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L'Afrique après 1945 par Thierry Hentsch Professeur de Politique Internationale, Université du Québec, Montréal Les Africains n'ont jamais complètement abdiqué devant la domination et la pénétration européennes.

Publié le 05/04/2015

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L'Afrique après 1945 par Thierry Hentsch Professeur de Politique Internationale, Université du Québec, Montréal Les Africains n'ont jamais complètement abdiqué devant la domination et la pénétration européennes. En ce sens, le " nationalisme africain ", s'il est permis d'utiliser une généralisation un peu risquée, ne date pas des années 50. Il naît et croit avec la colonisation. Ce n'est toutefois qu'au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale qu'il acquiert toute sa force, pour aboutir, quinze ans plus tard, à l'émergence d'États africains indépendants et, de façon générale, pour déboucher sur une large prise de conscience à l'échelle du continent : recherche, au sud du Sahara surtout - le nord se définissant au sein du monde arabe - d'une identité propre et positive, niée par trois générations de domination étrangère. A tous égards, la guerre et les conséquences d'une victoire qui laisse l'Europe exsangue donnent aux mouvements d'émancipation africains un nouvel et décisif élan. Sans doute, les puissances coloniales du vieux continent n'ont pas cessé de rêver à une grandeur dont elles ne peuvent accepter le déclin, et le maintien de l'empire constitue pour quelque temps encore l'obsession maîtresse de l'univers fictif dans lequel elles prétendent continuer à jouer un rôle prépondérant. Le réveil n'en sera que plus brutal. Le jeu de la politique mondiale est passé aux mains des États-Unis et de l'Union Soviétique, tous deux opposés, pour des motifs très différents, au maintien des empires coloniaux : l'URSS dans la logique léniniste de sa lutte contre le capitalisme et l'impérialisme mondiaux ; les États-Unis dans le désir à la fois de ne pas céder aux Communistes le monopole de l'anticolonialisme et de prendre la relève de l'Europe. Les illusions européennes se brisent à Suez en 1956 : le temps des canonnières est révolu ; Américains et Soviétiques remettent l'Europe à sa place, dont l'impuissance s'étale désormais aux yeux de tous. Auparavant déjà, bon nombre d'Africains ont trouvé matière à réflexion et à espérance dans l'émancipation des peuples asiatiques : Diên Biên Phu (1954) sur le plan militaire, Bandoeng (1955) sur le plan politique prennent aussitôt valeur de symboles pour tous les peuples colonisés. La Grande-Bretagne et la France, elles-mêmes, de combats retardataires en aménagements boiteux, finissent par reconnaître l'inéluctable. A long terme, l'intérêt de la métropole exige qu'elle accomplisse son retrait militaire et administratif avec le moins de bavures possibles quitte à revenir par la petite porte ; seule manière d'espérer assurer le maintien de son influence et la sauvegarde de ses intérêts économiques. Cette nouvelle souplesse, de la part de l'Europe, ne résulte pas uniquement des pressions du monde extérieur. Depuis 1945, en effet les mouvements d'émancipation, s'ils ont fourni une partie de leurs armes au-dehors, agissent plus que jamais à l'intérieur même du continent africain. Comme la Première, la Deuxième Guerre mondiale renvoie dans leur pays des Africains pour qui le monde des Blancs n'a plus de mystère. Avec eux, ils ont partagé l'humiliation de la défaite les camps et la victoire contre les fascismes. Loin d'être invincibles, les Européens ont dû en appeler à une solidarité supra raciale dans leur combat contre eux-mêmes. Cette solidarité et le droit qui en découle pour les peuples du monde entier à disposer de leur destin sont inscrits dans la charte des Nations Unies, bien plus explicite
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