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CHAPITRE VII Quentin s'éveilla le premier.

Publié le 05/11/2013

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CHAPITRE VII Quentin s'éveilla le premier. Il faisait un petit temps gris secoué par le son des cloches. Une mouche tournait utour d'eux, la dernière de la saison, la seule du pays. Il fut tenté d'y voir un symbole de la malédiction, mais le pectacle de Fouquet rencogné, la tête sous sa veste, le rasséréna. Des aventures de la veille, il gardait une émoire confuse dominée par l'impression que le jeune homme était le père d'une petite fille et la chose lui arut si cocasse qu'il n'hésita pas à le secouer pour en recevoir la confirmation. C'était donc vrai ! Pour une fois, es imaginations de l'ivresse prenaient corps. À partir de Marie, ils s'efforcèrent de reconstituer les itinéraires et es caprices de leur nuit, tout en corrigeant le débraillé de leur tenue. Cette toilette de bivouac, face au large, leur endit des forces. S'ils présentaient encore tous les signes extérieurs du vagabondage, les cheveux emmêlés, la arbe agressive, les vêtements fripés, l'âme était demeurée assez fraîche. Fouquet se rappelait surtout que sa fille llait lui être rendue à dix heures ; Quentin se souvenait d'avoir fait régner sa loi chez Esnault. Le scandale du eu d'artifice, qui s'était déroulé à un stade beaucoup plus avancé, leur parvenait sous un jour atténué. Ils vitaient d'approfondir, mais pressentaient qu'il y aurait des souvenirs à creuser dans cette direction. Ils en taient au moment où les fautes partagées semblent légères, où, avec un petit coup de pouce, la Guillaumette et roquebol rejoignent Oreste et Pylade. En vérité, ils sifflaient pour se donner du courage. Par un cheminement tortueux, une image revint à Quentin, qui représentait Clovis, roi des Francs, ondoyé ar saint Rémi, et il sut qu'il faudrait toujours en arriver là : -- Dis donc, si Clovis ne s'était pas fait baptiser après sa victoire, qu'est-ce que tu penserais de ce gars-là ?... u'il fut un parjure et un renégat ? -- Sans doute, dit Fouquet, mais ce n'est pas le jour à se faire du souci pour Clovis. -- Inutile de te dire, insista Quentin avec une pointe de sublime, que c'est à l'endroit même où nous nous rouvons que j'avais fait le voeu de ne plus boire. Fouquet vit que son compagnon était en voie de s'assombrir. -- Ce qui est fait est fait, dit-il. D'ailleurs, j'ai entendu raconter que dans les cas de reniement d'une certaine ravité, on entendait le coq chanter, or il ne me semble pas... -- Tu as raison, dit Quentin, il sera temps d'y repenser demain. J'en parlerai à mon père. -- Tu comptes toujours aller à Blangy ? -- Pourquoi pas, puisque tu pars, toi aussi. -- Il faudrait peut-être se rapprocher un peu, suggéra Fouquet, on aura passé un bon moment ensemble. Il n'osait parler ouvertement de rentrer en ville. -- Soit, consentit Quentin en passant sa grosse main dans ses cheveux. Je me suis laissé dire qu'il existait une ympathie particulière entre les matinées, avec ou sans chant du coq, et le petit vin blanc. Puisque le mal est ccompli... Depuis le réveil, chacun hésitait à se hasarder sur ce chapitre de la conduite à adopter jusqu'à la séparation : eindrait-on de brûler ce qu'on avait adoré ? Courrait-on le risque de se foudroyer d'entrée de jeu ? Fouquet lui fut reconnaissant d'avoir parlé le premier et il comprit que Quentin avait besoin de ventiler ses emords. Lui-même... -- Comme tu voudras, dit-il, mais soyons prudents.   Une heure après, lorsqu'ils furent en vue du Stella, ils aperçurent dans le jardin un massif de têtes inclinées ers la plaque commémorative du soldat canadien. Le maire, un peu à l'écart, lisait une petite allocution en uatre langues, d'une grande sobriété, qui tenait peut-être à la modestie de son vocabulaire, mais frappait xactement. La note comique tenait dans la poche du président de la Tiger-City Légion, qui avait glissé entre eux phrases de sa réponse une allusion à la superbe fête de nuit donnée en l'honneur de ce meeting annuel. ela, Fouquet devait l'ignorer toujours. Albert s'était à nouveau laissé aller violemment au bar du Rayon vert, ont ils arrivaient, et avait même cédé à un mouvement d'attendrissement