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CORPS ET ÂMES

Publié le 30/06/2012

Extrait du document

 

Le sport est admirable en ce qu'il marie la force et l'intelligence. Rien aujourd'hui n'est laissé au hasard. Il faut avoir passé une journée dans un lieu d'entraînement pour prendre conscience du travail en profondeur qui s'y accomplit. Ici, c'est. sur la piste de course. les départs cent fois recommencés. Des garçons les étudient, seuls d'abord. Quelqu'un qui « sait « vient les conseiller. leur fait changer la place de leur jambe d'appui, donne à leur buste l'inclinaison la meilleure. Là ce sont des coureurs de 5 000 mètres qui, chronomètre en main, adaptent leur rythme, évalué en secondes, aux mutations des distances...

« que la beauté naturelle, celle d'un corps rendu parfait -sans que jamais quelque excès soit venu le déformer -par l'exercice physique, et qui se montre dans sa plénitude.

C'est en effet une des formes les plus visibles du savoir-vivre (dans la double acception du terme) de ne pas offenser les autres ni soi-même par la présence et la vue d'une construction qu'on peut rendre la moins laide possible.

Nous sommes nés avec ce corps et destinés à passer avec lui toute notre existence.

Ce peut être une condamnation à vivre, à souffrir, dans cette enveloppe lourde à trainer lorsqu 'elle refuse de nous suivre.

Je ne pense pas qu'on puisse être heureux dans un malheureux corps, ce corps auquel jamais l'on n'échappera et dont il faut nous rendre maîtres.

Et il ne s'agit pas de nous seulement.

Tous les autres, citoyens de notre pays comme de la planète, sont concernés.

Nous n'avons pas le droit de leur faire l'affront, de leur causer le préjudice de ne pas être œ que nous pouvons être.

Lacordaire, sans doute le premier.

a dit : « Quand les corps diminuent.

les caractères tombent.

le peuple perd sa force physique et morale : il vieillit.

>> « Diminuer les corps ! » Les bourreaux des camps de concentration savaient bien ce qu'ils faisaient quand, avant toute chose.

ils s'y attaquaient.

Systématiquement ils cher­ chaient à les abaisser.

par la privation de nourriture, à laquelle se joignait l'abaissement des âmes qui.

ainsi affaiblies.

pouvaient, auraient pu être atteintes plus facilement.

Et j'admire sans mesure ces hommes et ces femmes systématique­ ment et volontairement diminués, qui sont, envers et contre tout.

parvenus à conserver leur cœur.

Ils ont vaincu à ce moment leurs tortionnaires en parvenant à survivre parce qu'ils s'étaient vaincus eux-mêm-es.

La civilisation actuelle.

qui apporte avec elle tant de facilités.

est aussi inhumaine.

Il faut faire du sport pour retourner aux sources.

à la simplicité.

C'est comprendre.

admettre et combattre le fait qu'à force de tout réaliser pour devenir un surhomme.

on cesse le plus souvent d'être un homme tout court.

La moyenne de la vie a augmenté en cinquante ans de façon spectaculaire.

Cela est dû à une hygiène meilleure, à des moyens centuplés de lutter contre les malaises.

Le temps n'est pas loin, nous laisse-t-on entendre.

où dans un avenir proche le vieillissement se traitera comme une maladie.

la mort« natu­ relle »cessant en quelque sorte d'exister.

Admettons que l'on ne meure plus que d'accidents ; on se demande quel sort aura ce monde si une discipline sportive ne le réanime pas.

PAUL VIALAR, Lettre ouverte à un jeune sportif.. »

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