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conjectures nouvelles sur un sujet dont se sont occupés les premiers

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conjectures nouvelles sur un sujet dont se sont occupés les premiers hommes dans tous les siècles, et la difficulté de combattre les siennes avec succès, si nous ne les regardions pas comme le fruit d'une méditation profonde, une entreprise hardie sur le système universel de la Nature, et la tentative d'un grand Philosophe. LI DE L'IMPULSION D'UNE SENSATION Si le Docteur Baumann eût renfermé son système dans de justes bornes, et n'eût appliqué ses idées qu'à la formation des animaux, sans les étendre à la nature de l'âme, d'où je crois avoir démontré contre lui qu'on pouvait les porter jusqu'à l'existence de Dieu ; il ne se serait point précipité dans l'espèce de matérialisme la plus séduisante, en attribuant aux molécules organiques, le désir, l'aversion, le sentiment et la pensée. Il fallait se contenter d'y supposer une sensibilité mille fois moindre que celle que le Tout-Puissant a accordée aux animaux les plus stupides et les plus voisins de la matière morte. En conséquence de cette sensibilité sourde et de la différence des configurations, il n'y aurait eu pour une molécule organique quelconque qu'une situation la plus commode de toutes, qu'elle aurait sans cesse cherchée par une inquiétude automate 175, comme il arrive aux animaux de s'agiter dans le sommeil, lorsque l'usage de presque toutes leurs facultés est suspendu, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé la disposition la plus convenable au repos. Ce seul principe eût satisfait d'une manière assez simple et sans aucune conséquence dangereuse aux phéno, mènes qu'il se proposait d'expliquer, et à ces merveilles sans nombre qui tiennent si stupéfaits tous nos observateurs d'insectes. Et il eût défini l'animal en général, un système de différentes molécules organiques qui, par l'impulsion d'une sensation semblable à un toucher obtus et sourd que celui qui a créé la matière en général leur a donné, se sont combinées jusqu'à ce que chacune ait rencontré la place la plus convenable à sa figure et à son repos. LIT DES INSTRUMENTS ET DES MESURES Nous avons observé ailleurs que, puisque les sens étaient la source de toutes nos connaissances, il importait beaucoup de savoir jusqu'où nous pouvions compter sur leur témoignage : ajoutons ici que l'examen des suppléments de nos sens, ou des instruments, n'est pas moins nécessaire. Nouvelle application de l'expérience ; autre source d'observations longues, pénibles et difficiles. Il y aurait un moyen d'abréger le travail ; ce serait de fermer l'oreille à une sorte de scrupules de la philosophie rationnelle (car la philosophie rationnelle a ses scrupules) et de bien connaître dans toutes les quantités jusqu'où la précision des mesures est nécessaire. Combien d'industrie, de travail et de temps perdus à mesurer, qu'on eût bien employés à découvrir ! LIII Il est, soit dans l'invention, soit dans la perfection des instruments, une circonspection qu'on ne peut trop recommander au Physicien ; c'est de se méfier des analogies 16 ; de ne jamais conclure ni du plus ou moins, ni du moins ou plus ; de porter son examen sur toutes les qualités physiques des substances qu'il emploie. Il ne réussira jamais, s'il se néglige là-dessus ; et quand il aura bien pris toutes ses mesures, combien de fois n'arrivera-t-il pas encore qu'un petit obstacle qu'il n'aura point prévu ou qu'il aura méprisé, sera la limite de la Nature, et le forcera d'abandonner son Ouvrage, lorsqu'il le croyait achevé ? LIV DE LA DISTINCTION DES OBJETS Puisque l'esprit ne peut tout comprendre, l'imagination tout prévoir, le sens tout observer et la mémoire tout retenir ; puisque les grands hommes naissent à des intervalles de temps si éloignés, et que les progrès des sciences sont tellement suspendus par les révolutions, que des siècles d'étude se passent à recouvrer les connaissances des siècles écoulés ; c'est manquer au genre humain que de tout observer indistinctement. Les hommes extraordinaires par leurs talents se doivent respecter eux-mêmes et la postérité dans l'emploi de leur temps. Que penserait-elle de nous, si nous n'avions à lui transmettre qu'une Insectologie complète, qu'une histoire immense d'animaux microscopiques ? Aux grands génies, les grands objets ; les petits objets, aux petits génies. Il vaut autant que ceux-ci s'en occupent, que de ne rien faire 177. LV DES OBSTACLES 178 Et puisqu'il ne suffit pas de vouloir une chose ; qu'il faut en même temps acquiescer à tout ce qui est presque inséparablement attaché à la chose qu'on veut ; celui qui aura résolu de s'appliquer à l'étude de la philosophie, s'attendra non seulement aux obstacles physiques qui sont de la nature de son objet ; mais encore à la multitude des obstacles moraux qui doivent se présenter à lui, comme ils se sont offerts à tous les Philosophes qui l'ont précédé. Lors donc qu'il lui arrivera d'être traversé 179, mal entendu, calomnié, compromis, déchiré, qu'il sache se dire à lui-même : « N'est-ce que dans mon siècle, n'est-ce que pour moi qu'il y a eu des hommes remplis d'ignorance et de fiel, des âmes rongées par l'envie, des têtes troublées par la superstition ? « S'il croit quelquefois avoir à se plaindre

« leur a donné, se sont combinées jusqu'à ce que chacune ait rencontré la place la plus convenable à sa figure et à son repos. LIT DES INSTRUMENTS ET DES MESURES Nous avons observé ailleurs que, puisque les sens étaient la source de toutes nos connaissances, il impor- tait beaucoup de savoir jusqu'où nous pouvions compter sur leur témoignage : ajoutons ici que l'examen des suppléments de nos sens, ou des instru- ments, n'est pas moins nécessaire. Nouvelle applica- tion de l'expérience ; autre source d'observations longues, pénibles et difficiles. Il y aurait un moyen d'abréger le travail ; ce serait de fermer l'oreille à une sorte de scrupules de la philosophie rationnelle (car la philosophie rationnelle a ses scrupules) et de bien connaître dans toutes les quantités jusqu'où la préci- sion des mesures est nécessaire. Combien d'industrie, de travail et de temps perdus à mesurer, qu'on eût bien employés à découvrir ! LIII Il est, soit dans l'invention, soit dans la perfection des instruments, une circonspection qu'on ne peut trop recommander au Physicien ; c'est de se méfier des analogies 16 ; de ne jamais conclure ni du plus ou moins, ni du moins ou plus ; de porter son examen sur toutes les qualités physiques des substances qu'il emploie. Il ne réussira jamais, s'il se néglige là-dessus ; et quand il aura bien pris toutes ses mesures, combien de fois n'arrivera-t-il pas encore qu'un petit obstacle qu'il n'aura point prévu ou qu'il aura méprisé, sera la li mite de la Nature, et le forcera d'abandonner son Ouvrage, lorsqu'il le croyait achevé ? »

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