retrouvait coupée en deux : au sud, le nouveau gouvernement, dirigé par le maréchal Badoglio, demandait l’armistice — il fut signé le 3 septembre et rendu public le 8 — et entra même dans la guerre aux côtés des Alliés ; au nord, la République sociale italienne, installée à Salò, était dirigée en théorie par Mussolini, mais, en réalité, par les nazis. Après l’effondrement du Reich, Mussolini fut arrêté le 26 avril 1945 par des partisans communistes qui l’exécutèrent deux jours plus tard.

Le 3 septembre, la VIIIe armée britannique, commandée par Montgomery, traversa le détroit de Messine et s’engagea dans la botte italienne. La Ve armée américaine, sous les ordres du général Clark, organisa un débarquement près de Salerne, le 9 septembre. Le 12 octobre, les Britanniques et les Américains tenaient une ligne assez solide à travers la péninsule, entre le fleuve Volturno, au nord de Naples et Termoli, sur la côte adriatique. Cependant, la progression des Alliés demeurait très lente ; à la fin de l’année, ils étaient arrêtés par les Allemands sur la ligne Gustav, à environ 100 km au sud de Rome. Le débarquement à Anzio, le 22 janvier 1944, ne parvint pas à ébranler la ligne Gustav, solidement ancrée au fleuve Liri et au mont Cassin.

Le 18 mai 1944, la Ve armée de Clark, comprenant des Français, des Polonais et des Américains, s’empara du mont Cassin. Une percée depuis la tête de pont d’Anzio, cinq jours plus tard, força les Allemands à abandonner la ligne Gustav et permit à la Ve armée d’entrer dans Rome, déclarée ville ouverte le 4 juin 1944. La progression se poursuivit au nord de la capitale italienne, mais elle devait perdre son élan avec le transfert de divisions américaines et françaises, affectées aux débarquements en France. Après la prise d’Ancône sur le littoral adriatique, puis celle de Florence durant le mois d’août, les Alliés atteignirent la « ligne gothique « sur laquelle les Allemands s’étaient repliés et où ils résistèrent encore vigoureusement durant de longs mois, interdisant toute progression vers la plaine du Pô et les zones industrielles de Milan-Turin.

5.1.2   Le front de l’Est

Après la bataille de Koursk, la contre-offensive soviétique continua ; ainsi, des attaques cinglantes frappèrent la ligne allemande au nord-ouest de Kharkiv (août 1943). En septembre de la même année, l’offensive soviétique se développa au sud, le long du Donets, et reprit plus au nord, dans le secteur du groupe d’armées du centre.

Le 15 septembre, Hitler permit au groupe d’armées du sud de se retirer sur le Dniepr pour éviter d’être anéanti. Il ordonna également à ses troupes d’emporter, de brûler ou de détruire tout ce qui, dans la zone à l’est du Dniepr, pouvait être d’une quelconque utilité à l’ennemi, reprenant ainsi à son compte la tactique de la « terre brûlée «. De l’autre côté du Dniepr, les troupes allemandes durent combattre les cinq têtes de pont soviétiques qui, sous le commandement de Joukov et de Vassilevski, luttèrent farouchement pour empêcher les Allemands de conserver cette rive. Les Soviétiques isolèrent une armée allemande en Crimée, en octobre, prirent Kiev le 6 novembre 1943, et restèrent sur l’offensive pendant tout l’hiver, réussissant à faire inéluctablement reculer les forces allemandes.

En janvier 1944, une offensive soviétique parvint à désenclaver Leningrad (voir Saint-Pétersbourg), assiégée depuis août 1941, et repoussa le groupe d’armées du nord sur une ligne allant de Narva au lac Peïpous. Au sud, des offensives successives chassèrent les Allemands de la large bande de terre entre les marais de Polésie et la mer Noire. La plus grande partie des Allemands et des Roumains isolés en Crimée moururent ou furent faits prisonniers par les Soviétiques, après l’échec partiel, en mai, d’une évacuation tardive par mer, depuis Sébastopol en direction de la Roumanie.

