article sur "du coup"
Publié le 28/08/2025
Extrait du document
«
Plus qu'un simple tic de langage, « du coup » est un marqueur sociétal
Slate, Emmanuel Carré – 7 juillet 2025 à 19h55
Cette locution adverbiale s'est imposée comme un élément récurrent du français oral contemporain.
Peuton voir dans cette prolifération un simple effet de mode, ou faut-il y lire le reflet d'une société heurtée, en
quête de cohérence dans un monde désordonné ?
Depuis deux décennies, l'expression « du coup » connaît une explosion d'usage documentée par les
linguistes.
Lotfi Abouda est l'un d'entre eux.
En 2022, il a publié une étude basée sur l'exploration d'un corpus
oral d'environ 1,3 million de mots.
Il constate une transformation quantitative spectaculaire.
Alors que
seulement cinq occurrences du connecteur « du coup » apparaissent entre 1968 et 1971, on en dénombre
141 dans les données collectées depuis 2010.
Cette spécificité hexagonale est si marquée que d'autres communautés francophones l'utilisent comme
détecteur d'origine géographique : au Québec, elle permet d'identifier immédiatement un locuteur français
(tout comme l'expression « une fois » trahit instantanément un Belge).
Par ailleurs, dans un corpus de 120
heures d'enregistrements analysés, sur 614 occurrences identifiées, 67% sont produites par des locuteurs
appartenant à la tranche d'âge des 15-25 ans.
Le phénomène semble donc générationnel.
Mécanismes et fonctions du tic langagier
En linguistique, le terme « tic de langage » est considéré comme péjoratif par les spécialistes qui préfèrent
parler de « marqueurs de discours ».
Julie Neveux, maîtresse de conférences à la Sorbonne, explique que
ces expressions fonctionnent comme des « mots béquilles » qui « remplissent un vide » et sur lesquels « on
s'appuie quand on cherche quelque chose à dire ».
L'expression « du coup » connaît un processus de «
pragmaticalisation » : d'expression consécutive, elle devient un marqueur métadiscursif, servant à relier des
segments de discours de façon plus ou moins motivée.
Dans 82% des cas, elle apparaît en position frontale
dans l'énoncé, agissant davantage comme amorce de parole que comme véritable lien logique.
Le linguiste russo-tchéco-américain Roman Jakobson a théorisé cette fonction sous le terme de « fonction
phatique ».
Ces mots ne servent pas à communiquer un message informatif, mais à maintenir le contact
entre locuteur et destinataire, comme le « allô » au téléphone.
« Du coup » remplit cette fonction de
maintien du lien conversationnel, permettant de structurer la pensée, d'attirer l'attention et de meubler les
silences potentiellement embarrassants.
Utiliser les marqueurs de son époque
Le sociologue américano-canadien Erving Goffman a développé une analyse des interactions comme «
cérémonies en miniature ».
Dans son concept de face-work (travail de figuration), il montre comment nos
relations intersubjectives constituent un processus d'élaboration conjoint de la face, cette « valeur sociale
positive qu'une personne revendique effectivement ».
L'expression « du coup » s'inscrit dans ce qu'Erving Goffman appelle « l'idiome rituel » : ce vocabulaire du
comportement qui transmet une image de soi conforme aux attentes sociales.
En utilisant les marqueurs de
son époque, le locuteur signale son appartenance au groupe social et évite les « fausses notes » qui
pourraient compromettre l'interaction.
« Du coup » permet de sauver la face, d'éviter le silence, de montrer
qu'on maîtrise les codes implicites du dialogue.
Il est un marqueur de coprésence, de continuité de l'échange.
Les « tics de langage » fonctionnent d'ailleurs souvent comme des marqueurs d'appartenance à un groupe
sociologique ou générationnel.
La génération qui emploie massivement « du coup » souligne
inconsciemment son inscription dans l'époque contemporaine.
Le marqueur d'une époque heurtée
L'expression « du coup » trouve racine dans un mot prolixe en français : « coup ».
Coup de foudre, coup....
»
↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓
Liens utiles
- Vous expliquerez et commenterez cette opinion de Verlaine : ... Les Rayons jaunes, le plus beau poème, à coup sûr, de cet admirable recueil, Joseph Delorme, que pour mon compte je mets, comme intensité de mélancolie et comme puissance d'expression, infiniment au-dessus des jérémiades lamartiniennes... (article sur Baudelaire)
- Article de presse: Coup d'Etat à Saigon : la fin d'un régime
- note article descola
- exposé Henry Cochin, article « A propos de quelques tableaux impressionnistes »
- DIDEROT ET D'ALEMBERT : ENCYCLOPEDIE : ARTICLE REFUGIES