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Entretien avec Robert Redford - anthologie du cinéma.

Publié le 19/05/2013

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Entretien avec Robert Redford - anthologie du cinéma. Cet entretien avec l'acteur et réalisateur américain Robert Redford remonte à la fin des années quatre-vingt. Il est tiré du magazine The Cineaste. Robert Redford y parle très ouvertement de sa conception du cinéma et de son expérience d'acteur et de réalisateur. Entretien avec Robert Redford S'il figure aux génériques de plusieurs films dès le milieu des années soixante, c'est son rôle dans Butch Cassidy and the Sundance Kid (Butch Cassidy et le Kid), dont il partage la vedette avec Paul Newman, qui, en 1969, fait de Robert Redford une star. Au cours de la décennie suivante, il devient l'une des valeurs sûres du box-office en interprétant des rôles romantiques dans des films comme The Way We Were (Nos plus belles années, 1973), The Sting (l'Arnaque, 1973) et The Great Gatsby (Gatsby le Magnifique, 1974). Après avoir lui-même produit plusieurs films où il figure en haut de l'affiche -- comme The Candidate (Votez McKay, 1972) et All the President's Men (les Hommes du Président, 1976), Redford fait ses débuts de réalisateur en 1980 avec Ordinary People (Des gens comme les autres), qui non seulement remporte l'oscar du meilleur film cette année-là, mais vaut en outre à Redford celui de meilleur réalisateur. La même année, Redford fonde le Sundance Institute pour promouvoir l'émergence de nouveaux talents au cinéma et, en particulier, aider à la production de longs métrages indépendants. Par ailleurs, Redford est connu depuis longtemps pour son implication dans les grandes causes libérales, comme les droits des Amérindiens et l'écologie. Sa décision de porter à l'écran le roman de John Nichols, The Milagro Beanfield War, vient de son intérêt pour les cultures minoritaires américaines. C'est de cet intérêt, ainsi que d'autres sujets qui lui sont liés, que Redford nous a entretenus l'automne dernier, sur le plateau du film au Nouveau-Mexique. The Cineaste : Vous avez souvent séjourné au Nouveau-Mexique. Qu'est-ce qui vous attire ici ? Robert Redford : Je ne suis pas sûr de tout à fait savoir pourquoi. Ça a beaucoup à voir avec la terre, la culture et l'histoire, individuellement et le tout à la fois. Je pense que ces trois éléments combinés créent une aura autour du Nouveau-Mexique, en particulier en ce qui concerne le nord de l'État. Mais, prise séparément, la terre elle-même, je trouve que la campagne est magnifique ici. Et pour moi la culture du pays est vraiment très intéressante. J'ai grandi dans le sud-est de Los Angeles, baigné dans une culture mexicano-américaine. Je viens d'un milieu très pauvre. Et puis, du côté de la famille de ma mère -- elle venait du sud du Texas (San Antonio et Austin), et j'y passais mes étés --, j'ai été soumis à cette influence hispanique. Le nord du Nouveau-Mexique est différent parce qu'il possède une culture triple, américaine, hispanique et indienne. Il se trouve que je suis très sensible à la culture indienne. Depuis une vingtaine d'années, j'ai passé beaucoup de temps à m'immerger dans la culture indienne, à l'observer et à l'étudier. Il est donc très logique que j'ai eu envie de venir ici. The Cineaste : Dans quelle mesure les sentiments que vous entretenez à l'égard du Nouveau-Mexique ont-ils influencé votre décision de porter The Milagro Beanfield War à l'écran ? Robert Redford : Et bien, il y a certaines choses particulières que je recherche pour un film. En ce qui concerne ce livre, il se trouve que je suis un admirateur de son auteur ; j'aime beaucoup ce qu'écrit Nichols. Ça fait vingt ans que je suis son travail, et quand j'ai lu le livre, je l'ai vraiment beaucoup aimé. Il traite aussi de choses qui sont vraiment importantes pour moi -- le petit bonhomme face aux grands pouvoirs qui l'écrasent. Spécifiquement une culture, une situation qui comporte en elle la destruction possible d'une culture, d'une partie de notre patrimoine, par le développement, le profit. C'est le contexte David et Goliath que j'aime. L'endroit, oui. Juste le fait qu'il s'agisse de cette partie du pays. Il y a plein d'autres endroits où on aurait pu tourner le film. Aux environs de Los Angeles, dans l'Oxnard Valley, l'Imperial Valley ou encore dans le sud de l'Arizona, pour être sûr d'avoir du beau temps, mais je crois vraiment que je ne l'aurais pas fait ailleurs qu'ici. Deux ou trois fois, ça a failli être compromis, mais mon idée a toujours été de tourner ici. The Cineaste : Avec votre équipe de cinéma, vous apportez de l'argent à une communauté qui en a besoin, et vous le faites d'une manière qui ne serait pas celle du développement. Vous n'allez pas modifier le paysage, vous n'allez pas chambouler les modes de vie. Voyez-vous quelles pourraient être les solutions aux problèmes que pose le fait d'intégrer économiquement une communauté du type de celle de Milagro au XXe siècle sans sacrifier l'intégrité culturelle des gens ? Y avez-vous réfléchi ? Robert Redford : C'est une vaste question, un problème considérable, et je ne suis pas sûr de connaître la solution. J'ai l'intuition que ça a beaucoup à voir avec les gens eux-mêmes, qui constituent cette culture. Dans le cas qui nous intéresse, notre venue dans cette communauté, nous ne serions allés nulle part sans y être les bienvenus. Il faut que les gens désirent notre venue. Par exemple, je respecterais absolument un groupe de gens qui diraient : « Nous ne voulons pas que notre situation change du fait de votre arrivée. Nous pensons que celle-ci menacerait notre stabilité culturelle, notre patrimoine, notre droit à mener nos vies comme nous l'entendons. Si vous venez, vous allez arriver avec tout votre équipement, vos paillettes hollywoodiennes qui vont attirer des gens dont on ne veut pas, et tout d'un coup nous aurons des touristes partout -- Nous ne voulons pas de ça. « Je respecterais complètement ça. Personnellement, je ne suis pas sûr du tout qu'à leur place je l'accepterais. D'un autre côté, si les gens se sentent en accord avec no...
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« Ainsi, c’est vraiment aux gens de voir. En ce qui concerne la culture indienne, je pense que la meilleure chose qui pourrait arriver pour préserver leur culture serait l’octroi de bourses pour les jeunes des réserves afin qu’ils puissent faire des études.