Le front allemand oriental fut calme pendant les trois premières semaines de juin 1944. Hitler s’attendait à une offensive soviétique en été sur le sud du front ; en effet, depuis la bataille de Stalingrad, les Soviétiques avaient concentré là leurs principaux efforts. Du côté allemand, le groupe d’armées du centre tenait toujours fermement la Biélorussie et ne pensait pas, malgré les concentrations de troupes opérées par les Soviétiques en juin, que l’attaque principale aurait lieu dans ce secteur. Pourtant, les 22 et 23 juin 1944, quatre groupes d’armées soviétiques (deux commandés par Joukov et deux par Vassilevski) attaquèrent le groupe d’armées du centre et remportèrent la victoire. Le 3 juillet 1944, Minsk, la capitale biélorusse, fut reprise par les Soviétiques ; le 8 juillet, les restes de la IVe armée allemande, encerclés, durent abandonner le combat, créant une grande brèche dans les lignes allemandes, à travers laquelle s’engouffrèrent les troupes de l’Armée rouge en direction de la Prusse-Orientale et de la Pologne. Le commandement soviétique célébra la victoire le 17 juillet 1944 en faisant défiler dans les rues de Moscou un immense cortège de 57 000 prisonniers allemands.

5.2   Le débarquement en Normandie (juin 1944)
5.2.1   La conférence de Téhéran (novembre-décembre 1943)

À la fin du mois de novembre 1943, Roosevelt et Churchill se rendirent à Téhéran pour leur première rencontre avec Staline. Le président américain et le Premier ministre britannique étaient déjà tombés d’accord sur un plan d’attaque qui consistait à traverser la Manche et à débarquer en France (opération Overlord). Roosevelt soutenait avec ferveur l’argument selon lequel il fallait exécuter le plan Overlord en 1944, dès que les conditions météorologiques seraient favorables. Churchill pensait, au contraire, qu’il fallait toujours donner la priorité à l’Italie et à de nouvelles offensives en Méditerranée, dans les Balkans ou dans le sud de la France ; mais Roosevelt et Staline s’y opposèrent et l’opération Overlord fut donc prévue pour mai 1944. Le général Eisenhower, choisi pour organiser cette gigantesque opération, fut nommé commandant en chef des forces alliées en Europe et installa son quartier général, le SHAEF (Supreme Headquarters Allied Military Forces) à Londres.

La conférence de Téhéran fut le symbole de l’alliance Est-Ouest pendant la guerre. Staline vint à la conférence en tant que chef de guerre victorieux ; d’importantes aides américaines, au titre de la loi prêt-bail, étaient acheminées en Union soviétique, par Mourmansk et le golfe Arabo-Persique ; la décision de débarquement en Normandie satisfaisait les Soviétiques, qui réclamaient depuis longtemps l’ouverture d’un deuxième front.

Pourtant, des tensions risquaient d’apparaître à mesure que les armées soviétiques approchaient des frontières des États d’Europe orientale. Il était clair que l’URSS cherchait à se forger un périmètre sous influence ; les Pays baltes, tout comme la Pologne et les Balkans, étaient des enjeux majeurs pour Staline. Roosevelt et Churchill étaient prêts à céder sur les Pays baltes ; le cas polonais était plus difficile, car les Britanniques s’étaient engagés auprès du gouvernement polonais en exil à Londres (avec lequel Staline avait rompu toute relation). Or, celui-ci revendiquait les territoires polonais occupés en 1939, ce que ne pouvaient admettre les Polonais de Londres. Les tensions s’aggravèrent encore avec la découverte des charniers de Katyn ; le gouvernement polonais en exil demanda une enquête internationale. Les Soviétiques furent accusés d’être responsables de la disparition de dizaines de milliers d’officiers polonais ; 4 000 corps environ avaient été découverts dans les fosses communes, creusées dans la forêt de Katyn, près de Smolensk. Les Soviétiques nièrent farouchement et, bien qu’étant les véritables auteurs de ce massacre, accusèrent les nazis d’en être responsables. À propos du problème polonais, les trois Grands ne s’entendirent, à Téhéran, que sur le principe du déplacement vers l’ouest des frontières du pays, au détriment de l’Allemagne. La mise en place de la future organisation internationale des Nations unies fut également discutée à Téhéran.

5.2.2   Préparations allemandes en prévision d’un débarquement allié

Hitler s’attendait à une offensive au nord-ouest de l’Europe, au printemps 1944, et il pensait que c’était l’occasion pour l’Allemagne de remporter la guerre. En effet, s’il parvenait à rejeter les Américains et les Britanniques à la mer, il estimait que, découragés, ceux-ci abandonneraient l’idée d’une autre tentative avant longtemps — ce qui lui permettrait de concentrer tous ses efforts sur le front oriental.

