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Les Perses - Eschyle : Récit de la Bataille de Salamine

Publié le 22/02/2012

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eschyle

Quand le jour aux blancs chevaux eut rempli toute la terre de sa brillante clarté, d'abord, éclatante, une clameur s'élève de chez les Grecs, comme un hymne d'heureux augure, et l'écho s'en répercute, haut et clair, contre les roches de l'île.

La peur alors saisit tous les Barbares, trompés dans leur attente. Car ce n'était pas pour fuir que les Grecs entonnaient le Péan sacré, mais pour s'élancer au combat, pleins de courage et d'audace. Les accents de la trompette, là-bas, incendient toute leur ligne. Aussitôt leurs rames bruissantes plongent avec ensemble et frappent en cadence les profondeurs salées. Promptement toute leur ligne se découvre à notre vue. Leur aile droite alignée marche la première, en bon ordre ; derrière, la flotte entière se dégage et s'avance. On peut alors entendre cette clameur immense : “ Allons, enfants de la Grèce, libérez la patrie, libérez vos enfants, vos femmes, les demeures des dieux de vos pères et les tombeaux de vos aïeux. C'est la lutte suprême. ” Et, montant de nos lignes, un bourdonnement en perse lui répond : ce n'est plus le moment de tarder.

Aussitôt, nef contre nef, c'est le choc des éperons de bronze. Un Grec a commencé l'abordage, en fracassant la proue d'un vaisseau phénicien. Chacun alors se lance sur l'adversaire choisi. Au début, l'afflux de la flotte perse résiste. Mais lorsque, dans la passe étroite, la foule de ses vaisseaux se trouve entassée, tout secours mutuel devenu impossible, ils se heurtent entre eux de leurs rostres de bronze et fracassent l'appareil entier de leurs rames. Les nefs grecques, adroitement, les enveloppent, les frappent. Les coques se renversent. La mer disparaît sous un amas d'épaves et de cadavres sanglants. Les rivages, les écueils, sont envahis par la foule des morts. Une fuite désordonnée emporte à force de rames le reste des bateaux barbares. Les hommes, comme des thons ou des poissons pris au filet, les Grecs, à coups de tronçons de rames et de morceaux d'épaves, les frappent, les assomment. Une plainte mêlée de cris remplit la mer vers le large, jusqu'à l'heure où l'arrête l'œil sombre de la nuit.

La foule de nos malheurs, quand je prendrais dix jours pour en dresser la liste, je ne l'épuiserais pas. Sache-le bien : jamais un tel nombre d'hommes n'a péri en un seul jour.

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