Ils pourraient ainsi recevoir une éducation et revenir ensuite aider leur peuple.

Pour moi, ce serait vraiment la meilleure chose.

On ne peut pas reprocher aux promoteurs de vouloir aménager, c’est pour ça qu’ils existent.

Mais si les gens n’aiment pas le résultat, à eux d’arrêter les frais.

Il me semble qu’il y a dans ce pays de nombreuses opérations de développement dont on pourrait se passer.

Je pense que le développement est très important, et je crois que certains types de développement sont essentiels, mais il y a tellement de gâchis dans ce pays.

Ce que nous gâchons chaque année, chaque jour, suffirait à certains pays pour vivre.

Je suis vraiment écœuré par le niveau de gâchis, et je pense qu’il y a beaucoup d’opérations de développement, beaucoup de constructions de résidences secondaires, beaucoup d’aménagements de parcs de loisirs qui ne sont pas nécessaires.

Visiter la campagne telle qu’elle est, pour elle-même, est déjà l’un des plus beaux loisirs qui soit.

Mais les gens pour qui l’important est seulement de faire de l’argent avec le développement s’en fichent éperdument.

Voilà ce à quoi ces cultures devront faire face.

Ça va être à elles de décider elles-mêmes de leur avenir. The Cineaste : On touche là à un dilemme, parce que l’American way of life, c’est quand même de faire de l’argent, d’aller de l’avant, de circuler. Robert Redford : Oui, mais nous sommes un pays schizophrène.

Un pays qui s’est formé grâce au libéralisme, qui a été construit par un groupe de gens qui étaient des libéraux.

Ils ont quitté un autre pays parce qu’ils voulaient la liberté, une nouvelle façon de vivre, ils voulaient mener une vie plus libérale.

Ils sont arrivés sur une terre nouvelle, l’ont explorée, l’ont peuplée, l’ont développée, et puis ils ont adopté le conservatisme pour la garder.

Je trouve qu’il y a franchement de l’ironie dans le fait que ce soit le libéralisme qui nous ait amenés ici, mais que ce soit le conservatisme qui nous y maintienne.

Il y a une sorte de tronc central, d’élément principal qui traverse ce pays et qui est conservateur, et maintenant les éléments libéraux sont d’une certaine façon en marge.

C’est la situation inverse de celle qui a prévalu au départ.

C’est pourquoi je dis qu’il y a une sorte de schizophrénie inhérente à ce pays : nous proclamons vouloir l’indépendance et la liberté, c’est pour ça que nous sommes venus ici, et pourtant, d’un autre côté, lorsque des groupes commencent à embrasser les idéaux de liberté et d’indépendance, les éléments conservateurs du pays les taxent de communistes, les accusent de menacer, de freiner le progrès, que sais-je encore.

Ainsi, l’âme du pays possède cette caractéristique schizophrène inhérente.

Et ça s’applique partout.

Ça s’applique aux cultures qui doivent répondre à la question : « Voulez-vous changer ou voulez-vous rester comme vous êtes ? » Certains considèrent que rester comme ils sont, c’est se condamner au désastre, et d’autres pensent que leur façon de vivre est parfaite comme elle est, et qu’il ne faut pas bouger.

Pour moi, c’est toujours aussi fascinant. The Cineaste : Vous avez dit lors d’une conférence de presse, il y a plusieurs semaines, que vous aimiez vraiment l’histoire, qu’elle constituait l’un de vos principaux centres d’intérêt.

L’histoire est une grande pédagogue, elle nous en apprend beaucoup sur nous-mêmes.

Le cinéma aussi.