5.2.3   La libération de la France

Le 6 juin 1944, à l’aube, le Jour J (l’opération Overlord) débuta ; les forces anglo-américaines, sous le commandement du général Eisenhower, lui-même secondé par le britannique Montgomery, débarquèrent sur les côtes de Normandie. L’armée américaine, commandée par le général Bradley, et la IIe armée britannique, sous le commandement du général Dempsey, établirent des têtes de pont sur les côtes françaises. Le succès du débarquement s’expliqua à la fois par l’action des maquis, par les bombardements massifs et l’emploi des troupes aéroportées.

Les Allemands étaient divisés sur la riposte à opposer. Le général von Rundstedt (qui commandait les forces occidentales) pensait qu’il fallait laisser les ennemis débarquer et ensuite les rejeter à la mer ; le général Rommel (commandant en chef des troupes en France) pensait, au contraire, qu’il fallait empêcher toute tentative de débarquement. Or, Hitler, n’avait pas vraiment choisi entre ces deux conceptions et la défense allemande fut à l’image de ces hésitations . D’un côté, un « mur de l’Atlantique « fut érigé, c’est-à-dire des fortifications le long des côtes et sur les plages, de l’autre, des divisions blindées stationnèrent à 200 km à l’arrière. En outre, Hitler était convaincu que le débarquement en Normandie était une ruse et que l’assaut principal interviendrait au nord de la Seine. La riposte allemande fut donc tardive.

Cependant, l’avancée alliée piétinait. Le 24 juillet, les Américains et les Britanniques étaient toujours confinés en Normandie, même s’ils avaient pu étendre les zones contrôlées jusqu’à Saint-Lô et Caen. Bradley engagea, le 25, l’opération Cobra, jusque-là retardée par le mauvais temps. Coutances fut prise le 28, Granville le 30. Finalement, le 31, les lignes allemandes furent percées à Avranches. Les troupes de Patton (commandant de la IIIe armée américaine) s’élancèrent alors vers la Bretagne, qui fut libérée en un mois (mais les forces allemandes réussirent à tenir dans les régions de Lorient, Saint-Nazaire et La Rochelle jusqu’en 1945). Cependant, les troupes allemandes avaient tenté une contre-attaque, début juillet, dans la région de Mortain ; elles se retrouvèrent bientôt prises en tenaille par les troupes canadiennes et les forces américaines, et durent capituler à Falaise, le 19 août. Au cours du mois d’août 1944, Paris fut en proie à une véritable insurrection, fomentée par la Résistance intérieure face au commandant allemand von Choltitz. Le 25 août, la 2e division blindée de Leclerc entra dans la capitale pour la libérer ; la capitulation allemande fut signée le lendemain. De Gaulle arriva le 26 à Paris et descendit triomphalement les Champs-Élysées, avant de prononcer un discours à l’hôtel de ville.

Entre-temps, un autre débarquement se déroula en Provence. La Ire armée française, conduite par le général de Lattre de Tassigny, et la VIIIe armée américaine débarquèrent entre Toulon et Marseille, puis progressèrent vers le nord, dans la vallée du Rhône. Elles établirent la jonction avec les forces de Bradley, près de Dijon, au cours du mois de septembre.

5.3   La situation dans le Pacifique
5.3.1   La stratégie des Alliés contre le Japon

En 1943, la stratégie de la guerre contre le Japon évolua par étapes. Au départ, le but était d’assurer la sécurité des bases situées sur la côte chinoise (depuis lesquelles le Japon pourrait être bombardé, puis envahi). Pour cela, les Chinois et les Britanniques menèrent des campagnes à travers la Birmanie et l’est de la Chine, tandis que les Américains attaquèrent les îles du Pacifique, au centre et au sud, jusqu’à Formose (Taïwan) et la Chine. Cependant, la progression américaine restait limitée.

5.3.2   La progression américaine dans le Pacifique

Le 18 avril 1943, les Américains remportèrent une victoire d’une grande valeur symbolique : ils parvinrent à repérer, puis à détruire, au-dessus de l’île de Bougainville (dans les îles Salomon), l’appareil dans lequel avait pris place l’amiral Yamamoto, en tournée d’inspection dans le Pacifique.

