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Simone de Beauvoir, le Deuxième Sexe. Suivant votre préférence, résumez le texte en en respectant le mouvement ou faites-en une analyse qui, distinguant et ordonnant les thèmes, s'attache à rendre compte de leurs rapports.

Publié le 26/04/2011

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On me dira que toutes ces considérations sont bien utopiques puisqu'il faudrait pour « refaire la femme « que déjà la société en ait fait réellement l'égale de l'homme; les conservateurs n'ont jamais manqué en toutes circonstances analogues de dénoncer ce cercle vicieux : pourtant l'histoire ne tourne pas en rond. Sans doute si on maintient une caste en état d'infériorité, elle demeure inférieure : mais la liberté peut briser le cercle; qu'on laisse les Noirs voter, ils deviennent dignes du vote; qu'on donne à la femme des responsabilités, elle sait les assumer; le fait est qu'on ne saurait attendre des oppresseurs un mouvement gratuit de générosité; mais tantôt la révolte des opprimés, tantôt l'évolution même de la caste privilégiée crée des situations nouvelles : ainsi les hommes ont été amenés, dans leur propre intérêt, à émanciper partiellement les femmes : elles n'ont plus qu'à poursuivre leur ascension et les succès qu'elles obtiennent les y encouragent; il semble à peu près certain qu'elles accéderont d'ici un temps plus ou moins long à la parfaite égalité économique et sociale, ce qui entraînera une métamorphose intérieure. En tout cas, objecteront certains, si un tel monde est possible, il n'est pas désirable. Quand la femme sera « la même « que son mâle, la vie perdra « son sel poignant «. Cet argument non plus n'est pas nouveau : ceux qui ont intérêt à perpétuer le présent versent toujours des larmes sur le mirifique passé qui va disparaître sans accorder un sourire au jeune avenir. Il est vrai qu'en supprimant les marchés d'esclaves, on a assassiné les grandes plantations si magnifiquement parées d'azalées et de camélias, on a ruiné toute la délicate civilisation sudiste; les vieilles dentelles ont rejoint dans les greniers du temps les timbres si purs des castrats de la Sixtine et il y a certain « charme féminin « qui menace de tomber lui aussi en poussière. Je conviens que c'est être un barbare que de ne pas apprécier les fleurs rares, les dentelles, le cristal d'une voix d'eunuque, le charme féminin. Quand elle s'exhibe dans sa splendeur la « femme charmante « est un objet bien plus exaltant que les « peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires « qui affolaient Rimbaud; parée des artifices les plus modernes, travaillée selon les techniques les plus neuves, elle arrive du fond des âges, de Thèbes, de Minos, de Chichén Itza ; et elle est aussi le totem planté au cœur de la brousse africaine; c'est un hélicoptère et c'est un oiseau; et voilà la plus grande merveille : sous ses cheveux peints le bruissement de feuillages devient une pensée et des paroles s'échappent de ses seins. Les hommes tendent des mains avides vers le prodige mais dès qu'ils s'en saisissent, celui-ci s'évanouit; l'épouse, la maîtresse parlent comme tout le monde, avec leur bouche; leurs paroles valent tout juste ce qu'elles valent; leurs seins aussi. Un si fugitif miracle et si rare mérite-t-il qu'on perpétue une situation qui est néfaste pour les deux sexes? On peut apprécier la beauté des fleurs, le charme des femmes et les apprécier à leur prix; si ces trésors se paient avec du sang ou avec du malheur, il faut savoir les sacrifier.    Le fait est que ce sacrifice paraît aux hommes singulièrement lourd; il en est peu pour souhaiter du fond du cœur que la femme achève de s'accomplir; ceux qui la méprisent ne voient pas ce qu'ils auraient à y gagner, ceux qui la chérissent voient trop ce qu'ils ont à y perdre; et il est vrai que l'évolution actuelle ne menace pas seulement le charme féminin : en se mettant à exister pour soi, la femme abdiquera la fonction de double et de médiatrice qui lui vaut dans l'univers masculin sa place privilégiée; pour l'homme pris entre le silence de la nature et la présence exigeante d'autres libertés, un être qui soit à la fois son semblable et une chose passive apparaît comme un grand trésor; la figure sous laquelle il perçoit sa compagne peut bien être mythique, les expériences dont elle est la source ou le prétexte n'en sont pas moins réelles : et il n'en est guère de plus précieuses, de plus intimes, de plus brûlantes; que la dépendance, l'infériorité, le malheur féminins leur donnent leur caractère singulier, il ne peut être question de le nier; assurément l'autonomie de la femme, si elle épargne aux mâles bien des ennuis, leur déniera aussi maintes facilités; assurément il est certaines manières de vivre l'aventure sexuelle qui seront perdues dans le monde de demain; mais cela ne signifie pas que l'amour, le bonheur, la poésie, le rêve en seront bannis. Prenons garde que notre manque d'imagination dépeuple toujours l'avenir; il n'est pour nous qu'une abstraction; chacun de nous y déplore sourdement l'absence de ce qui fut lui; mais l'humanité de demain le vivra dans sa chair et dans sa liberté, ce sera son présent et à son tour elle le préférera; entre les sexes naîtront de nouvelles relations charnelles et affectives dont nous n'avons pas idée; déjà sont apparues entre hommes et femmes des amitiés, des rivalités, des complicités, des camaraderies, chastes ou sexuelles, que les siècles révolus n'auraient su inventer. Entre autres, rien ne me paraît plus contestable que le slogan qui voue le monde nouveau à l'uniformité, donc à l'ennui. Je ne vois pas que de ce monde-ci l'ennui soit absent ni que jamais la liberté crée l'uniformité. D'abord, il demeurera toujours entre l'homme et la femme certaines différences; son érotisme, donc son monde sexuel, ayant une figure singulière ne saurait manquer d'engendrer chez elle une sensualité, une sensibilité singulière; ses rapports à son corps, au corps mâle, à l'enfant ne seront jamais identiques à ceux que l'homme soutient avec son corps, avec le corps féminin et avec l'enfant; ceux qui parlent tant d'« égalité dans la différence « auraient mauvaise grâce à ne pas m'accorder qu'il puisse exister des différences dans l'égalité. D'autre part, ce sont les institutions qui créent la monotonie : jeunes et jolies, les esclaves du sérail sont toujours les mêmes entre les bras du sultan : le christianisme a donné à l'érotisme sa saveur de péché et de légende en douant d'une âme la femelle de l'homme; qu'on lui restitue sa souveraine singularité, on n'ôtera pas aux étreintes amoureuses leur goût pathétique. (...)    Simone de Beauvoir, le Deuxième Sexe.    Suivant votre préférence, résumez le texte en en respectant le mouvement ou faites-en une analyse qui, distinguant et ordonnant les thèmes, s'attache à rendre compte de leurs rapports.    Puis, après avoir choisi dans ce texte un problème qui vous semble important, vous en préciserez les données, le discuterez éventuellement, et exposerez, en les justifiant, vos propres vues sur la question.

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