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Marceline Desbordes-Valmore

Publié le 22/02/2012

Extrait du document

1786-1859

 

Marceline Desbordes-Valmore n'étonne ni par l'œil de son intelligence ni par l'invention des images. Sa force est au-dedans, l'éclat lui vient du cœur. Il est vrai que l'arc n'est pas toujours tendu. Il arrive que le cri ne daigne point former des paroles. Aussi les meilleurs vers de Marceline sont-ils les derniers qu'elle a faits. Plus l'expression touche à l'âme, plus lent est le style à quitter sa lie. Ce qui me frappe dans Marceline, c'est qu'elle écrit encore à cinquante ans comme d'autres parlent à vingt ans. Ses lettres conservent le feu des gens qui ne sentent pas leur âge. Il a fallu beaucoup de misère et presque les bougies de l'enterrement pour changer en lumière trop de chaleur. Mais que sont beaux les fruits de la patience ! Sainte Beuve et Verlaine s'en nourrirent. La cadence était puissante et naïve ; Marceline y ajouta la place rare d'un mot qui n'est pas rare, une manière de couper la phrase qui lui donne de la croupe et des hanches ou bien, tout au contraire, qui dérobe la forme du corps. Que de fois le lecteur est délicieusement déconcerté par un trait où la voix s'arrête, comme un voleur qui entendrait dans sa poche un réveille-matin ! Cet art de vivre au pain et au couteau avec les Muses, de reconnaître, à la flamande, le prince dans le mendiant, la nymphe dans le robinet, le Saint-Esprit dans un pigeon, c'est le don qu'eut Marceline d'apprivoiser le sublime et de gagner le ciel en poussant la porte de la cuisine.

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