Les troupes américaines reprirent Attu, dans les îles Aléoutiennes, après une bataille acharnée de trois semaines qui commença le 23 mai. Les principales actions se déroulèrent dans le sud-ouest du Pacifique. Les troupes américaines et néo-zélandaises, sous les ordres de l’amiral William Halsey, avancèrent entre les îles Salomon et s’emparèrent de la Nouvelle-Géorgie, en août. Les Australiens et les Américains, commandés par le général MacArthur, repoussèrent les Japonais le long de la côte orientale de la Nouvelle-Guinée, et prirent Lae et Salamaua, en septembre. En débarquant sur le cap Gloucester, en Nouvelle-Bretagne, dans les îles de l’Amirauté, en février 1944, et sur l’île Emirau, en mars 1944, ils réussirent à bloquer l’accès à Rabaul.

L’attaque du Pacifique central fut plus lente à démarrer ; en effet, les îles étaient dispersées sur de vastes portions océaniques et des forces navales puissantes étaient nécessaires pour soutenir les troupes de débarquement.

Les premiers débarquements dans le Pacifique central se déroulèrent dans les îles Gilbert, sur l’île Petite Makin et Tarawa, en novembre 1943, et sur l’île de Bétio, dans l’atoll de Tarawa. La prise de Kwajalein et d’Enivetok, dans l’archipel des îles Marshall, en janvier 1944, fut précédée de bombardements intensifs.

5.3.3   La bataille de la mer des Philippines

Les opérations contre le Japon dans le Pacifique s’accélérèrent en 1944. Au printemps, il était prévu que le général MacArthur progresse dans le nord-ouest de la Nouvelle-Guinée et vers les Philippines ; l’amiral Nimitz était chargé des opérations au centre du Pacifique, vers les îles Mariannes et les îles Carolines. Les Japonais, pour leur part, se préparaient à une bataille navale décisive à l’est des Philippines. Les succès américains s’expliquèrent par leur supériorité logistique et par leur stratégie. En effet, l’océan Pacifique étant composé d’archipels recouvrant des milliers d’îles, les Américains mirent au point la tactique du « saut de mouton «, qui consistait à prendre les points stratégiques d’un archipel, avant de passer à un autre.

Après avoir progressé de cette manière le long de la côte de Nouvelle-Guinée jusqu’à Jayapura et l’île de Wakde, en avril et en mai, les troupes de MacArthur débarquèrent sur l’île de Biak, le 27 mai. Les terrains d’aviation de Biak permettaient aux avions américains de harceler la flotte japonaise dans les Philippines. Une force de frappe construite autour des deux grands bâtiments de guerre, le Yamato et le Musashi, fit alors route vers Biak, le 13 juin, alors que la marine américaine commençait à bombarder Saipan, dans les îles Mariannes. Les bâtiments japonais reçurent l’ordre de faire route au nord et de rejoindre la flotte de l’amiral Ozawa Jisaburo, qui se dirigeait des Philippines vers les îles Mariannes.

Les 19 et 20 juin 1944, Ozawa rencontra le corps expéditionnaire américain, sous le commandement de l’amiral Mitscher, dans la bataille de la mer des Philippines. L’issue du combat se décida dans les airs et sous la mer. Après ces événements, Ozawa fit route au nord vers Okinawa, avec les 35 appareils qui lui restaient ; ce fut la fin de l’aéronavale japonaise.

5.3.4   Changement de stratégie dans le Pacifique

Les troupes américaines débarquèrent à Saipan, le 15 juin 1944, et prirent possession de Tinian et Guam en septembre, ce qui leur permit de développer une stratégie pour mettre fin à la guerre. Les îles pouvaient accueillir des bases pour les nouveaux bombardiers à long rayon d’action, les super forteresses B-29, qui pourraient ainsi atteindre Tokyo et les principales villes japonaises. En outre, la supériorité navale américaine dans le Pacifique devint rapidement suffisante pour envisager une invasion du Japon. Les bombardements réguliers sur le pays commencèrent donc en novembre 1944.

Bien que le changement de stratégie ait soulevé des doutes sur la nécessité des opérations dans les Carolines et les Philippines, celles-ci se poursuivirent comme prévu, avec des débarquements dans les Carolines occidentales, à Peleliu (15 septembre), Ulithi (23 septembre) et Ngulu (16 octobre) et dans les Philippines centrales, à Leyte (20 octobre). L’invasion des Philippines fit faire à la marine japonaise sa dernière sortie en force. Dans la bataille de Leyte (du 23 au 25 octobre), la flotte japonaise fut presque entièrement détruite.