Voyez-vous votre rôle de réalisateur non seulement comme celui d’un amuseur et d’un artiste mais aussi comme celui d’un pédagogue ? Robert Redford : Absolument.

Au risque de paraître prétentieux, si j’en ai l’occasion, le cinéma est toujours pour moi une opportunité d’éduquer et de divertir en même temps, et autant l’un que l’autre.

Je ne crois pas que beaucoup de gens réagissent favorablement au matraquage — vous savez, il y a beaucoup de films qui ressemblent à une ordonnance ou à un office religieux.

Mais ces films peuvent être mauvais, inintéressants et ennuyeux, les gens vont les voir parce qu’on leur fait croire que ça constitue un acte responsable : le film parlera d’une minorité, ou d’une famille relogée ou autre chose de ce genre ; et pourtant, ce ne sera pas un très bon film, et donc les gens n’y prendront pas plaisir.

Ça, c’est de la pédagogie pure. D’autres films sont des films de pur divertissement et n’apprennent rien du tout.

J’ai toujours pensé qu’on peut divertir les gens tout en leur apprenant quelque chose sur la façon dont le monde tourne.

Jeremiah Johnson apprenait quelque chose sur ce qu’étaient vraiment les gens des montagnes.

Ils faisaient partie de nos pionniers ; nos premiers pionniers étaient des montagnards.

Votez McKay offrait de réelles perspectives sur la façon dont les choses se passent dans les coulisses de la politique.

Et pourtant, du moins je l’espère, c’était aussi un film divertissant.

Downhill Racer (la Descente infernale, 1969) parlait du fonctionnement du sport, de ce sur quoi est mis l’accent dans le sport américain et sur ce que sont ses priorités.

Des gens comme les autres parlait des sentiments, si on tient à lui coller une étiquette.

Ce pays a une vision très compliquée des sentiments.

En même temps, ce film parlait d’une partie du pays en quelque sorte coupée d’autres régions, d’autres réalités : un milieu plutôt privilégié, la haute bourgeoisie au nord de Chicago.

J’espère avoir bien montré comment les gens vivent dans cette partie du pays.

Et j’espère que Milagro fera de même.

Donc, oui, je crois à la possibilité de combiner divertissement et pédagogie dans un film, et en fait, c’est la solution que je préfère. The Cineaste : Dans Des gens comme les autres les déplacements de caméra étaient mesurés, il n’y avait pas beaucoup de mouvement.

La caméra était vraiment focalisée sur les acteurs ; tout venait d’eux.

Allez-vous modifier votre façon de diriger pour Milagro ? Robert Redford : Il y aura plus de mouvement cette fois parce qu’il y a plus de paysage à voir.

La terre est un élément prépondérant dans ce film, c’est littéralement un personnage à part entière.

Il y aura plus de plans axés sur le paysage et plus de mouvements de caméra.

Mais ce qui ne change pas, c’est que l’accent est mis sur les gens, donc sur les acteurs, les personnages.

Ce qui est intéressant dans ce projet, ce sont les personnages épatants qui peuplent l’histoire.

La différence avec Des gens comme les autres est que ce dernier était très contenu, très intimiste.

Ce que j’avais en tête avec ce film c’était que le spectateur jette un œil à la vie de quelqu’un, la regarde en quelque sorte à travers le trou de la serrure.

Ici, le champ de vision s’ouvre plus sur un ensemble de personnages.

Mais c’est toujours la même chose.

C’est une histoire de cœur. The Cineaste : Dans Des gens comme les autres comme dans Milagro , il y a un processus de guérison qui se déroule.

Dans Des gens comme les autres , le drame est à propos de l’auto-guérison de Conrad et aussi des gens autour de lui qui se retrouvent impliqués dans cette guérison.

Dans Milagro , les personnages traversent un processus de guérison au cours duquel leur intégrité culturelle est restaurée, renforcée.

Voir un film peut impliquer une sorte de guérison ou de renforcement indirect, lorsqu’on parvient à comprendre les motifs d’un personnage.

Croyez-vous qu’il est bon qu’un film permette cela ? Est-ce l’un de vos objectifs ? Robert Redford : Je crois qu’un film est un passage que le public partage avec un personnage.

Le personnage emmène le public dans un voyage, et vous l’accompagnez dans ce qu’il vit.

C’est donc à l’acteur de présenter son personnage de telle sorte que le public ait l’impression de l’accompagner.

Et ainsi, s’il y parvient, le public peut accompagner le personnage.

L’expérience devient alors plus subjective qu’objective.

Je pense que c’est là qu’un film fonctionne pour moi, quand il devient une expérience intime.

Je veux dire par là que vous accompagnez la personne à l’écran et que vous ressentez ce qu’elle ressent, ou que vous partagez quelque chose avec elle, et peut-être même des choses désagréables, pendant deux heures.

C’est pourquoi il n’y a pas pour moi de vrais méchants, ni de vrais héros.

Si vous êtes suffisamment proche des personnages, vous comprendrez au moins pourquoi ils font certaines choses.

Vous ne les approuverez pas forcément, mais vous les comprendrez.

Et si vous les comprenez, vous les accompagnerez.. »

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