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La tentation de Saint Antoine LE SPHINX O Fantaisie, emporte-moi sur tes ailes pour desennuyer ma tristesse!

Publié le 11/04/2014

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La tentation de Saint Antoine LE SPHINX O Fantaisie, emporte-moi sur tes ailes pour desennuyer ma tristesse! LA CHIMERE O Inconnu, je suis amoureuse de tes yeux! Comme une hyene en chaleur je tourne autour de toi, sollicitant les fecondations dont le besoin me devore. Ouvre la gueule, leve tes pieds, monte sur mon dos! LE SPHINX Mes pieds, depuis qu'ils sont a plat, ne peuvent plus se relever. Le lichen, comme une dartre, a pousse sur ma gueule. A force de songer, je n'ai plus rien a dire. LA CHIMERE Tu mens, sphinx hypocrite! D'ou vient toujours que tu m'appelles et me renies? LE SPHINX C'est toi, caprice indomptable, qui passe et tourbillonne! LA CHIMERE Est-ce ma faute? Comment? laisse-moi! Elle aboie. LE SPHINX Tu remues, tu m'echappes! Il grogne. LA CHIMERE Essayons!--tu m'ecrases! LE SPHINX Non! impossible! Et en s'enfoncant peu a peu, il disparait dans le sable,--tandis que la Chimere, qui rampe la langue tiree, s'eloigne en decrivant des cercles. L'haleine de sa bouche a produit un brouillard. Dans cette brume, Antoine apercoit des enroulements de nuages, des courbes indecises. VI. 111 La tentation de Saint Antoine Enfin, il distingue comme des apparences de corps humains; Et d'abord s'avance LE GROUPE DES ASTOMI pareils a des bulles d'air que traverse le soleil. Ne souffle pas trop fort! Les gouttes de pluie nous meurtrissent, les sons faux nous ecorchent, les tenebres nous aveuglent. Composes de brises et de parfums, nous roulons, nous flottons--un peu plus que des reves, pas des etres tout a fait ... LES NISNAS n'ont qu'un oeil, qu'une joue, qu'une main, qu'une jambe, qu'une moitie du corps, qu'une moitie du coeur. Et ils disent, tres-haut: Nous vivons fort a notre aise dans nos moities de maisons, avec nos moities de femmes et nos moities d'enfants. LES BLEMMYES absolument prives de tete: Nos epaules en sont plus larges;--et il n'y a pas de boeuf, de rhinoceros ni d'elephant qui soit capable de porter ce que nous portons. Des especes de traits, et comme une vague figure empreinte sur nos poitrines, voila tout! Nous pensons des digestions, nous subtilisons des secretions. Dieu, pour nous, flotte en paix dans des chyles interieurs. Nous marchons droit notre chemin, traversant toutes les fanges, cotoyant tous les abimes;--et nous sommes les gens les plus laborieux, les plus heureux, les plus vertueux. LES PYGMEES Petits bonshommes, nous grouillons sur le monde comme de la vermine sur la bosse d'un dromadaire. On nous brule, on nous noie, ou nous ecrase; et toujours, nous reparaissons, plus vivaces et plus nombreux,--terribles par la quantite! LES SCIAPODES Retenus a la terre par nos chevelures, longues comme des lianes, nous vegetons a l'abri de nos pieds, larges comme des parasols; et la lumiere nous arrive a travers l'epaisseur de nos talons. Point de derangement et point de travail!--La tete le puis bas possible, c'est le secret du bonheur! Leurs cuisses levees ressemblant a des troncs d'arbres, se multiplient. Et une foret parait. De grands singes y courent a quatre pattes; ce sont des hommes a tete de chien. LES CYNOCEPHALES VI. 112
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« Enfin, il distingue comme des apparences de corps humains; Et d'abord s'avance LE GROUPE DES ASTOMI pareils a des bulles d'air que traverse le soleil. Ne souffle pas trop fort! Les gouttes de pluie nous meurtrissent, les sons faux nous ecorchent, les tenebres nous aveuglent. Composes de brises et de parfums, nous roulons, nous flottons—un peu plus que des reves, pas des etres tout a fait ... LES NISNAS n'ont qu'un oeil, qu'une joue, qu'une main, qu'une jambe, qu'une moitie du corps, qu'une moitie du coeur. Et ils disent, tres-haut: Nous vivons fort a notre aise dans nos moities de maisons, avec nos moities de femmes et nos moities d'enfants. LES BLEMMYES absolument prives de tete: Nos epaules en sont plus larges;—et il n'y a pas de boeuf, de rhinoceros ni d'elephant qui soit capable de porter ce que nous portons. Des especes de traits, et comme une vague figure empreinte sur nos poitrines, voila tout! Nous pensons des digestions, nous subtilisons des secretions. Dieu, pour nous, flotte en paix dans des chyles interieurs. Nous marchons droit notre chemin, traversant toutes les fanges, cotoyant tous les abimes;—et nous sommes les gens les plus laborieux, les plus heureux, les plus vertueux. LES PYGMEES Petits bonshommes, nous grouillons sur le monde comme de la vermine sur la bosse d'un dromadaire. On nous brule, on nous noie, ou nous ecrase; et toujours, nous reparaissons, plus vivaces et plus nombreux,—terribles par la quantite! LES SCIAPODES Retenus a la terre par nos chevelures, longues comme des lianes, nous vegetons a l'abri de nos pieds, larges comme des parasols; et la lumiere nous arrive a travers l'epaisseur de nos talons. Point de derangement et point de travail!—La tete le puis bas possible, c'est le secret du bonheur! Leurs cuisses levees ressemblant a des troncs d'arbres, se multiplient. Et une foret parait. De grands singes y courent a quatre pattes; ce sont des hommes a tete de chien. LES CYNOCEPHALES La tentation de Saint Antoine VI. 112 »

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