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ACTE II. SCENE IV - Le Misanthrope de Molière

Publié le 12/07/2011

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ÉLIANTE. L'amour, pour l'ordinaire, est peu fait à ces lois, Et l'on voit les amants vanter toujours leur choix; Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable, Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable: Ils comptent les défauts pour des perfections, Et savent y donner de favorables noms. La pâle est aux jasmins en blancheur comparable; La noire à faire peur, une brune adorable ; La maigre a de la taille et de la liberté! La grasse est dans son port pleine de majesté ; La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée, Est mise sous le nom de beauté négligée; La géante paraît une déesse aux yeux; La naine, un abrégé des merveilles des cieux; L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne: La fourbe a de l'esprit, la sotte est toute bonne; La trop grande parleuse est d'agréable humeur; Et la muette garde une honnête pudeur. C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrême Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime.

L'ensemble. — Derrière la comédie du Misanthrope qui, comme la vie d'alors, se passe uniquement dans un salon, il y a un drame, un drame douloureux : Alceste aime Célimène, et tout ce qui fait la nature coquette de la jeune femme l'empêche de pouvoir répondre à cet amour. C'est un sentiment illogique, malheureux, dont Alceste ne guérira pas; une autre femme, Eliante, lui donnerait le bonheur, mais il n'aime que Célimène. C'est là tout le quiproquo de la vie et de l'amour. Cette Eliante est une figure reposante et charmante; ici, elle philosophe agréablement sur le mensonge de l'amour. Alceste, quand il s'agit de Célimène, est aveugle, comme tous ceux qui aiment. Tout ce passage, d'une ironie si fine et d'une psychologie si juste, est presque entièrement traduit du philosophe latin Lucrèce. Ceci nous prouve la profonde culture de Molière.

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