ou de fatigue soudaine à l'idée de uitter le jeune homme : « Qu'est-ce qu'il me reste à attendre ?... » Ses yeux étaient maintenant à la fois battus t brillants. -- Passons par-derrière. Demeurons entre nous... Et puis, mon vieux, il me revient un truc que j'avais oublié : on vieux, c'est toujours quand il y a une cérémonie ou une circonstance dans laquelle il ne faudrait pas, qu'on trouve le moyen de prendre la cuite. Ça ne rate jamais ; c'est comme le vertige, plus tu veux faire attention, plus tu tombes... Ils se glissèrent dans la cuisine déserte et Fouquet eut un serrement de coeur en revoyant le décor des paupiettes ; un siècle avait coulé... Mais Marie était dans le hall entre Suzanne et Mlle Dillon, assise sur sa valise comme il l'avait imaginée et les barrières qui s'effondraient à cet instant emportaient tout sur leur passage. Après les longues stations sur la plage, c'était comme si les personnages d'un tableau eussent soudain rompu la ose pour s'élancer hors du cadre. Elle lui sauta au cou. Sans doute un clairon sonnait-il devant la façade de 'hôtel : -- En vertu des pouvoirs qui me sont conférés, murmura Quentin... -- Tu piques, dit Marie à son père, c'est bon. -- C'est comme les châtaignes, tendres au-dedans. La directrice s'approchait sur ses souliers plats. -- Je vous signale que vous avez un train avant le déjeuner. Vous n'avez plus de temps à perdre. -- En effet, dit Fouquet et il chercha Albert du regard. Quentin parlait avec Suzanne, sans humilité, sans hargne. Celle-ci lui répondait, sans colère, sans tristesse. u'échangeaient-ils ? Peut-être des secrets de vieillesse ? Fouquet prit Marie par la main et l'amena vers le ouple pour lui donner un peu de paix. -- Je pars aussi, dit Quentin. Nous partons ensemble. Je rejoindrai bien Blangy d'une manière ou d'une utre. Fouquet interrogea Suzanne qui répondit par un haussement imperceptible des épaules. Cela n'était pas de on domaine. Elle les conduisit pourtant jusqu'à la grille et les vit s'éloigner tous les trois dans la brume qui se déchirait. Albert avait saisi l'autre main de la fillette. « Je ne peux quand même pas lui refuser aussi ces enfants-là... », pensa-t-elle en refermant la porte.   Les deux hommes, guidant Marie avec des attentions exagérées, avaient l'air bien maladroit dans la montée de la gare. Très vite, elle préféra marcher devant. -- Trois générations qui ont besoin de s'habituer les unes aux autres, dit Quentin l'oeil mouillé. Parfois on s'y prend trop tard. Ce soir, quand je serai redevenu un fils à mon tour, je n'y comprendrai plus rien. Fouquet ne répondit pas. Sur l'autre trottoir, les deux filles du Chemin Grattepain descendaient vers l'église en se donnant le bras. Le voyant avec une valise, elles se retournèrent plusieurs fois sans laisser paraître le moindre sentiment. -- Tu les connais ? demanda Quentin. -- Non. Ce sont des filles du dimanche. Des filles du dimanche, de celles qui vous obligent de temps en temps à relever la tête, à donner vacance à la tristesse et à la veulerie, il y en avait dans tous les villages du monde pour rétablir l'équilibre ; et c'était peut-être les garçons qui les inventaient. Quentin avait accompagné Fouquet et Marie jusqu'à leurs places. Il ne descendit pas du wagon quand le convoi s'ébranla. -- Albert, ça n'est pas ton train ? -- Qu'est-ce que ça peut faire ? -- Et ton billet ? -- Je me débrouillerai bien. -- Ça ne te ressemble pas. -- Tu me connais mal. Marie ne semblait pas apprécier beaucoup cette présence trop forte qui, par moments, avait d'étranges abandons dans le regard en la considérant. Elle se recroquevillait sur la banquette et ne répondait qu'avec une certaine gêne aux sollicitations de son père. Celui-ci, de son côté, se reprochait d'éprouver à l'égard de son vieux compagnon la même impatience qu'il devinait naguère chez ses complices des matins d'ivresse, quand l'heure avait sonné de rentrer chez soi. Le déraciné aujourd'hui, c'était ce chêne un peu encombrant qui multipliait les grâces. Aussi se produisit-il une sorte de soulagement quand il se leva, aux abords de Lisieux. -- Je vais changer là ; je dois trouver une correspondance vers Amiens ; j'ai tout mon temps. Ils me verront

« trouve lemoyen deprendre lacuite.