6   LA FIN DE LA GUERRE ET LA CAPITULATION DE L'AXE (1944-1945)
6.1   Les avancées alliées en Europe
6.1.1   Le complot contre Hitler

En Allemagne, des mouvements de résistance émergèrent et les oppositions au Führer se développèrent. Le 20 juillet 1944, un groupe d’officiers et de civils allemands tentèrent d’assassiner Hitler, en plaçant une bombe dans son quartier général, en Prusse-Orientale. La bombe explosa, blessant plusieurs officiers (certains mortellement), mais Hitler en sortit presque indemne. Par la suite, la Gestapo traqua quiconque était soupçonné de complicité dans ce complot. L’un des suspects, Rommel, fut contraint au suicide ; il eut cependant les honneurs de funérailles nationales. Hitler réussit à renforcer encore son pouvoir en éliminant toute opposition. Voir aussi Juillet 1944, attentat du 20.

6.1.2   Pause dans l’offensive occidentale

Sur le front occidental, Bradley et Montgomery prirent la tête de l’offensive qui, au nord de la Seine, se dirigeait vers la Belgique ; les Américains progressaient vers la frontière franco-allemande. Les troupes de Montgomery prirent Anvers le 3 septembre 1944, et les premières patrouilles américaines traversèrent la frontière allemande le 11 septembre. Mais la progression s’arrêta : les armées allemandes, d’abord démantelées, s’étaient reformées et Hitler avait nommé commandant le feld-maréchal Walter Model, qui avait gagné sa réputation sur le front oriental. En outre, Montgomery avait atteint des obstacles naturels difficilement franchissables : la Meuse et le Bas-Rhin, tandis que les Américains se heurtaient à la ligne Siegfried, construite par les Allemands dans les années 1930, en réplique à la ligne Maginot. Enfin, les Alliés avaient de graves problèmes de ravitaillement : carburant et munitions se faisaient rares, il fallait les acheminer depuis les ports français de la Manche, sur près de 800 km, alors que routes et voies ferrées, du fait des bombardements alliés, des actions de la Résistance ou des destructions allemandes étaient dans un état catastrophique. Jusqu’au dégagement et à la remise en service du port d’Anvers, les avancées majeures étaient devenues impossibles.

6.1.3   La fin de la guerre à l'Est

L’offensive soviétique s’était développée au nord et au centre du front : le 29 juillet, la côte baltique était atteinte près de Riga, et le groupe d’armées du nord allemand se trouva isolé. Les percées au centre permirent d’atteindre la Vistule, en amont de Varsovie, à la fin du mois. Cependant, dans la capitale polonaise, le 1er août 1944, la Résistance, commandée par le général Bór-Komorowski déclencha une insurrection. Les insurgés, fidèles au gouvernement en exil à Londres, tentèrent de désorganiser les forces allemandes. Staline, qui n’avait pas été prévenu, n’intervint pas pour soutenir l’insurrection. Les Allemands prirent l’avantage et Bór-Komorowski dut capituler le 2 octobre, après soixante-trois jours de combat. Hitler ordonna de raser la ville ; l’insurrection avait provoqué la mort d’au moins 220 000 personnes.

Pendant que l’Union soviétique laissait l’insurrection de Varsovie à son sort tragique, elle remportait par ailleurs des victoires. Une offensive entre les Carpates et la mer Noire, lancée le 20 août, contraignit la Roumanie à demander un armistice trois jours plus tard. La Bulgarie, qui n’avait jamais déclaré la guerre à l’Union soviétique, se rendit le 9 septembre, et la Finlande, le 19 septembre. Les troupes soviétiques prirent Belgrade, le 20 octobre, et installèrent un gouvernement communiste, dirigé par Tito. En Hongrie, après une bataille rude, les Soviétiques parvinrent à atteindre Budapest, qui capitula le 13 février 1945.

