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Quatre-vingt-treize Et qu'il revient, dit une voix.

Publié le 12/04/2014

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Quatre-vingt-treize Et qu'il revient, dit une voix. Et une tête blanche se dessina dans l'encadrement de pierre de l'issue secrète. C'était le marquis. Depuis bien des années Gauvain ne l'avait pas vu de si près. Il recula. Tous ceux qui étaient là restèrent dans l'attitude où ils étaient, pétrifiés. Le marquis avait une grosse clef à la main, il refoula d'un regard altier quelques-uns des sapeurs qui étaient devant lui, marcha droit à la porte de fer, se courba sous la voûte et mit la clef dans la serrure. La serrure grinça, la porte s'ouvrit, on vit un gouffre de flamme, le marquis y entra. Il y entra d'un pied ferme, la tête haute. Tous le suivaient des yeux, frissonnants. A peine le marquis eut-il fait quelques pas dans la salle incendiée que le parquet miné par le feu et ébranlé par son talon s'effondra derrière lui et mit entre lui et la porte un précipice. Le marquis ne tourna pas la tête et continua d'avancer. Il disparut dans la fumée. On ne vit plus rien. Avait-il pu aller plus loin? Une nouvelle fondrière de feu s'était-elle ouverte sous lui? N'avait-il réussi qu'à se perdre lui-même? On ne pouvait rien dire. On n'avait devant soi qu'une muraille de fumée et de flamme. Le marquis était au delà, mort ou vivant. III. OU L'ON VOIT SE REVEILLER LES ENFANTS QU'ON A VUS SE RENDORMIR Cependant les enfants avaient fini par ouvrir les yeux. L'incendie, qui n'était pas encore entré dans la salle de la bibliothèque, jetait au plafond un reflet rose. Les enfants ne connaissaient pas cette espèce d'aurore-là. Ils la regardèrent. Georgette la contempla. Toutes les splendeurs de l'incendie se déployaient ; l'hydre noire et le dragon écarlate apparaissaient dans la fumée difforme, superbement sombre et vermeille. De longues flammèches s'envolaient au loin et rayaient l'ombre, et l'on eût dit des comètes combattantes, courant les unes après les autres. Le feu est une prodigalité ; les brasiers sont pleins d'écrins qu'ils sèment au vent ; ce n'est pas pour rien que le charbon est identique au diamant. Il s'était fait au mur du troisième étage des crevasses par où la braise versait dans le ravin des cascades de pierreries ; les tas de paille et d'avoine qui brûlaient dans le grenier commençaient à ruisseler par les fenêtres en avalanches de poudre d'or, et les avoines devenaient des améthystes, et les brins de paille devenaient des escarboucles. Joli! dit Georgette. Ils s'étaient dressés tous les trois. Ah! cria la mère, ils se réveillent! III. OU L'ON VOIT SE REVEILLER LES ENFANTS QU'ON A VUS SE RENDORMIR 222 Quatre-vingt-treize René-Jean se leva, alors Gros-Alain se leva, alors Georgette se leva. René-Jean étira ses bras, alla vers la croisée et dit: J'ai chaud. Ai chaud, répéta Georgette. La mère les appela. Mes enfants! René! Alain! Georgette! Les enfants regardaient autour d'eux. Ils cherchaient à comprendre. Où les hommes sont terrifiés, les enfants sont curieux. Qui s'étonne aisément s'effraye difficilement ; l'ignorance contient de l'intrépidité. Les enfants ont si peu droit à l'enfer que, s'ils le voyaient, ils l'admireraient. La mère répéta: René! Alain! Georgette! René-Jean tourna la tête ; cette voix le tira de sa distraction ; les enfants ont la mémoire courte, mais ils ont le souvenir rapide ; tout le passé est pour eux hier ; René-Jean vit sa mère, trouva cela tout simple, et, entouré comme il l'était de choses étranges, sentant un vague besoin d'appui, il cria: Maman! Maman! dit Gros-Alain. M'man! dit Georgette. Et elle tendit ses petits bras. Et la mère hurla: Mes enfants! Tous les trois vinrent au bord de la fenêtre ; par bonheur, l'embrasement n'était pas de ce côté-là. J'ai trop chaud, dit René-Jean. Il ajouta: Ça brûle. Et il chercha des yeux sa mère. Viens donc, maman! Don, m'man, répéta Georgette. III. OU L'ON VOIT SE REVEILLER LES ENFANTS QU'ON A VUS SE RENDORMIR 223

« René-Jean se leva, alors Gros-Alain se leva, alors Georgette se leva.

René-Jean étira ses bras, alla vers la croisée et dit: \24 J'ai chaud.

\24 Ai chaud, répéta Georgette.

La mère les appela.

\24 Mes enfants! René! Alain! Georgette! Les enfants regardaient autour d'eux.

Ils cherchaient à comprendre.

Où les hommes sont terrifiés, les enfants sont curieux.

Qui s'étonne aisément s'effraye difficilement ; l'ignorance contient de l'intrépidité.

Les enfants ont si peu droit à l'enfer que, s'ils le voyaient, ils l'admireraient.

La mère répéta: \24 René! Alain! Georgette! René-Jean tourna la tête ; cette voix le tira de sa distraction ; les enfants ont la mémoire courte, mais ils ont le souvenir rapide ; tout le passé est pour eux hier ; René-Jean vit sa mère, trouva cela tout simple, et, entouré comme il l'était de choses étranges, sentant un vague besoin d'appui, il cria: \24 Maman! \24 Maman! dit Gros-Alain.

\24 M'man! dit Georgette.

Et elle tendit ses petits bras.

Et la mère hurla: \24 Mes enfants! Tous les trois vinrent au bord de la fenêtre ; par bonheur, l'embrasement n'était pas de ce côté-là.

\24 J'ai trop chaud, dit René-Jean.

Il ajouta: \24 Ça brûle.

Et il chercha des yeux sa mère.

\24 Viens donc, maman! \24 Don, m'man, répéta Georgette.

Quatre-vingt-treize III.

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