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SÉANCE Jean-Jacques Rousseau, Julie ou La Nouvelle Héloïse (1761)

Publié le 12/06/2015

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SÉANCE Jean-Jacques Rousseau, Julie ou La Nouvelle Héloïse (1761)

L'étude de ce texte fondateur permet de faire le lien entre la nais­sance du paysage en peinture et celle en littérature (nature/miroir de l'âme).

·    Objectifs :

      Rappel historique lexical (histoire de la langue).

      Étude d'un texte fondateur d'une esthétique et d'une pensée (histoire littéraire).

      Commentaire argumenté d'un texte littéraire.

Réponses aux questions [LIVRE ÉLÈVE, P. 651 0 Lire

1.  Les indices révélateurs d'un écrit épistolaire se limitent à l'adresse au destinataire : « Vous savez« ; le discours rapporté au style direct pourrait se trouver dans un récit non épistolaire, ainsi que l'emploi de la l' personne, traditionnel dans un récit rétrospectif. Par ailleurs, le récit ne porte pas les marques d'oralité, fréquentes dans la corres­pondance. Mais le procédé de la lettre permet la confidence intime et l'identification du lecteur au destinataire.

2.  L'observation des temps permet de distinguer le récit de la des­cription; le récit est au passé simple : «je revins« et la description du paysage à l'imparfait : « ce lieu [...] formait «.

Cette répartition est traditionnelle ; l'imparfait a ici une valeur dura­tive qui, opposée à la valeur ponctuelle du passé simple, souligne la différence entre la permanence du décor naturel et le « passage « des êtres qui le traversent. Le passé simple marquant ainsi l'achèvement

souligne le caractère révolu du passé, tandis que le présent atempo­rel employé en correspondance avec l'imparfait renforce le caractère durable de l'univers. Le découpage en paragraphes ne recouvre pas l'alternance des temps : la description s'inscrit brutalement dans le récit. L'absence de connecteur logique et de retrait de ligne crée un effet de surprise, souligné par l'emploi du déictique qui marque le début de la description. La description est coupée de manière signi­ficative pour placer les héros «au milieu« du décor sauvage dans un « asile «, l'alinéa soulignant ici le contraste entre les deux aspects du paysage.

3.  Les éléments du décor sont ceux de la montagne alpine : « un tor­rent «, « une chaîne de roches «, « des forêts de noirs sapins «, « un grand bois de chênes «, «le lac «, «la cime [...] du Jura «.

Deux adjectifs caractérisent l'ensemble : « sauvage « et « désert «. Le contraste avec le premier plan, où se trouvent les amants, est mar­qué dès le début du 3e paragraphe par l'antithèse : «grands et superbes objets «l« petit terrain « qui se développe tout au long du paragraphe. Le glissement de « réduit « à « asile « souligne la subjec­tivité de la description tandis que l'effet de contraste est commenté par le narrateur lui-même : «il semblait que ce lieu dût être l'asile de deux amants échappés seuls au bouleversement de la nature«.

4.  La subjectivité de la description est manifeste dans l'insistance grammaticale à localiser le point de vue par des circonstances de lieu : «à vingt pas de nous «, «derrière nous «, «l'esplanade où nous étions «, etc. Elle l'est également dans la caractérisation (« solitaire «, « sauvage «, « sensibles «). La personnification renforce le caractère subjectif de la description, en prêtant aux éléments du paysage des caractéristiques psychologiques.

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5.    Le champ lexical de la nature et celui de l'affectivité saturent la description et la relation entre les deux permet d'envisager le paysage décrit comme un miroir des sentiments. L'unité du paysage tient à son caractère naturel et sauvage ; tous les éléments d'un paysage mon­tagneux sont énumérés, situés précisément. L'explication géologique des « glacières « renforce l'effet de réalité géographique, et la caracté­risation souligne l'aspect sauvage de ce paysage naturel : « énormes sommets de glace «, « grands bois «, « immense plaine d'eau «, « majes­tueux Jura «. Si ce paysage est définitivement « sauvage «, jusqu'aux quelques « arbres fruitiers « du « petit terrain «, les contrastes relevés entre les deux paragraphes montrent qu'il est double. La petitesse du « réduit «, les « quelques ruisseaux «, les « quelques arbres «, « la terre humide et fraîche « contrastent avec la grandeur des montagnes qui entourent le «si doux séjour «, mais c'est précisément le caractère « solitaire « et inaccessible de ce « lieu désert « qui permet aux amants de s'y sentir à l'abri et en accord avec la nature complice. Il existe en effet une véritable communion entre le paysage et les « âmes sen­sibles « des amants : il est personnifié (« séjour riant «) et commu­nique avec eux. Le langage de la nature est celui du corps qui frappe les sens, surtout celui de la vue. Le regard transforme le paysage d'abord en le composant, comme un peintre le fait d'un tableau à partir d'un point central — « nous« —, d'où tout est vu. En évoquant les origines du monde dans la description des « glacières « et le para­dis terrestre avec « l'asile « champêtre des amants, Rousseau dessine un paysage mental récurrent dans son oeuvre : celui du paradis perdu recréé par l'écriture.

6.  Rousseau emploie « objet « dans son sens premier et concret de « ce qui frappe la vue « : « ces grands et superbes objets « sont « le tor‑

rent «, « la chaîne de roches « et « les forêts de noirs sapins «. Cette valeur étymologique a disparu aujourd'hui, sauf dans des emplois archaïques ou précieux — par exemple : «Les charmants objets dont je suis entouré(e) m'empêchent de me concentrer sur mon travail. «

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7. Les similitudes tiennent d'abord à la réalité géographique. La res­semblance tient aussi aux procédés de dramatisation des éléments de la nature traités comme des personnages : héroïsation du sapin sur­plombant le ravin dans le tableau de Friedrich, personnification des arbres fruitiers dans le texte de Rousseau. La différence essentielle tient à la présence humaine : aucune présence dans le tableau de Friedrich, si ce n'est celle, implicite, du regard suspendu entre les roches escarpées et le gouffre du ravin. Il n'y a pas non plus de vision « riante « contrastant avec une image « sauvage « chez Friedrich : tout y est sauvage et désert.

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