6.1.4   Le sursaut allemand

Outre les opérations de débarquement, les Alliés passèrent à l’attaque du territoire allemand. Les principales actions menées contre l’Allemagne, durant l’automne 1944, furent des bombardements. Escortés par des chasseurs à long rayon d’action, en particulier des Mustang P-51, les bombardiers américains frappaient, le jour, des cibles industrielles, pendant que les villes allemandes subissaient, la nuit, les bombardements britanniques. La réplique d’Hitler ne se fit pas attendre ; en juin, il commença à utiliser les V1 (de petits avions à réaction sans pilote) et, en septembre, les fusées V2 ; mais les meilleurs sites de lancement, ceux du nord-ouest de la France et de la Belgique, furent perdus en octobre. Les bombardements alliés frappèrent de plein fouet les populations civiles, comme à Dresde, où un bombardement fit environ 35 000 victimes. Cependant, l’ensemble des secteurs de l’industrie allemande ne fut pas totalement désorganisé.

Le raccourcissement des fronts à l’est et à l’ouest, et l’accalmie de fin d’année dans les combats terrestres permirent à Hitler de créer une réserve de 25 divisions. Il décida de les utiliser dans une ultime offensive contre les Britanniques et les Américains, depuis les Ardennes, en coupant à travers la Belgique vers Anvers, réutilisant la stratégie qui avait bien fonctionné en 1940.

La bataille des Ardennes commença le 16 décembre 1944. Les Alliés opposèrent une forte résistance et parvinrent à tenir les nœuds routiers critiques de Saint-Vith et de Bastogne. L’effort allemand fut voué à l’échec après le 23 décembre, lorsque les Alliés, grâce à une météo plus favorable, purent utiliser leur potentiel aérien. Néanmoins, les combats se prolongèrent jusqu’à la fin du mois de janvier et la progression alliée vers l’Allemagne ne put reprendre qu’en février.

6.2   La concertation des Alliés et les nouveaux objectifs
6.2.1   La conférence de Yalta (février 1945)

Les armées soviétiques avaient atteint les rives de l’Oder, à 60 km à l’est de Berlin, début février 1945. Elles avaient écrasé les lignes allemandes sur la Vistule et atteint la côte de la mer Baltique à l’est de Dantzig (aujourd’hui Gdańsk) en janvier.

Une rencontre entre les chefs des gouvernements américain, britannique et soviétique se déroula alors à Yalta, en Crimée, du 4 au 11 février 1945. À la conférence de Yalta, Staline accepta d’entrer en guerre contre le Japon dans les trois mois qui suivraient la reddition allemande, en contrepartie de concessions territoriales en Extrême-Orient. Les Alliés tentèrent également de se mettre d’accord sur la fin de la guerre avec l’Allemagne et sur l’organisation du pays après le conflit.

6.2.2   La fin du IIIe Reich

Pour battre l’Allemagne, la première étape pour toutes les armées alliées consistait à atteindre le Rhin. Pour y parvenir, elles devaient traverser la ligne Siegfried dans le sud et la Ruhr, dont les Allemands avaient inondé la vallée en ouvrant des barrages. Après avoir attendu près de deux semaines que le niveau des eaux baisse, les armées américaines traversèrent la vallée, le 23 février, et marchèrent vers le Rhin, qu’elles atteignirent début mars. Cependant, les ponts étaient détruits partout, sauf dans la petite ville de Remagen, où des unités de la Ire armée américaine utilisèrent le pont ferroviaire Ludendorff, le 7 mars, pour franchir le fleuve. Le 24 mars, lorsque Montgomery envoya des éléments de la IIe armée britannique et de la IXe armée américaine de l’autre côté du fleuve, la Ire armée américaine tenait alors une vaste tête de pont entre Bonn et Coblence. Les Français étaient représentés par la Ire armée française du général de Lattre de Tassigny. Le 22 mars, la IIe armée américaine avait réussi à établir, elle aussi, une tête de pont solide au sud de Mayence. L’obstacle du fleuve étant franchi, Eisenhower put ordonner aux troupes alliées de marcher vers l’est.

Les Ire et IXe armées américaines parvinrent à encercler le cœur industriel de l’Allemagne, dans la région de la Ruhr, le 1er avril 1945. La IIe armée britannique traversa la Weser, à mi-chemin entre le Rhin et l’Elbe, le 5 avril. Le 11 avril, la IXe armée atteignit l’Elbe, près de Magdeburg et, dès le lendemain, prit pied sur la rive orientale. Dès lors, l’artillerie alliée pouvait frapper Berlin, distante de 120 km. L’arrivée de la IXe armée sur l’Elbe souleva la question de l’importance de la prise de Berlin. Les Britanniques (en particulier Churchill et Montgomery) et certains Américains, envisageant les aspects psychologiques de la victoire, prétendaient que Berlin devait devenir un objectif prioritaire. En revanche, Eisenhower soutenait que, sur le plan militaire, Berlin n’avait pas de valeur stratégique précise et qu’une jonction avec les Soviétiques pouvait se faire tout aussi bien un peu plus au sud, entre Leipzig et Dresde.