Çanerate jamais ; c’estcomme levertige, plustuveux faireattention, plus tu tombes… Ils seglissèrent danslacuisine déserte etFouquet eutunserrement decœur enrevoyant ledécor des paupiettes ; unsiècle avaitcoulé… MaisMarie étaitdans lehall entre Suzanne etMlle  Dillon, assisesursavalise comme ill’avait imaginée etles barrières quis’effondraient àcet instant emportaient toutsurleur passage. Après leslongues stations surlaplage, c’était comme siles personnages d’untableau eussent soudain rompula pose pour s’élancer horsducadre.

Elleluisauta aucou.

Sans doute unclairon sonnait-il devantlafaçade de l’hôtel : — En vertudespouvoirs quimesont conférés, murmura Quentin… — Tu piques, ditMarie àson père, c’estbon. — C’est comme leschâtaignes, tendresau-dedans. La directrice s’approchait sursessouliers plats. — Je voussignale quevous avezuntrain avant ledéjeuner.

Vousn’avez plusdetemps àperdre. — En effet,ditFouquet etilchercha Albertduregard. Quentin parlaitavecSuzanne, sanshumilité, sanshargne.

Celle-ci luirépondait, sanscolère, sanstristesse. Qu’échangeaient-ils ? Peut-êtredessecrets devieillesse ? FouquetpritMarie parlamain etl’amena versle couple pourluidonner unpeu depaix. — Je parsaussi, ditQuentin.

Nouspartons ensemble.

Jerejoindrai bienBlangy d’unemanière oud’une autre. Fouquet interrogea Suzannequirépondit parunhaussement imperceptible desépaules.

Celan’était pasde son domaine.

Ellelesconduisit pourtantjusqu’àlagrille etles vits’éloigner touslestrois dans labrume quise déchirait.

Albertavaitsaisil’autre maindelafillette. « Je nepeux quand mêmepasluirefuser aussicesenfants-là… », pensa-t-elleenrefermant laporte.   Les deux hommes, guidantMarieavecdesattentions exagérées, avaientl’airbien maladroit danslamontée de lagare.

Trèsvite,ellepréféra marcher devant. — Trois générations quiont besoin des’habituer lesunes auxautres, ditQuentin l’œilmouillé.

Parfoisons’y prend troptard.

Cesoir, quand jeserai redevenu unfils àmon tour, jen’y comprendrai plusrien. Fouquet nerépondit pas.Surl’autre trottoir, lesdeux fillesduChemin Grattepain descendaient versl’église en sedonnant lebras.

Levoyant avecunevalise, ellesseretournèrent plusieursfoissans laisser paraître le moindre sentiment. — Tu lesconnais ? demandaQuentin. — Non.

Cesont desfilles dudimanche. Des filles dudimanche, decelles quivous obligent detemps entemps àrelever latête, àdonner vacance àla tristesse etàla veulerie, ilyen avait danstouslesvillages dumonde pourrétablir l’équilibre ; etc’était peut-être les garçons quilesinventaient. Quentin avaitaccompagné FouquetetMarie jusqu’à leursplaces.

Ilne descendit pasduwagon quandle convoi s’ébranla. — Albert, çan’est pastontrain ? — Qu’est-ce queçapeut faire ? — Et tonbillet ? — Je medébrouillerai bien. — Ça neteressemble pas. — Tu meconnais mal. Marie nesemblait pasapprécier beaucoup cetteprésence tropforte qui,parmoments, avaitd’étranges abandons dansleregard enlaconsidérant.

Elleserecroquevillait surlabanquette etne répondait qu’avecune certaine gêneauxsollicitations deson père.

Celui-ci, deson côté, sereprochait d’éprouver àl’égard deson vieux compagnon lamême impatience qu’ildevinait naguèrechezsescomplices desmatins d’ivresse, quandl’heure avait sonné derentrer chezsoi.Ledéraciné aujourd’hui, c’étaitcechêne unpeu encombrant quimultipliait les grâces.

Aussiseproduisit-il unesorte desoulagement quandilse leva, auxabords deLisieux. — Je vaischanger là ;jedois trouver unecorrespondance versAmiens ; j’aitout mon temps.

Ilsme verront. »

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