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Le monde entier est une scène. William Shakespeare

Publié le 22/02/2012

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Ces paroles, prononcées par Jacques, dans la comédie de William Shakespeare (1564-1616) intitulée Comme il vous plaira (acte II, scène 7), introduisent une longue méditation sur la condition humaine : Jacques vise à démontrer que l'homme subit son destin, de sa naissance à sa mort. Si, pour lui, l'univers tout entier est réduit à la scène d'un théâtre, les hommes sont tout à la fois acteurs et spectateurs, selon l'âge et la position sociale qui sont les leurs dans le cours de leur existence.
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« déroule de la naissance à la mort, selon une division en sept âges, alors traditionnelle : petite enfance («le tout-petit»); enfant (« l'écolier »); adolescence («l'amoureux»); jeunesse («le soldat»); maturité («le juge»); vieillesse(«le sixième âge »); décrépitude, enfin (« il redevient enfant»).De même, Le Conte d'hiver (I, 2) reprend la métaphore du monde conçu comme un théâtre.

Ainsi Léontès déclare-t-il : « Va, joue, petit, joue; ta mère joue et moi aussi je joue, mais rôle si ingrat qu'au bout de la pièce je mourrai sousles sifflets : mépris et huées seront mon glas funèbre.

» On mesure aisément combien la vision du monde shakespearienne s'assombrit au fil des années, de Comme il vousplaira à Macbeth et au Conte d'hiver.

Si Antonio, dans le Marchand de Venise (1596), exprimait déjà une certainemélancolie, Jacques, dans Comme il vous plaira (1598- 1600), se complaît dans le rôle qu'on lui attribue et que lui-même, pour ne pas être en reste, se pique de tenir en toute circonstance.

C'est ainsi que sa mélancolie s'épanche àla vue d'un cerf blessé : campagnard, citadin, courtisan, tout le monde est mis en accusation.

Jacques annoncerait-il Hamlet? Plutôt passif devant les événements qu'il observe, Jacques, à la différence d'Hamlet, ne doit résoudreaucun cas de conscience personnel.

Sur la scène du monde, le rôle tenu par Jacques, celui de l'hommemélancolique, n'est donc tragique qu'en apparence.

Du reste, il est révélateur de constater que Jacques se montredisposé à changer de rôle.En effet, il souhaiterait adopter le rôle de fou à la cour du Duc exilé : ce serait, précise-t-il, le plus sûr moyen dedénoncer, en toute impunité, la vanité des hommes et, du même coup, de démasquer la folie de ceux qui prétendentpasser pour des sages (II, 7) : «De grâce, mettez-moi l'habit barioléPour que je puisse enfin dire ce que je pense.Et je vous purgerai à fond le sale corpsDu monde corrompu pourvu qu'on laisse agirEn lui patiemment ma juste médecine.» Mais le Duc refuse ses services en objectant qu'au lieu de divertir, Jacques, dans ce rôle de fou, se soulagerait àbon compte de sa propre mélancolie aux dépens de ses victimes.

C'est aussi l'opinion de Rosalinde.

Quand Jacquesexplique à Rosalinde que sa mélancolie lui vient de l'expérience acquise au cours de ses voyages, Rosalinde nemanque pas de s'exclamer qu'un fou mélancolique ne ferait pas l'affaire :« Et votre expérience vous rend triste.

J'aimerais mieux avoir un fou pour m'égayer que la barbe de l'expérience pourm'attrister; et quel voyage pour en arriver là!» (IV, 1)En réalité, l'authentique fou de la pièce, c'est Pierre de Touche (« Touchstone », en anglais) et il est précisémentchargé de divertir Rosalinde et son amie Célia.

Pierre de Touche est, du reste, le premier fou mis en scène parShakespeare dans ses comédies.Plus tard, lui succéderont Feste, dans le Soir des Rois, ou le Clown dans Tout est bien qui finit bien et, bien sûr, leFou, dans Le Roi Lear.

On sait que le fou offre l'avantage d'introduire l'agrément du jeu sur scène : son métier estbien de rendre inopérant l'esprit de sérieux et, par suite, de divertir.Mais ses propos paradoxaux ou apparemment absurdes laissent transparaître l'existence d'une vérité latente et, àtout le moins, dissimulée sous le vernis des conventions.

Le jeu recouvre un double jeu qui permet d'illustrer avecéclat la conception shakespearienne du monde identifié à un spectacle. En jouant un rôle, le fou impose, par sa présence, la réalité du jeu théâtral, non seulement aux autres personnages,ses comparses, mais, aussi bien, au spectateur, au second degré.

Cette « mise en abîme », liée au «théâtre dans lethéâtre», crée l'illusion que le monde n'est qu'un théâtre et que seul le théâtre est, en dernière analyse, un lieu devérité.

Comme l'indique le Duc, à propos de Pierre de Touche, le fou de la pièce (V, 4), : «Il se met à l'affût derrière sa folie et décharge ses vérités à bout portant.

» Cette discordance entre l'apparence et la réalité est un thème majeur dans la réflexion de Shakespeare; il s'inscritau coeur même de son théâtre, en particulier dans les tragédies de la maturité : Othello, le roi Lear, sont lesvictimes des apparences; il en va de même de Macbeth, qui semblait pourtant s'accommoder de la confusion entrele mensonge et la vérité.En cette fin du XVIe siècle, le théâtre de Shakespeare témoigne d'une crise, que ne suffisent pas à éclairer leschangements qui affectent la fin du règne d'Elizabeth : une crise spirituelle d'une tout autre ampleur ébranle l'ordredu monde.

Ainsi, dans le domaine cosmologique : au système de Ptolémée (vers 150 de notre ère), fondé sur laposition centrale de la terre et de l'homme dans l'univers, fait place la théorie de Copernic (1473-1543), bientôtconfirmée par Galilée (1564-1642), qui déloge l'homme de ses prétentions hégémoniques au sein de la nature.Puisque le soleil devient l'astre central, la terre se voit reléguée à une situation, somme toute, subalterne : lemicrocosme (le petit monde de l'homme) n'est plus, dès lors, le reflet du macrocosme (le grand monde qui entourel'homme).

Apparence et réalité ne concordent plus dans un ensemble harmonieux créé par la volonté divine.. »

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