Depuis février, le front soviétique était resté stationnaire sur l’Oder. Mais au début du mois d’avril, l’Armée rouge se concentra sur Berlin, qui redevint un objectif prioritaire.

Les 14 et 16 avril 1945, la Ve armée américaine et la VIIe armée britannique lancèrent des attaques qui leur ouvrirent l’accès à la plaine du Pô, dans le nord de l’Italie. L’avance soviétique vers Berlin commença le 16 avril. La VIIe armée américaine prit Nuremberg (le site des congrès du Parti nazi pendant les années trente) le 20 avril 1945. Quatre jours plus tard, les armées soviétiques encerclèrent Berlin. Le 25 avril 1945, la 5e garde soviétique et la Ire armée américaine établirent le contact à Torgau, sur l’Elbe, au nord-est de Leipzig. Dans la dernière semaine du mois, la résistance contre les Alliés cessa pratiquement partout, mais les troupes allemandes sur le front de l’est se battirent désespérément pour éviter d’être faits prisonniers par les Soviétiques.

6.3   L’effondrement de l’Allemagne nazie

Alors que la plupart des collaborateurs, civils et militaires, d’Hitler avaient choisi de fuir la capitale pour se mettre en lieu sûr, le Führer demeura à Berlin. L’après-midi du 30 avril 1945, Hitler se suicida dans son bunker berlinois. Son dernier acte officiel fut la nomination du grand amiral Karl Dönitz comme son successeur à la tête de l’État.

Dönitz, qui avait été loyal à Hitler, n’eut pas d’autre choix que de se rendre. Son représentant, le général Jodl, signa alors un acte de reddition inconditionnelle de toutes les forces armées allemandes, au quartier général d’Eisenhower, à Reims, le 7 mai 1945 ; un second texte fut signé à Berlin (au quartier général soviétique) le 8 mai 1945 par le maréchal Keitel. Les forces allemandes en Italie s’étaient déjà rendues le 2 mai, ainsi que celles de Hollande, d’Allemagne du nord et du Danemark (4 mai). La reddition totale sans condition prit effet à zéro heure, le 9 mai 1945. Ce fut la fin du IIIe Reich.

6.4   La défaite du Japon

Dans le Pacifique, la situation n’était pas aussi claire. La marine nippone n’était certes plus en mesure de pratiquer des sorties en force, mais le gros de l’armée restait intact, déployé dans l’archipel et en Chine. En outre, un certain nombre de soldats japonais, les kamikazes, menaient des attaques aériennes suicides, en particulier lors de combats à Luçon, dans les Philippines.

6.4.1   Iwo-Jima et Okinawa

Alors que l’assaut final sur le Japon nécessitait d’attendre l’arrivée des renforts venus d’Europe, la progression en « saut de mouton « se poursuivait, d’abord avec un débarquement à Iwo-Jima, le 19 février 1945. Cette petite île dénudée coûta la vie à plus de 6 000 marines américains, lors de la bataille d’Iwo-Jima, qui dura jusqu’au 16 mars. Située à mi-chemin entre les îles Mariannes et Tokyo, l’île devait jouer un rôle essentiel dans la guerre aérienne : ses deux pistes pouvaient permettre des atterrissages de fortune aux B-29 endommagés.

Le 1er avril, la Xe armée américaine, composée de quatre divisions de l’armée et de quatre divisions de marines, sous le commandement du général Buckner, débarquèrent à Okinawa, dans l’archipel des Ryukyu, à 500 km au sud de la plus méridionale des îles japonaises. La partie Nord de l’île fut prise en moins de deux semaines, mais la troisième ligne, fortifiée au sud, ne put être franchie avant le 14 juin ; les combats se poursuivirent jusqu’au 21 juin.

6.4.2   Hiroshima et Nagasaki

Les Américains s’étaient fixés Kyushu comme objectif suivant ; ils avaient envisagé les opérations pour novembre 1945, mais une victoire aisée semblait peu probable. Cependant, le gouvernement américain s’orienta vers une autre stratégie, qui reposait sur l’utilisation des armes nucléaires. Les matériaux fissibles, l’uranium et le plutonium, indispensables au projet, ne furent néanmoins disponibles en quantité suffisante qu’à la fin de la guerre. La première bombe expérimentale explosa à Alamogordo, au Nouveau-Mexique, le 16 juillet 1945.

Deux autres bombes avaient été construites et la possibilité de les utiliser pour contraindre les Japonais à une capitulation rapide fut évoquée. Le président Harry Truman, qui avait succédé à Roosevelt, décédé le 12 avril, décida de les utiliser dans le but d’épargner des milliers de soldats américains. En fait, Truman aurait sans doute élaboré un calendrier prévoyant plusieurs explosions. Les deux bombes furent utilisées à trois jours d’intervalle, la première sur Hiroshima, le 6 août 1945, la seconde sur Nagasaki, le 9 août. Le nombre de victimes fut estimé entre 75 000 et 80 000 pour Hiroshima et 40 000 pour Nagasaki. Dans le même temps, l’URSS, conformément aux accords de Yalta, déclara la guerre au Japon, le 8 août et envahit la Mandchourie, le lendemain.

Le 15 août 1945, le Japon, dirigé par l’empereur Hirohito, annonça sa reddition. La signature formelle eut lieu le 2 septembre 1945, dans la baie de Tokyo, à bord du navire de guerre le Missouri. La délégation alliée était conduite par le général MacArthur.

7   LE BILAN DE LA GUERRE

La fin de la Seconde Guerre mondiale consacra la victoire des forces démocratiques sur les puissances nazies et fascistes. Cependant, le bilan était lourd. En ce qui concerne les pertes humaines, la guerre provoqua la mort de 40 à 60 millions de personnes : 17 à 26 millions pour l’Union soviétique ; 4 à 6 millions pour la Pologne ; 4 à 5 millions pour l’Allemagne ; 2 millions pour le Japon ; 1,6 million pour la Yougoslavie ; plus d’un million pour la Chine. On compte 400 000 tués au Royaume-Uni et dans l’Empire britannique, et 400 000 aux États-Unis. La France déplora environ 550 000 morts, dont 350 000 civils.

Les populations civiles souffrirent beaucoup durant le conflit, en raison des bombardements aériens, mais aussi à cause de l’occupation brutale de l’ennemi et des massacres de tous ordres.

Les destructions matérielles furent également considérables (en particulier, en URSS) ; en Europe, environ la moitié des territoires était considérée comme sinistrée.

Ce furent les États-Unis qui dépensèrent le plus d’argent dans la guerre, environ 341 milliards de dollars, dont 50 milliards de fournitures en prêt-bail (31 milliards pour le Royaume-Uni, 11 milliards pour l’Union soviétique, 5 milliards pour la Chine et 3 milliards de dollars pour les 35 autres pays belligérants alliés). Vint ensuite l’Allemagne avec 272 milliards de dollars ; suivie par l’Union soviétique, 192 milliards et le Royaume-Uni, 120 milliards ; l’Italie, 94 milliards et le Japon, 56 milliards de dollars.

C’est essentiellement sur le plan moral que la Seconde Guerre mondiale eut des répercussions très lourdes, l’ensemble des valeurs attachées à la civilisation étant remis en question. En effet, méprisant les droits humains, le conflit se caractérisa par l’emploi généralisé de la torture, les régimes politiques de terreur, la hantise de la bombe atomique et il s’accompagna de l’extermination de plus de 6 millions d’êtres humains révélée par la découverte des charniers et des camps de la mort.

Au sein des populations ayant participé à la Seconde Guerre mondiale, de véritables guerres civiles éclatèrent, opposant les partisans de l’Axe et les Résistants. Enfin, en raison des campagnes militaires et des occupations ennemies, un grand nombre de personnes prirent la fuite et quittèrent leur pays ; ces déplacements de population engendrèrent des problèmes de rapatriement après la guerre.

Enfin, sur le plan politique, la fin de la Seconde Guerre mondiale ouvrit le monde à une nouvelle ère bipolaire, caractérisée par la guerre froide entre les deux États qui étaient sortis grandis et renforcés de la guerre : l’Union soviétique et les États-Unis. En revanche, l’Europe fut réorganisée, de nouvelles frontières furent créées et la puissance européenne déclina. Les empires coloniaux s’orientèrent vers un processus d’accession à l’indépendance, en vertu du droit des peuples à l’autodétermination.

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